Pas vu au ciné : la sélection mars/avril

La sélection Pas vu au ciné est de retour, avec toujours la même idée fixe, la même obsession idiote mais nécessaire, celle de vous faire découvrir des titres inédits en salles, souvent des pépites ignorées de la secte des distributeurs du sacro-saint grand écran (qui n’est souvent pas si grand… eh oui, size does matter, comme disait Roland Emmerich !). Qu’ils soient sortis en Blu-ray, DVD, VOD, location, téléchargement local, sur la nouvelle chaine à péage de votre Freebox ou le graveur de votre voisine, les meilleurs d’entre eux sont ici. La crème de la crème, ou presque.

Il y en a tout cas pour tous les goûts : biopic costumé, remakes impossibles, zombies africains, asiateries épiques… Alors, sans plus tarder, bonne lecture… et bonne chasse !

The Dead

Un film des Ford Brothers, avec Rob Freeman, Prince David Oseia, David Dontoh

Sorti le 13 mars – Aventi

Genre : zombie time

Heureuse surprise que ce nouveau (cet énième me souffle-t-on dans l’oreillette) film consacré à une invasion de zombies. Oui je sais, vous n’en pouvez plus, et quelque part, nous non plus, mais The Dead rafraîchit (enfin, façon de parler) agréablement le genre par son approche sèche et atmosphérique, rappelant souvent l’école du cinéma bis italien. Les « Ford brothers », qui ne sont pas avares en anecdotes lorsqu’il s’agit d’évoquer les problèmes qu’ils ont rencontrés sur le tournage (« Rob Freeman a failli mourir », « On a croisé des vrais cannibales », « On a jamais eu aussi peur, mais ouais, on aimerait bien faire une séquelle ! »), ont eu le nez creux en choisissant l’Afrique comme terrain de jeu inédit – excepté dans Resident Evil 5, le jeu – pour leur apocalypse zombiesque. The Dead suit le lent périple d’un ingénieur militaire blanc tentant de fuir un continent désormais peuplé de morts-vivants noirs. L’ambiance est putride, languissante, le film quasi-muet, et s’il respecte les règles du genre, les transfigure par son décor désertique, où clopinent dans chaque plan des zombies squelettiques souvent amputés : on quitte alors les rives du film de genre, quand les oripeaux du réel, leur cortège de victimes des guerres tribales ou de religion, s’invitent ainsi dans la pure fiction. Un mélange des genres fascinant, qui nous fait oublier les longueurs et limites d’un film aussi imparfait qu’original.

13 Assassins

Un film de Takashi Miike, avec Kôji Yakusho, Takayuki Yamada, Yûsuke Iseya

Sorti le 20 mars – Metropolitan

Genre : chambara

Takashi Miike s’est assagi, peut-être de manière définitive. Il signe des films pour enfant (The great yokai war), pour ados (les Crows Zero), et des remakes calibrés pour les festivals comme Hara-Kiri. 13 Assassins en est un aussi, de remake : mais on pense définitivement plus à Kurosawa ici, auquel Miike se mesure avec sa patte particulière.  C’est un chambara (traduire : film d’épée nippon) tout ce qu’il y a de plus classique, avec ses codes d’honneur, ses batailles rangées, ses complots et trahisons… Mais on y croise aussi une femme sans membres dans un plan à la Audition, à la charge de bisons numériques enflammés qui ne dépareillerait pas dans Dead or Alive, des pièges vicieux et mortels… Dans son ensemble, 13 Assassins est old school, assez bavard même. Jusqu’aux dernières quarante minutes, véritable déluge de furie guerrière : les maisons explosent, les combattants tombent par centaines, tout brûle et le sang coule à flots. Enfin, pas trop, pas assez en fait vu le burlesque gore de la situation (212 morts en moins d’une demi-heure, quand même !). Miike reste fidèle aux canons du genre jusqu’à la fin, mi-cynique, mi-premier degré. Étrange objet, qui se refuse à assumer pleinement son statut pourtant évident de divertissement bourrin.

The Unjust

Un film de Ryoo Seung-Wan, avec Hwang Jeong-min, Ryu Seung-beom

Sorti le 18 avril – Elephant Films

Genre : polar

Le réalisateur coréen Ryoo Seung-Wan délaisse les bastons interminables et référencées de City of Violence ou Arahan pour s’essayer au thriller politique accusateur, égratignant avec un entrain digne de Sidney Lumet les pouvoirs publics (police et justice sont les principales institutions ici visées) à travers une histoire de bavure dans l’arrestation d’un serial killer, instrumentalisée à la fois par un procureur aux dents longues et un flic expéditif. Emberlificoté, bien trop pour garder intacte une tension pourtant réelle et une rage dans l’engagement qui surprend chez son réalisateur doué mais souvent impersionnel, The Unjust trébuche souvent. La virtuosité formelle du film et l’énergie indéniable du casting, qui a tout loisir  de cabotiner dans des rôles bigger than life, suffisent malgré tout à emporter notre adhésion.

Straw Dogs

Un film de Rod Lurie, avec James Marsden, Kate Bosworth, Alexander Skarsgård

Sorti le 7 mars – Sony Pictures

Genre : remake impie

Tout comme It’s Alive, qui s’attaque au classique horrifique de Larry Cohen (le film est sorti il y a peu en dvd), Straw Dogs tente une « relecture » adaptée au public d’aujourd’hui d’un film culte sulfureux signé Sam Peckinpah. Les chiens de paille, c’est le souvenir de Dustin Hoffman regagnant (ou pas ?) son statut de mâle viril en brandissant un fusil de chasse contre ceux qui ont violé (ou pas ?) son attirante épouse. Ce sont les paysages brumeux de l’Angleterre rurale, une science du montage vicieuse qui nous amène, 30 ans après, à nous questionner encore sur le sens à donner aux images de ce film de siège pas comme les autres. Qu’un artisan anonyme comme Rod Lurie se dise qu’en relocalisant l’histoire dans le Sud des USA, et en faisant des agresseurs menés par Alexander Skarsgard (True Blood) des rednecks qu’on jurerait sortis d’un bon vieux film de Burt Reynolds, fera de son Straw Dogs un remake utile est assez fumeux. La polémique, le style, l’ambiguité, tout cela est évacué au profit d’une réalisation standardisée, et d’une absence de prise de risques pitoyable. Même l’affiche est identique, bon sang !

F.A.R.C., l’instrument de la vengeance

Un film de Juan Felipe Orozco, avec Edgar Ramirez, Ricardo Velez, Carolina Gomez

Sorti le 4 avril – Wild Side

Genre : thriller

Présenté en avant-première mondiale au dernier Étrange festival, F.A.R.C., aussi appelé Greetings to the devil, nous vient de Colombie. Ça, on s’en serait douté, vu le titre français que Wild Side lui a affublé. Le héros est bel et bien un ancien guérillero, amnistié par son pays, mais que son passé rattrape lorsque sa fille est kidnappée. Edgar Ramirez, le Carlos d’Assayas, est la star de ce polar politique qui louche sur la formule gagnante du voisin brésilien Troupes d’élite, sans en avoir le flair ou les grands moyens. Le film baigne toutefois dans une ambiance crépusculaire et ménage un suspense prenant, en plus de profiter d’un acteur principal ultra-convaincant. Et puis c’est pas tous les jours que la Colombie nous envoie des films de genre, alors pourquoi se priver ?

Amazing Grace

Un film de Michael Apted, avec Ioan Gruffudd, Albert Finney, Michael Gambon

Sorti le 1er mars – Seven Sept

Genre : biopic

C’est un peu le film wikipedia du mois : vu de chez nous, William Wilberforce est un quasi-inconnu, alors qu’en Angleterre, c’est une figure politique majeure, à l’origine de l’abolition de l’esclavage en 1807, au terme d’un combat de 20 ans qui lui coûta sa santé, et in fine, sa vie. Oh, et son mentor était John Newton, le compositeur de l’hymne immortel qu’est Amazing Grace, d’où le titre de ce biopic réalisé par Michael Apted (Gorilles dans la brume forever). On aurait aimé découvrir le film à l’époque de sa réalisation, en 2006, lancée pour commémorer le bicentenaire de l’abolition. Ça nous permettrait de connaître Ioan Gruffudd, ici très inspiré, dans un rôle plus noble que l’Elastic man des piteux 4 Fantastiques, ou de repérer avant tout le monde le talent déjà visible d’un dénommé Benedict Cumberbatch, second rôle marquant au sein d’un casting déjà prestigieux. Mais bon, mieux vaut tard que jamais, non ?

Blood Creek

Un film de Joel Schumacher, avec Henry Cavill, Dominic Purcell, Michael Fassbender

Sorti le 1er mars – Metropolitan

Genre : horreur

Ça fait longtemps qu’on attend plus grand-chose de Joel Schumacher. À part les nostalgiques qui s’extasient encore sur Chute libre et Tigerland (deux bons films, mais pas non plus des pierres angulaires du cinéma américain), tout le monde a bien compris que l’ami Joel était un bon gros tâcheron, capable de flinguer des scripts d’exception comme Phone Game avec une réalisation fonctionnelle, la dignité d’acteurs établis (Robert de Niro s’est difficilement remis de Personne n’est parfaite), et des franchises juteuses comme Batman. Il ne faut donc pas attendre de Blood Creek une grande réussite, malgré un casting rétrospectivement (le film est sorti en 2009 aux USA) étincelant où l’on retrouve Henry « Superman » Cavill ou Michael Fassbender. Pourtant, en singeant l’ambiance de La forteresse noire et en accumulant des idées nazes/barrées/géniales au fil des minutes (des chevaux en feu ! Fassbender qui caresse un mur !), Blood Creek se construit un capital d’attirante étrangeté indéniable. Si si : c’est un objet un peu Z et raté, avec un monstre nazi et des guignols dans une ferme, mais c’est à découvrir.

Little big soldier

Un film de Sheng Ding, avec Jackie Chan, Leehom Wang, Sung-jun Yoo

Sorti le 24 avril – HK Video

Genre : aventures martiales

Ah, Jackie Chan ! Voilà une star qui quoiqu’on en dise sait se remettre en cause. Jackie n’a plus 20 ans (il en a 59) et a dû ces dernières années recentrer sa carrière sur des rôles mettant en avant ses capacités d’acteur dramatique, comme Shinjuku Incident, Karate Kid ou 1911 – ça ne l’a pas empêché de se lancer récemment dans le tournage mouvementé d’un Armour of God 3. Little Big Soldier est à mi-chemin entre cette velléité de tenter de nouvelles choses, et la bonne vieille formule du Jackie gentil et agile. C’est une aventure médiévale réussie qu’il nous offre, basée sur un duo de personnages antinomiques : le simple soldat joué par Jackie et un général ennemi qu’il a capturé, joué par Leehom Wang (une star de la chanson taïwanaise). Le ton enfantin et les péripéties hautes en couleurs rencontrés par les deux acteurs rappelle l’époque des Drunken Master, mais Little big soldier possède son charme propre, en plus de nous réconcilier avec un acteur qui entame une « nouvelle » (sic) carrière de plus en plus surprenante.

The Crash

Un film de Dante Lam, avec Nicholas Tse, Jingchu Zhang, Nick Cheung

Sorti le 4 avril – Wild Side

Genre : thriller

Si on avait dit un jour que les films d’Innaritu inspireraient un polar hong-kongais… Et pourtant, The Crash (« traduction » unilatérale du bien plus puissant Beast Stalker) se concentre lui aussi sur les conséquences d’un accident traumatique, où une petite fille à trouvé la mort. Le film de Dante Lam, antérieur à ses derniers coups d’éclat (Fire of Conscience, The Insider et prochainement Viral Factor), a à la fois pour héros le policier qui jure de se racheter de cette mort accidentelle, et un kidnappeur qui va lui en donner l’occasion. Nicholas Tse et Nick Cheung ont rarement été aussi bons que dans ce thriller gorgé d’action sous haute tension, sursaut stylistique qui a changé l’image que l’on pouvait de son réalisateur, et qui rappelle les grandes heures du polar HK des années 90. Du tout bon.

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