Nuit Nanarland : la longue nuit de l’improbable !

par | 25 septembre 2018

Karatékas teutons, zombie déglingué, ninjas possédés et frérot incestueux : la 3e Nuit Nanarland a aligné du navet génial durant une soirée bien perchée. Résumé !

Ça commence avec une réplique culte, LA réplique culte, en fait, des amateurs éclairés de cinéma de seconde (voire troisième) zone : Chuck Norris dans Portés disparus 3, qui nous rappelle qu’il adore mettre ses pieds où il veut, et le plus souvent dans la gueule. Puis vient un programme désormais bien rôdé : quatre films, certifiés navrants, mais grandioses, des tonnes d’extraits, de bandes-annonces, de montages et d’émission dédiés à ce qu’il faut bien appeler la « culture nanar ». Samedi 22 novembre, dans l’enceinte du Grand Rex (qui avec 2700 spectateurs, affichait complet), la 3e Nuit Nanarland, organisée par le site du même nom et chapeautée par Jean-François « donne-moi ta cravate » Rauger, directeur de la programmation de la Cinémathèque, a été fidèle à ses promesses de grand spectacle psychotronique. Un voyage de 12 heures, pas moins, de l’autre côté du bon goût et de la raison, venu nous rappeler que l’Histoire du 7e art n’était pas faite que de talent et de grands films d’auteur.

La fureur du ratage

S’il y a bien un homme qui symbolise cette vérité, c’est Jean-Marie Pallardy. À 78 ans, le réalisateur auvergnat à la chevelure immaculée est venu comme un golden boy du troisième âge sur la scène du Rex pour savourer le triomphe de son White Fire (WHYTE FAILLEUR !), alias Vivre pour survivre, projeté dans une copie restaurée. White Fire (WHYTE FAILLEUR !), c’est pour l’équipe de Nanarland.com le film glorieusement nul qui a fait naître chez eux l’amour du navet. Et on les comprend. Le réalisateur des fameux L’amour chez les poids lourds ou L’arrière-train sifflera trois fois, aussi indépendant d’esprit que techniquement à la ramasse, s’est dépassé dans ce film d’aventure franco-turc de 1984, tourné à Istanbul et en Auvergne et peuplé de vedettes américaines (Fred Williamson, Gordon Mitchell, Jess Hahn et son incompréhensible accent), éclipsées par l’impassible Robert Ginty, la « star » de The Exterminator. Paillardy y raconte tant bien que mal son histoire de « diamant à 1000 carats » aussi brûlant qu’explosif, recherché par une compagnie minière dont les bureaux semblent échappés de Star Trek, et par des malfrats adeptes de la sarbacane. Mais qu’importe ce scénario prétexte : ce qui marque surtout les esprits, c’est que Ginty joue un aventurier obsédé par le fait de coucher avec sa sœur Ingrid, quitte à transformer une parfaite inconnue nommée Olga pour lui donner son visage. Vivre pour survivre accumule tellement de moments de malaise et de dérapages involontaires autour de ce thème que le festival de faux raccords, d’effets spéciaux approximatifs, de scènes à l’utilité indémontrable et de figurants au jeu limité passe presque au second plan. Ratage surréaliste, visiblement doté de vrais moyens, mais tourné avec un amateurisme qui quelque part force le respect, Le Diamant (oui, il s’appelle aussi comme ça) était un festival à lui seul, et méritait bien d’avoir des T-shirts commémoratifs reprenant ses meilleures répliques : « Dommage que tu sois ma sœur » et « Ma patience a des limites, mais faut pas exagérer ».

"Une telle orgie de n’importe quoi restera à coup sûr dans les annales de ces Nuits Nanarland."

Après une telle orgie de n’importe quoi, qui restera à coup sûr dans les annales de ces Nuits Nanarland, le reste de la sélection palissait presque en comparaison. Non pas que Force Noire, suivant sur notre liste, fasse preuve de grandes qualités ! Sorti en 1979, ce film réalisé, scénarisé, produit et surtout très mal joué par la vedette musicale allemande Christian Anders est un pur caprice de star, qui dixit les présentateurs « s’ennuyait à force d’accumuler les succès dans les charts ». Version teutonne de Claude François, l’éphèbe au jeu désopilant (le film est censé être à sa gloire, mais Anders joue tellement mal qu’il finit toujours par être ridicule) décide donc d’émuler le Bruce Lee de La fureur de vaincre et Big Boss dans un film de karaté qui pour des raisons qu’on ignore se déroule à Madrid. Entre deux entraînements improbables (dont un montage musical très SM cuir où Anders fait des pompes SUR SES ABDOS) et des bastons risibles du fait du manque d’aptitudes martiales de son héros, Bruce, euh pardon, Christian affronte un méchant mafieux nommé Von Bullooooock, joué par… le nain Deep Roy (les Oompa Lompas de Charlie et la chocolaterie, remember ?), et son colossal homme de main, sosie précurseur de Steven Seagal maintenant. Quota drôlerie involontaire rempli, quota punchlines éternelles aussi (« Ça fait longtemps que j’attends ce moment avec impatience »), mais ça manquait malgré tout un brin de folie.

Les zombies de minuit

Passé deux heures du matin, les montages surnaturels d’extraits de navets venus du monde entier, qui entrecoupent chaque séance, commencent à nous faire tourner la tête et à nous faire mal au bide (mention spéciale à Robo-Dog et à la bande-annonce ultra irritante de L’explosion, avec sa bande-son uniquement composée de rires nerveux). Il est temps d’enchaîner avec le finalement-pas-si-nul Zombi 3, péloche italienne d’exploitation reniée à raison par Lucio Fulci, qui en avait laissé le tournage à ce tâcheron tout-terrain de Bruno Mattéi. Les zombies parlent, volent, jouent de la machette et font un peu n’importe quoi dans cette série Z tournée aux Philippines, dont le style putride et atmosphérique porte malgré tout bien la patte de Fulci. Le film n’est pas si mal éclairé et doté d’effets gore convaincants, mais comporte quand même son lot de scènes gogol et surtout de dialogues complètement jetés, fruit d’une VF comme on oserait plus en faire de nos jours. On retiendra ce fabuleux « On va enfin retrouver une vie normale » susurré par la fille qui vient de survivre temporairement à une apocalypse de morts-vivants…

Production Cannon mixant aérobic, exorcisme, romance niaiseuse et ninjas (logique), Ninja III : the domination aura fourni aux survivants de la Nuit le quota requis de shurikens et de « whatdefuckerie ». Mais l’horaire tardif (euphémisme) fait que rien ne pouvait dépasser niveau ambiance Vivre pour survivre, ou les premiers épisodes de la nouvelle saison des « Nanaroscope » consacrés notamment à un précédent titre des Nuits Nanarland, l’explosif Megaforce. Des épisodes qui passeront bientôt sur Arte : de quoi reprendre une petite dose homéopathique de « culture nanar » en attendant la quatrième édition, logiquement prévue pour septembre 2019. Serez-vous prêts à la vivre ? Ou à lui survivre ? Hmmm…