Pas vu au ciné : le best of 2012

par | 11 janvier 2013

Des bons films, il n’y en pas qu’au cinéma. La preuve avec ce top 10 spécial DTV.

Pour le spectateur lambda ne s’intéressant que de très loin aux coulisses et à l’actualité des sorties cinéma, la différence entre un film sorti en salles, inédit en France ou expédié directement en vidéo n’a que peu d’importance. Le consommateur de base s’approvisionne désormais, qu’on le veuille ou non, sur Internet, là où les plus grands chefs d’œuvre sont mis sur un même pied d’égalité (traduire : à quelques clics) que les plus obscures séries Z bulgaro-polonaises. Dans ce cadre, les DTV dont nous parlons régulièrement sur Born to Watch ne se passent plus sous le manteau, mais dans les forums. Oui, on parle bien de piratage, la VOD étant pour l’heure un système bien trop prohibitif et peu attirant (pas de bonus, généralement pas de choix de langue, pour un prix en location encore supérieur à celui d’un DVD en soldes) pour contrer cette boîte de Pandore permettant à chacun d’assouvir sa soif de péloches à peu de frais.

On a bien vu les conséquences qu’avait eu la fermeture médiatisée de Megaupload en janvier dernier : aucune, en fait. La gratuité combinée à l’exhaustivité constitue une arme redoutable pour un libre échange de longs-métrages venus du monde entier, instituant une sorte de contre-programmation illégale qui fait le bonheur de tous les défricheurs.

Du genre, oui, mais dans ton salon

Dredd 3D

Autant dire qu’à ce niveau, il est difficile de quantifier la popularité d’un film sortant directement en Blu-Ray et DVD, malgré tous les efforts des éditeurs pour donner à certains titres une promotion digne de ce nom. Étouffé en salles par le rythme des sorties et la frilosité déclarée à leur égard des exploitants, le cinéma de genre a trouvé un « refuge » dans les linéaires désormais surchargés de titres tout aussi « luxueux » que ce qu’on peut trouver dans les salles obscures. De Black Death à la trilogie Ip Man en passant par Dredd, qui sortira en février prochain, les exemples se multiplient tous les mois, et vu le retentissement que peuvent avoir certaines affaires comme le triste « fait divers Sinister », ou l’échec relatif du très buzzé The Raid, la tendance ne semble pas prête de s’inverser.

Tout ça pour dire qu’un top dédié aux meilleurs DTV sortis chez nous s’imposait, cette année plus que jamais. L’offre est riche, pas toujours bien pensée au niveau éditorial (des sorties sous forme de collection permettraient ainsi de mieux mettre en avant certains sous-genres ou cinématographies jugées comme « exotiques »), mais permet, de plus en plus, de voir débarquer des films n’ayant plus que les cases « festivals » pour exister sur grand écran. Dans 90 % des cas ci-dessous, votre serviteur a pu voir le film dans une salle de cinéma : preuve, si besoin était, que dans un monde idéal, ces dix films auraient tous leur place dans votre multiplexe.

10. The Woman

Pour ceux qui connaissent Lucky McKee (May), il est clair que The Woman, loin d’être un torture porn misogyne, est un film d’horreur féministe tordu. C’est même plus l’opposition pseudo-civilisation/Nature sauvage qui l’intéresse, dans ce qui constitue une série B sacrément féroce, fusionnant le spleen du réalisateur avec l’univers sale et contre-nature du romancier Jack Ketchum.

9. Far away, les soldats de l’espoir

Malgré ses nombreuses tares (manichéisme forcené, musique du genre pompier, montage séquentiel beaucoup trop scolaire, mélo forcé) et ses incohérences, Far Away emporte l’adhésion par la simple force d’évocation de son histoire, périple guerrier revisitant tous les grands champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale pendant plus de deux heures de grand spectacle.

8. Ronal le barbare

Les distributeurs de ce film d’animation danois ont beau nous faire passer Ronal pour un dessin animé tout public (Kev Adams double le héros ! Trop swag !), ce Barbare-là n’est pas spécialement destiné aux enfants. Humour gras, allusions sexuelles, ambiance « hair métal », Ronal se vit comme un mélange dégénéré et hilarant entre Conan et le jeu Brutal Legend.

7. Le règne des assassins

Vendu sur la participation de John Woo à la réalisation, Le règne des assassins n’a finalement que peu à voir avec l’univers du maître. Le film rappelle en effet moins les heroic bloodshed du metteur en scène que les wu xia des années 70 de Chu Yan : intrigues de palais, pouvoirs surnaturels, doubles identités, twists en pagaille… C’est un véritable feuilleton médiéval, aux décors somptueux et aux combats étonnants.

6. The Dead

Imparfait à de nombreux égards, The Dead est pourtant un zombie movie fascinant, le premier travail de fiction, si l’on excepte le jeu Resident Evil 5à investir le continent africain comme décor d’invasion de morts-vivants. Atmosphérique, The Dead tient du survival, avec son héros blanc traversant des contrées où clopinent des zombies noirs, souvent amputés : le fantastique se fait ici l’écho d’horreurs bien plus réelles, ajoutant une dimension étrange à cette série B pas comme les autres.

5. The Incident

Premier long du clippeur esthète Alexandre Courtès, The Incident rend hommage en 90 minutes à Carpenter de la meilleure manière : graphique et fulgurant, le film met l’accent sur une froide tension, la construction d’une atmosphère d’inexorable menace, ne faisant aucune concession jusque dans son twist final, vertigineux. Prends ça, The Ward !

4. The Hole

Tourné en 2009, The Hole 3D est, c’est le comble, tombé dans un vide juridique qui l’empêche d’être correctement distribué. Ce conte fantastique qui fera exulter de bonheur les nostalgiques de Gremlins et du studio Amblin marquait pourtant le retour du discret Joe Dante au cinéma, visiblement heureux de se lover à nouveau dans son univers explorant les terreurs et les joies enfantines avec une patte unique en son genre.

3. War of the arrows

Ça faisait longtemps qu’on avait pas vu pareil film d’aventures, qui plus est venant de Corée du Sud, d’où surgissent surtout des polars musclés. Linéaire, dégraissé de tout propos superflu pour se concentrer sur son schéma narratif (une grande course-poursuite), War of the Arrows ne propose pas de mélodrame excessif, peu d’humour idiot, juste un héros taiseux et un bataillon de méchants charismatiques : ici, ce sont les flèches qui se taillent les meilleurs dialogues.

2. 13 Assassins

Constat : il ne fait aucun doute que le trublion japonais Takashi Miike s’est assagi. Exceptés une femme sans membre et des bisons en feu, peu d’excentricités dans 13 Assassins, remake sacrément efficace d’un classique du chambara, qui nous gratifie de la plus longue et intense scène de bataille de l’année. Plus de 3/4 d’heure de combats à 13 contre 200, de quoi faire s’évanouir de bonheur les fans des 7 Samouraïs. Bonus : c’est l’impérial Kôji Yakusho qui mène l’assaut.

1. Detention

Au moment même où la pseudo-branchitude de Scream 4 s’effondrait sous le poids des concessions commerciales, le film de Joseph Kahn créait le buzz. Comme un petit malin qui serait ravi d’enchaîner les blagues au fond de la classe, Detention éructe plus d’idées à la seconde que tous les scripts d’Ehren Krueger réunis. Incorrect, corrosif et par moments vraiment brillant, ce mash-up définitivement méta ne fera pas de prisonniers : on aime ou pas Detention, mais personne ne pourra nier son impressionnante énergie.

Parce qu’il faut toujours plus de films pour être heureux, on ne saurait trop vous conseiller de jeter également un œil à ces titres, qui obtiennent des mentions (plus qu’) honorables : les post-apocalyptiques Hell et The Divide, qui dispose de deux montages ; l’explosive séquelle de Troupes d’élite ; le huis-clos tendu comme il faut Kidnapping ; le polar hong-kongais The Crash (aka Beast Stalker), dans la lignée de The Insider et Fire of conscience ; et enfin, l’efficace Red State de Kevin Smith, sur lequel, promis, nous reviendrons en 2013.