La sélection DTV de juin/juillet : Voltage, The Tower…

On ne pourra pas vous en vouloir si, en cette période de canicule, l’envie vous en prenait de délaisser votre écran plat et vos DVD en retard pour aller prendre l’air. Les éditeurs d’ailleurs l’ont bien compris : passé un léger coup de bourre en juin, le mois de juillet est synonyme de calme plat, ou presque, sur le front des inédits vidéo. En attendant que les affaires sérieuses reprennent, cette sélection exceptionnellement bimensuelle nous permet de faire le point sur les sorties les plus marquantes de ces dernières semaines, en Blu-Ray, DVD et VOD. Nous vous avions déjà parlé précédemment, lorsque le film avait encore son titre original, Burning Bright, du très bon Dans l’œil du tigre. À retenir également, la sortie de The Collection, suite « bigger and bloodier » du sympathique The Collector, et de l’atmosphérique Ghosts of Georgia, fausse suite du Dernier Rite (oui, question retitrage, ça devient un peu compliqué) sur lesquels on reviendra très bientôt.

La sélection qui suit, toujours aussi internationale, contient beaucoup moins d’animaux, mais n’en est pas moins chargée en frissons, en fusillades, en catastrophes et cascades diverses. On y trouve aussi l’amour, si, si ! Quelles que soient vos envies, ces titres disponibles par tous moyens de visionnage virtuels auxquels vous pouvez penser (là, en ce moment) n’attendent que vous. Soyez pas timides, y a pas que la plage et le soleil dans la vie ! Sur ce, bonne lecture… et bonne chasse !


Pas vu au ciné : la sélection DTV de juin/juilletFather’s Day

Un film de Jeremy Gillespie et Adam Brooks, avec MacKenzie Murdock

Sorti le 12 juin – Elephant Films

Genre : super freak show

Voilà longtemps qu’une production Troma n’avait pas eu le droit à une exploitation vidéo en bonne et due forme. Father’s Day est, comme c’est de coutume pour la firme de Lloyd Kaufman (qui a d’ailleurs fait son retour avec son gang sur la Croisette lors du dernier Festival de Cannes, sans toutefois déclencher autant d’intérêt médiatique que par le passé) une micro-production assumant fièrement son côté fauché, mais s’avère moins caractéristique du « style » Troma que d’autres titres comme Poultrygeist. Imaginé par le collectif protéiforme Astron-6, venu du Canada, Father’s Day, malgré son budget de misère (10 000 dollars !) paraît en avoir coûté au moins dix fois plus. Bien plus grindhouse que les bandes pétant dans la soie de Robert Rodriguez, voilà un film qui revendique avec panache son mauvais goût et son absence totale de tabous, grâce à un déluge de gore, de nudité gratuite et d’idées chtarbées. Le scénario, plus complexe qu’il ne devrait, tourne autour du Fuchman (yeah !), serial-killer cannibale pour qui la fête des pères est synonyme de massacre en règle de papas ventrus. Un borgne incestueux spécialiste en sirop d’érable, un prêtre défroqué et un homo persécuté s’unissent pour poursuivre et éliminer ce monstre, quitte à aller en Enfer ! En bâtissant un univers fait de bric et de broc, carburant aux trucages old school (on compte même une séquence en stop-motion), aux hommages à Carpenter et au second degré (le film s’arrête par exemple en plein milieu pour inclure un faux trailer de nanar SF), le collectif réussit à construire un spectacle cohérent et souvent réjouissant, à la photo étonnamment soignée. Alors bien sûr, Father’s Day ne lésine pas sur les débordements vermillon, et son humour ne plaira pas à tout le monde. On vous met pourtant au défi de trouver une série B plus underground et délirante que ça cette année.


Pas vu au ciné : la sélection DTV de juin/juilletThe Tower

Un film de Kim Ji-Hoon, Sul Kyung-Gu, Kim Sang-Kyung

Sorti le 18 juin – Zylo

Genre : tour infernale bis

Qui eût cru, même douze ans après que le World Trade Center se soit effondré, que le cinéma oserait encore tourner un film catastrophe impliquant une gigantesque tour en voie de destruction ? Les Coréens l’ont pourtant fait en 2012 avec cet imposant The Tower. Comme on le pressentait après vision de la bande-annonce (voir notre preview), le blockbuster de Jim Ji-Hoon (Sector 7) s’apparente avant tout à un remake déguisé de La Tour infernale, dont il reprend les principes narratifs et visuels. Soit deux grandes tours en plein Séoul, caprice architectural en proie à un gigantesque incendie après que des hélicoptères censés faire tomber de la neige artificielle sur ses résidents s’y soient crashés (sic). Un responsable de la sécurité et sa belle tiennent en gros les rôles de Paul Newman et Faye Dunaway, tandis qu’à l’extérieur et dans les étages, de valeureux pompiers tentent de sauver le maximum de vies. Passée une pénible demi-heure d’exposition, The Tower mélange avec adresse séquences de destruction virtuelles et en studio, pour un résultat qui rivalise sans peine avec les poids lourds hollywoodiens. L’excellence technique des Coréens est une habitude, tout comme leur propension à mélanger touches d’humour hystérique et mélodrame surligné aux violons. The Tower aligne des clichés à chaque étage, mais reste un divertissement haletant, qui prend malgré tout de drôles d’allures dans son dénouement. Celui-ci reproduit en effet explicitement les images d’apocalypse du 11 Septembre, sur fond de musique solennelle. Hommage caché, opportunisme maladroit ? La démarche est en tout cas inattendue dans le cadre d’une production aussi calibrée (pas de Steve McQueen pour nous rappeler ici en épilogue que l’Homme est toujours l’architecte de sa propre destruction).


Pas vu au ciné : la sélection DTV de juin/juilletWindfighters

Un film de Kim Dong-Won, avec Rain, Kim Seong-Su

Sorti le 24 juillet – Wild Side Vidéo

Genre : Korean Top Gun

La jaquette française de Windfighters (alias Return to Base, ou R2B pour les rappeurs), outre qu’elle masque soigneusement l’origine asiatique du film – une habitude chez nos éditeurs -, ressemble à l’un de ces posters réalisés pour promouvoir le recrutement dans l’armée, poses héroïques et matériel rutilant à l’appui. Et de fait, ce coûteux divertissement réalisé par Kim Dong-Won (My boss my teacher) fait un peu office de spot propagandiste pour l’armée de l’air sud-coréenne – qui a participé de près à la conception du projet. Windfighters se présente ainsi comme un démarquage inavoué de Top Gun, avec son héros un peu trop intrépide amoureux de ses lunettes de soleil, ses combats de coq dans le vestiaire et son joyeux bellicisme généralisé. Le film va même tellement loin dans ce domaine qu’on pense plus d’une fois à Aigle de Fer et aux productions Cannon. Car bien sûr, les pilotes d’élite du film vont être confrontés à de méchants nord-coréens (la preuve, ils ont des têtes de morts sur leur cockpit), qui s’amusent à piloter sans raison en plein Séoul et complotent comme des fanatiques dans des bases souterraines tout droit sorties d’un Command & Conquer. Largement trop long (il se passe presque une heure avant que l’action ne s’emballe), pas drôle et politiquement assez irresponsable, Windfighters se sauve in extremis de l’oubli grâce à la qualité de ses SFX et de ses joutes aériennes, surdécoupées mais étrangement gracieuses et joliment chorégraphiées. L’utilisation de la touche « chapitre suivant » s’impose ici plus que jamais.


Pas vu au ciné : la sélection DTV de juin/juillet

Voltage (Ra.One)

Un film d’Anubhav Sinha, avec Shah Rukh Khan, Kareena Kapoor

Sorti le 24 juillet – Condor Entertainment

Genre : Bollywood héroïque

Oublions un instant le retitrage malheureux qui fait passer le film pour la biographie d’un obscur boys band hexagonal. Voltage, ou Ra.One dans sa version originale, n’est pas une superproduction comme les autres. Réalisé sur une période de cinq ans (le film a failli être post-converti en 3D), ce blockbuster SF est le deuxième plus gros budget de tous les temps en Inde, derrière le frappadingue Endhiran. Calibré pour satisfaire le public de sa star Shah Rukh Khan, mais aussi pour l’international, Ra.One mélange, comme de nombreuses autres productions bollywoodiennes, sans honte et crainte du copyright Terminator 2, Programmé pour tuer, Iron Man et bien d’autres succès US. L’action se déroule en partie à Londres, les chansons (moins nombreuses que d’habitude) sont interprétées par Akon, et le film fait des appels du pied constants à son jeune public en situant dans son intrigue dans le monde du jeu vidéo : l’histoire tourne ainsi autour d’un bad guy virtuel (le fameux Ra One) prenant vie par inadvertance – on va dire par la magie du cinéma – et auquel doit se confronter son ennemi tout aussi virtuel, le gentil G-One. Naïf, étirant au maximum un concept limité, moins impressionnant qu’Endhiran (dont le héros fait une apparition clin d’œil), plutôt chiche en action (on retiendra surtout une première confrontation très aérienne au cœur d’un cimetière de voitures), Ra.One n’est finalement pas l’Avatar indien qu’il voulait sans aucun doute devenir. Pour les non-initiés, il s’agit malgré tout d’un bon moyen de découvrir le monde bariolé et fourre-tout des grosses productions made in India.


Pas vu au ciné : la sélection DTV de juin/juillet

The Sweeney

Un film de Nick Love, avec Ray Winstone, Ben Drew, Hayley Hatwell

Sorti le 30 juillet – Universal

Genre : polar badass

Alors qu’on attend ici fébrilement l’adaptation de Navarro sur grand écran (allez, on parie sur Joeystarr dans le rôle du commissaire), les Anglais suivent eux aussi la mode américaine et remettent eux aussi leurs trésors télévisuels nationaux au goût du jour. En l’occurrence The Sweeney (Regan en VF), fleuron seventies du polar cathodique, qui avait pour héros le dit Regan et son buddy George Carter, flics pas commodes de la « sweeney » (terme cockney désignant la brigade volante), qui combattaient le crime organisé avec leurs propres méthodes, en marge ou presque de la loi. Trente ans, 53 épisodes, neuf livres et deux films plus tard, rien n’a changé ou presque : dans la nouvelle version mise en scène par Nick Love (Football Factory, Outlaw), Regan est joué par un Ray Winstone grommeleur, et dépeint comme un bourrin de première envoyant bouler son supérieur (Damian Lewis, étonnamment transparent) et les Affaires internes qui enquêtent sur sa brigade, au sein de laquelle on retrouve Ben « Plan B » Drew et la mimi Hayley Hatwell (Peggy Carter dans Captain America). L’enquête qui les oppose à de méchants Serbes importe moins que les coups de gueule et les bravades de Winstone et son équipe de casse-cous. De manière presque comique, The Sweeney obéit un par un à tous les codes plus ou moins usés du genre, tant et si bien que chaque rebondissement s’avère plus prévisible que le précédent. Imposant un style énergique à défaut d’être novateur, Nick Love commet le pêché d’orgueil de se mesurer directement à Heat, lors d’une poursuite centrale en plein Londres qui tient presque de la copie carbone. L’ensemble tient la route, mais ne risque pas de marquer autant les mémoires que la série originelle.


Pas vu au ciné : la sélection DTV de juin/juilletWake Up and Die

Un film de Miguel Urrutia, avec Andrea Montenegro, Luis Fernando Bohorquez

Sorti le 4 juin – Factory Virgin

Genre : plan cul horrifique

Venu de Colombie, Wake up and die se présente comme une nouvelle variation, vicieuse et crapoteuse, autour d’Un jour sans fin. Une jeune femme se réveille après une nuit de fête embrumée dans le lit d’un inconnu. Bien évidemment, ils sont tous nus, c’est donc que la soirée a été mouvementée, mais elle ne se souvient de rien. Pas rassurée, la donzelle a à peine le temps de connaître ce dénommé Dorian qu’il l’étrangle pendant une partie de jambes en l’air. Fin ? Au contraire : la miss se retrouve au point de départ, se réveillant désormais avec une peur bleue d’y passer à nouveau. Ce qui arrive pas mal de fois, malgré ses tentatives pour changer son destin. Si l’idée est très originale, la mise en images de Wake up and die est elle assez décevante : image désaturée, décor unique, afféteries expérimentales répétitives, tous les moyens sont bons pour cacher le fait qu’il s’agit d’un petit film assez cheap, plutôt bien interprété notamment par un sosie de James Purefoy, mais pâtissant d’un dénouement contradictoire et peu crédible, et d’un méchant imaginé en copiant religieusement et sans se fouler Psychose.


Pas vu au ciné : la sélection DTV de juin/juilletTimer

Un film de Nir Paniry, avec Sasha Roiz, Jenny Mollen

Sorti le 21 juin – BHQL

Genre : comédie SF

Voilà qui est plutôt rare : une « romcom » braconnant sur les terres de l’anticipation, avec un argument de départ plutôt bien vu qui plus est. Timer imagine ainsi un futur où des bracelets incrustés dans votre bras vous indiquent, sous forme de compte à rebours, le temps qu’il vous reste avant de rencontrer votre âme sœur. Forcément, certains ont du bol (c’est pour dans 4 jours !), d’autre beaucoup moins (c’est pour jamais !), et notre héroïne, une blonde un brin niaiseuse, en a pour sa part marre d’avoir à attendre aussi longtemps avant de pouvoir ouvrir son cœur… et le reste (hum, pardon). En gros, Timer profite de son idée de base pour nous poser cette question importante, voire cruciale : le sexe sans amour, est-ce que c’est possible ? On peut aimer après avoir couché ? Peut-on aimer sur commande ? Bref. Malgré ce pitch prometteur, ce film datant tout de même de 2010 tourne rapidement en rond, la faute à des dialogues interminables et des péripéties moyennement palpitantes. Le pire réside sans doute dans la morale méchamment conservatrice du film, qui nous explique tendrement que le bonheur se conçoit mieux avec des gentils veufs athlétiques qu’avec des artistes sans le sou. Han. Elle fait auto-destruction, votre montre, aussi ?


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