La sélection DTV de mars : Viral Factor, Phase 7…

Oui, on est en retard, mais ça y est, avec le bon recul et la bonne distance pour s’élancer, la sélection des inédits de mars est là et bien là. Ce dernier mois d’hiver aura été prolifique en sorties vidéo, de l’inédit Grabbers (vu à l’Étrange festival et proposé en pack avec le magazine Mad Movies) aux étonnants Ennemis Jurés et Love Exposure dont nous parlerons prochainement sur le site.

Et comme vous pourrez le voir ci-dessous en faisant ronronner votre roulette, la sélection est elle-même plutôt robuste, et contient au moins une petite merveille, Phase 7, qu’on ne saurait trop vous conseiller de découvrir, que ce soit dans votre site archaïque de vidéo à la demande (soyons francs, c’est quand même très lent et très chiant de louer un film sur sa télé) ou, soyons fous, dans le vidéo-club du coin de votre rue. Ah, vous n’en avez pas ? Même pas un distributeur avec des boîtiers bleus en plastique pour avoir la classe ? Et votre marchand de journaux, il en vend pas, des Blu-ray sous plastique plus chers qu’à la Fnac-parce-qu’il-faut-bien-payer-l’emballage ? Bon, ben pas de chance… il ne vous reste plus qu’à… hé bien qu’à lire cet article prestement, voyons !  Allez, sans plus tarder, bonne lecture… et bonne chasse !

Pasvumars_1Phase 7

Un film de Nicolas Goldbart, avec Daniel Hendler, Jazmin Stuart

Sorti le 20 mars – Filmedia

Genre : comédie post-apocalyptique

La jaquette de Phase 7 s’évertue de manière assez étrange à comparer le film de Nicolas Goldbart avec Paranormal Activity ou REC. Cette belle surprise venue d’Argentine n’a pourtant rien à voir avec les films suscités : pas de shaky cam ou de canards fantômes géants ici, la seule chose pouvant éventuellement faire penser à la saga de Jaume Balaguéro étant l’immeuble comme unité de lieu quasi unique de l’action. Huis-clos alternant l’humour placide lié à son couple de héros (des patachons attachants qui se foutent complètement du virus qui envahit rapidement leur ville et préfèrent rester cloitrés chez eux) et l’angoisse née de voisins beaucoup moins sympathiques, Phase 7 fait partie de ces petites pépites qui savent surprendre de bout en bout à partir d’une idée toute simple. Le film peut gratifier le spectateur sans prévenir d’un headshot « jacksonien » en diable, avant de repartir sur une séquence de tension étouffante, puis de glisser encore une fois un trait d’humour noir, toujours en gardant à l’esprit la cohérence de ses pittoresque personnages. Bercé par une musique hypnotique qu’on signée par John Carpenter, bourré d’idées efficaces, bien joué, Phase 7 est un inédit à ne pas manquer. Il est d’autant plus triste de savoir que depuis la sortie du film, son réalisateur n’a pas transformé l’essai, et est retourné pratiquer son premier métier de monteur.

Pasvumars_2Viral Factor

Un film de Dante Lam, avec Jay Chou, Nicolas Tse

Sorti le 6 mars – Metropolitan Filmexport

Genre : action

Qui aurait pensé, lorsque Dante Lam se faisait connaître avec la comédie mafieuse The Triad Zone (2000), qu’il deviendrait l’un des plus actifs réalisateurs de polars à grand spectacle hong-kongais. The Crash (aka Beast stalker), Snipers, Fire of conscience et The Insider : autant de titres explosifs, malins et plus ou moins virtuoses, qui en ont fait le cinéaste de la péninsule le plus en vue en « l’absence » de Johnnie To (qui revient en force aux affaires ces temps-ci). Sans doute blasé de tourner dans les rues de sa métropole, Dante Lam a cette fois vu grand : Viral Factor, c’est de la coproduction internationale à gros moyens, un kouglof surdimensionné qui se permet de filmer son introduction très Call of duty au Moyen-Orient pour se déplacer ensuite en Malaisie. Viral Factor tourne autour… d’un virus, une saloperie mortelle que n’aurait pas renié Umbrella et dont la formule atterrit entre les mains d’un mercenaire cupide (pléonasme). Le généralement mou Jay Chou, jouant le soldat trahi se baladant avec un bout de balle dans la tête (hello John Woo), retombe par le plus cinématographique des hasards sur lui tout en poursuivant nul autre que son frère (Nicholas Tse, très bon pour une fois), un tueur à gages qui a trop regardé les Bourne. Tout ce petit monde se tire dessus au fil d’une intrigue confuse et bourrée d’incohérences, au point que Viral Factor ressemble à un bout-à-bout de scènes d’action, mises en scène avec emphase et originalité mais vidées de toute émotion. Bourrin jusque dans ses moments tire-larmes, trop long d’un bon quart d’heure (c’était vraiment nécessaire, la poursuite en hélicoptère aussi passionnante qu’un bulletin météo ?), Viral Factor est un opus distrayant mais décevant de la part de Dante Lam, qu’on sait capable de réussir des films tout aussi spectaculaires, mais plus âpres, rigoureux et complexes. Reviens à la maison, Dante !

Pasvumars_3Le chemin sans retour

Un film de Jesse Holland et Andy Mitton, avec Cassidy Freeman, Laura Heisler

Sorti le 6 mars – Atypik Video

Genre : étrangeté

Une poignée de chercheurs part sur les traces d’une légende urbaine, qui veut que des centaines de villageois soient partis, des décennies plus tôt se perdre dans la forêt volontairement. Ils suivent le même sentier, et petit à petit, tout se déraille… Jusqu’à ce moment, lynchien en diable, où retentit une musique jazz d’époque. Venue de nulle part. En continu. Et pendant une moitié de ce Chemin sans retour (Yellowbrickroad en VO), cette musique improbable est jouée en fond sonore, alors que tout le monde devient fou, se perd, et commence à massacrer tranquillement son prochain. Pas d’explication, pas de conclusion réelle hormis une mise en abyme psychédélique en guise de dénouement, qui rappelle forcément L’Antre de la folie, mais en plus expérimental encore. Assez dégueu visuellement, par moments très répétitif (on a l’impression que la plupart des scènes sont improvisées plutôt que jouées), volontairement incohérent et cryptique, Le chemin sans retour, même après vision, garde très près de lui ses mystères, au risque de faire passer l’expérience pour un bon petit foutage de gu…

Pasvumars_4Elevator

Un film de Stig Svendsen, avec John Getz, Anita Briem

Sorti le 20 mars – TF1 Video

Genre : huis-clos en panne

Petite série B découverte au dernier Bifff, Elevator enferme pendant 90 minutes neuf personnes dans un ascenseur, durant une soirée de gala. Facteur de tension très hitchockien : l’une d’entre elles révèle porter une bombe à retardement. Si le pitch évoque plus le piteux Devil que le sympathique L’Ascenseur, Elevator réussit l’exploit de proposer un suspense encore plus artificiel, quasi entièrement dénué de rebondissements – sauf si vous avez l’habitude de sursauter à la révélation d’un adultère. Étirant artificiellement une histoire particulièrement redondante et plate, Stig Svendsen échoue malgré ses références affichées (Lifeboat est ouvertement cité dans le dialogue) à instaurer une dynamique entre ses personnages, même avec cette tête à claques de Joey Slotnick (Ally McBeal). Elevator décide de passer aux choses sérieuses (comprendre : le gore qui tache) dix minutes avant la réouverture des portes. Un bilan bien maigre qui prouve que les huis clos à suspense ne sont pas faciles à réussir, surtout si le scénariste joue à marabout-de ficelle pour combler les trous.

Pasvumars_5Constantinople

Un film de Faruk Aksoy, avec Devrim Evin, Ibrahim Celikkol

Sorti le 6 mars – Condor Entertainment

Genre : cours d’histoire

Information utile pour un prochain quiz : si l’on vous demande quel est le film turc le plus populaire de tous les temps (il y a des gens comme ça), vous pourrez désormais répondre avec joie « Constantinople ! ». Le film de Faruk Aksoy, produit sur plusieurs années, est en effet le projet le plus coûteux de l’histoire du cinéma turc, et le succès dans le pays a été à la hauteur des deniers investis. Connu sur place sous son titre original, Fetih 1453, Constantinople est une fresque historique retraçant la prise de la ville (en quelle année ? Hmmm ?), alors capitale de l’empire byzantin, par les forces ottomanes menées par le sultan Mehmed II. L’épisode est assez mal connu chez nous, et à vrai dire, ce film de presque trois heures risque de paraître aride aux yeux de nombreux spectateurs. L’influence de Kingdom of Heaven sur le style du film (vues aériennes numériques, combats et sièges à grande échelle, nombreuses scènes de dialogues exposant les tactiques et guerres d’influence dans chaque camp) est évidente, mais Constantinople souffre indéniablement de la comparaison malgré ses grands moyens. Les critiques en Turquie ont également été nombreuses au regard de la façon dont sont dépeints le Pape et son entourage (en gros, ce sont de vils conspirateurs assoiffés de sang), ainsi que la manière qu’a le film d’omettre les aspects les moins reluisants de la bataille (le pillage de la ville et le massacre de milliers de Grecs en particulier). Constantinople exhale en effet, comme certaines grosses productions chinoises, un parfum de nationalisme parfois assez dérangeant. Le film ne s’appelle pas Fetih – la conquête, en français – pour rien.

La sélection Pas vu au ciné de mars sur Amazon

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