Psiconautas : l’île des enfants perdus (Étrange Festival)

Psiconautas est l’adaptation du roman graphique d’Albert Vazquez. Associé à Pedro Rivero (La crisis carnívora), il s’est chargé de transformer le dessin figé en matériel animé pour les besoins d’un court-métrage, primé aux Goyas. Comme nous l’avons évoqué dans notre brève de l’Étrange Festival, le long-métrage qui en découle, d’abord projeté au festival du film d’animation d’Annecy, a fait l’effet d’une bombe, un choc à la fois violent et déprimant. Cette lecture sans compromis de la société contemporaine, d’une génération perdue, porteuse d’un message d’espoir et de solidarité onirique et poétique, sortira on l’espère bientôt sur nos écrans à l’automne. Il sera essentiel de ne pas la manquer !

Paradis perdus et tentations animales

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Autrefois, l’île de Psiconautas ressemblait à un vrai paradis. Aujourd’hui, après l’explosion de l’usine, elle ne ressemble plus qu’à un tas de cendres, des monticules d’objets agonisants de la décharge aux vestiges disloqués de l’usine, en passant par l’immense cimetière qui regroupe une grande partie de ses habitants. Les survivants, eux, semblent avoir perdu une partie de leurs âmes. Ses personnages mi-humains, mi-animaux donnent l’apparence trompeuse d’adorables petites boules de poils aux allures de renard, de chien ou de rat. Mais, rongés de l’intérieur par des démons rugissants, ils laissent parfois se libérer un désespoir profond matérialisé dans une rage noire et impitoyable. Le petit Birdboy, par exemple, ronge sa détresse sans pouvoir réussir son envol. Il se noie dans une drogue mystérieuse, qui transforme parfois cette créature mignonne et triste en un monstre effrayant. Les choses ne seront plus pareilles sur l’île de Psiconautas, de sorte que même les objets, doués de vie, ne savent plus comment sortir les humains de leur torpeur.

« Toxique et fascinant, cet univers nous dit beaucoup de choses sur l’époque actuelle. »

Cependant, il reste de l’espoir. De malicieuses graines volantes et dorées font pousser d’autres arbres dans la forêt meurtrie, dont le cœur semble battre encore grâce aux âmes qui l’ont quitté. La jeune Dinki semble bien décidée à quitter cette île de malheur, pour échapper aux sarcasmes vulgaires de son beau-père et de son demi-frère bulldog. Avec ses amis, elle rassemble son courage et part en quête d’un moyen de locomotion dans un lieu très dangereux pour une jeune fille fragile. Elle cultive l’espoir que son ami Birdboy trouvera la force de les accompagner, dans l’énergie du désespoir. Dans cette quête, il faudra à l’équipée un grand courage et de la ténacité pour parvenir à dire adieux à un monde qui paraît ne jamais vouloir les laisser partir.

Une île miroir de notre époque

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Toxique et fascinant, cet univers nous dit beaucoup de choses sur l’époque actuelle. Comme ce pêcheur, qui rêve lui aussi de prendre le large, mais se trouve enchaîné par des liens invisibles qui le lient à sa mère et au mal étrange qui la ronge. Et que dire de ces « enfants perdus » qui vivent à la décharge et suivent un véritable culte démoniaque. Les métaphores glauques et sombres s’enchaînent et en laissant dans leur sillage un goût amer. L’intrigue, ménageant au milieu de cette multitude de personnages une véritable continuité narrative, alterne tragique, humour noir et violence crue, sans jamais se montrer complaisante.

L’intrigue dévoile peu à peu les mystères de cette île contaminée, corrompue par un mal invisible, qui conduit ses habitants à la noirceur et à la dépression. Tantôt chatoyante et pleine de vie, elle ne tarde pas à subjuguer devant un océan de couleurs vives. Tantôt sombre, rouge ou noire, elle exprime par la couleur des sentiments enfouis qui valent mieux qu’un long discours. Chauds ou glaciaux, mais toujours virtuoses, les graphismes évocateurs de Psiconautas ponctuent également de douceur des flashbacks qui contrastent toujours violemment avec le retour à la réalité artificielle et grisâtre.

Dans cette destruction sublime du conte de fées, il n’y a pas de place pour une fin heureuse. Mais une fragile note d’espoir se dessine sous des traits luminescents. Si l’image de l’Espagne récente se lit à travers ces traits oniriques et pessimistes, c’est à une véritable prise de conscience internationale qu’appelle le film, aussi bien sur des questions écologiques que sociales ou politiques. Le spectateur ne sort pas indemne de Psiconautas. La grande richesse de son propos, sur des thématiques puissamment illustrées comme le gaspillage des objets, l’importance de l’entraide et du respect de la nature, emballée dans un écrin graphiquement splendide et techniquement abouti, laisse penser que nous sommes tous des Psiconautes.

Bonus

Le court-métrage Birdboy

BIRDBOY Short film/ Birdboy el Cortometraje from Khris Cembe on Vimeo.


Note Born To Watch
Cinqsurcinq
Psiconautas, los ninos olvidados
De Pedro Rivero, Alberto Vázquez
2016 / Espagne / 80 minutes
Sortie prochainement

Crédits photos : Copyright Basque Films

 

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