Qualité France : adieu au cinéma !

En ce lendemain de cuite électorale, la tendance n’est peut-être plus à la franche rigolade dans notre bonne vieille France. Quoique. Peut-être que, à notre insu, voire à notre effarement, la comédie « à la française » (la précision devient essentielle dans cette époque de fierté nationale brandie dans chaque urino… pardon, dans chaque urne) est soudainement devenue une valeur refuge, comme on dit en Bourse. Un placement sûr, qui peut vous rapporter des millions quelle que soit la date de péremption des blagues ou l’intérêt de l’histoire. Nous en parlions déjà dans notre précédente sélection, et la tendance s’est lourdement confirmée ces deux derniers mois avec le triomphe « historique » de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu (que nous n’avons toujours pas vus. Allez-y, lapidez-nous !).

« À côté de ces « mastodontes » du rire gras, toutefois, l’industrie elle n’a pas le sourire. Les financements sont en baisse, les entrées en salles sont en baisse, le moral, chers internautes, est en baisse ! « 

Que doit-on penser du triomphe national de cette comédie de boulevard qui rejoue avec quarante ans de retard le pitch de Devine qui vient dîner ce soir, et dont la morale se résume à « On est tous un peu racistes » ? Avec 7 millions de spectateurs dans la poche, à quoi doit-on s’attendre pour l’inévitable suite ? « On est tous un peu homophobes » ? Il aurait été rassurant qu’un pareil plébiscite touche des comédies un peu plus sophistiquées et ambitieuses, mais non. Après Fiston (2 millions d’entrées), Supercondriaque (plus de 5 millions) et surtout, surtout, l’horriblement improbable Barbecue (1,2 million de mangeurs de saucisses !), le film de Phillipe de Chauveron, l’immortel auteur de La Beuze et des Seigneurs, est venu confirmer que le public français était prêt à s’enfiler n’importe quel pantouflard téléfilm en salles, pourvu qu’il y ait deux bons gags dans sa bande-annonce, même faussement/vraiment racistes, et quelques vedettes pas trop has-been sur l’affiche.

Réveil chagrin

Qualité France : adieu au cinéma !

À côté de ces « mastodontes » du rire gras, toutefois, l’industrie elle n’a pas le sourire. Les financements sont en baisse, les entrées en salles sont en baisse, le moral, chers internautes, est en baisse ! La preuve que tout va mal, Télérama a même publié un dossier en forme de harangue artistique, intitulé « Le cinéma français doit se réveiller », qui parle même, heureux hasard, d’un label « Qualité France » derrière lequel nous pourrons regrouper une bonne part, inutile et peu mémorable, des 250 films français produits chaque année. Rendez-vous compte, tout de même : même Télérama est inquiet ! Ça ne les empêche toutefois pas de s’esbaudir avec une passion peu contagieuse devant le dernier collage rigolo de Jean-Luc « j’emmerde le cinéma, mais surtout je m’emmerde un peu » Godard, Adieu au langage. Un film primé, c’est moins rigolo, au dernier Festival de Cannes. Nous y reviendrons.

Rappelons-le à toutes fins utiles : la sélection de bandes-annonces ci-dessous se base sur un choix tout à fait subjectif des pires films français à venir, ou même déjà sortis dans le cas du Jean-Luc (oui, allez, soyons familiers). Nous ne les avons pas vus. Nous ne les verrons probablement pas. Une bonne surprise se cache-t-elle derrière ces trailers ? À vous de réagir ! L’un de nos lecteurs a même vu Une lettre ne s’écrit pas et nous a fait part de sa critique : comme quoi tous les espoirs sont permis. C’est bien connu, dans le cinéma tout est une affaire de subjectivité. Mais quand même. Pour reprendre une expression de l’avocat de DSK piquée chez les Nuls : objectivement, Une lettre ne s’écrit pas, c’est sûrement une belle merde.


Sous les jupes des hystéros

Vous souvenez-vous, lorsque nous évoquions la vague des comédies sentimentalo-hystériques peuplées de Parisiennes trentenaires, à la fois drôles, vulgaires, nymphomanes, qui cherchaient le grand amour tout en y croyant plus ? Même si Les Gazelles a, à priori prouvé que le « genre » pouvait être abordé avec un peu plus de finesse, la vague a atteint son pic d’effarement avec ce film choral nommé Sous les jupes des filles. Audrey Dana, comédienne révélée par Claude Lelouch, a semble-t-il pété un fusible en voulant réaliser une comédie à la gloire des femmes modernes, interprétées par le gratin du 7e art français. Soit un film à sketches multipliant par 10 la souffrance que l’on peut endurer devant pareil navet, avec plein de jeunes bourgeoises insatisfaites qui parlent tampons, sont cocues, tapent des high five au resto quand leur mec se révèle célibataire, se prennent des lampadaires (parce qu’elles sont DRÔLES, ok ?), parlent de bites et de seins sans jamais qu’aucune d’entre elles ne paraisse naturelle ou réaliste – Vanessa Paradis en directrice d’entreprise à chignon, ouiiii, bien sûr… Les filles, c’est bon, nous l’avons compris depuis Mes meilleures amies : vous pouvez être crues, malpolies et sentimentalement bipolaires. Comme les mecs. C’est possible d’arrêter les ersatz navrants, maintenant ?

La punchline qui vend du rêve : « J’suis cocuuue ! Excusez-moi j’ai des cornes, j’ai du mal à passer la porte ! » (LOL)

La bande-annonce :


Tremble, John Woo !

Le succès imprévisible des Profs (premier film français du box-office 2013), a déjà des conséquences visibles et fâcheuses cette année, comme quoi les idées circulent vite chez nous aussi lorsqu’elles sont faciles à copier. Ce film d’Antoine Blossier (qui opère un spectaculaire revirement après son survival animalier, La Traque) est donc une comédie vulgos et branchée sur une bande de bras cassés (ou de sous-doués, si vous êtes branchés années 80) qui décide de monter un casse pour… voler les sujets du bac. Gros enjeux, donc, très réalistes, qui plus est, d’autant plus lorsque nos « beaux gosses » décident de faire appel à un as de la cambriole pour les aider (oui je sais c’est nawak). Un cador joué, et cela fait frissonner rien que de l’écrire… par La Fouine. Oui, le rappeur au sourire de ravi, toujours aussi crédible en gangster des cités, et à qui A toute épreuve, dans un souci d’attirer le public jeune, a permis de faire ses débuts au cinéma. Comme si l’affront n’était pas déjà terrible, le film s’appelle, répétons-le, A toute épreuve (parce qu’épreuve du Bac, ah ah). John Woo n’en dort plus. Nous non plus.

La punchline qui vend du rêve : «J’l’ai démontée comme un Lego… Et j’l’ai terminée comme un kebab. »

La bande-annonce :


Adieu, vraiment, Jean-Luc ? Sûr ?

Parce qu’il est un peu trop Suisse pour être labellisé « Qualité France », parce que son film est déjà sorti, enfin parce qu’il constitue une cible un peu trop facile, nous avons hésité à parler du dernier opus godardien Adieu au langage, bricolé par le Mick Jagger de la Nouvelle Vague dans sa maison de ret…, pardon, de campagne avec des téléphones portables et des GoPro scotchés ensemble (ça fait du relief !). Après tout, la bande-annonce, comme celle de Film Socialisme, parle un peu d’elle-même : même en retraite anticipée depuis au moins vingt ans, Jean-Luc a envie de faire parler de lui encore un petit peu. Il adopte pour cela la posture, immuable, de l’artiste abscons dont chaque parole, chaque geste, est interprété comme « éblouissant de modernité » par un parterre d’adorateurs en transe, dont la prose post-projection cannoise a fini par les faire ressembler à d’inquiétants adeptes d’une secte raëlienne.

Qualité France : adieu au cinéma !

Godard traite Tarantino de « faquin » à la radio ? Mais, monseigneur, c’est brillant. Godard envoie une lettre d’excuse en vidéo à Cannes ? Elle devrait être primée ! Même l’absence du papy a été saluée par un tweet ubuesque de Gilles Jacob : « GODARD ne vient pas, j’en étais sûr. Il a compris que son show brillantissime éclipsait son propre film. Une autre époque. So long, Jean-Luc ». Le film, lui, long de 70 minutes et ayant pour vedette son chien, quelques acteurs à poil, les philosophes du passé, et une 3D nauséeuse « mais techniquement éblouissante » (© Libération), se passe au vu de ses extraits de commentaires (nos confrères du Passeur Critique sont d’accord sur ce point). Le jury cannois a décidé de lui donner un prix, à égalité avec le jeunot Xavier Dolan, 25 ans. D’un côté un talent précoce en pleine ébullition créatrice, de l’autre un grand-père gâteux qui s’emmerde un peu devant son lac Léman : pas étonnant que le Québécois soit un peu frustré !

La punchline qui vend du rêve : il y en a trop, vraiment.

La bande-annonce :


Au théâtre ce soir… ah non, mince

D’abord, une précision : les comédies sentimentales qui pullulent au théâtre à Paris n’ont pour la plupart rien de honteuses. Quelques comédiens rodés, des dialogues piquants et un certain savoir-faire pour se mettre le public dans la poche peuvent suffire à passer un bon moment. Difficile de saisir pourtant ce qui pousse ces dernières années les producteurs à adapter en film les plus gros succès du théâtre, pour des résultats forcément moins « frais », et déjà périmés : Le jeu de la vérité, Arrête de pleurer Pénélope… Certes les pièces ont cartonné, mais qui se souvient des films ? Bon gré, mal gré, Amelle Chahbi et Noom Diawara (également à l’affiche… de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu), le duo derrière Amour sur place ou à emporter a accepté lui aussi de passer des planches aux caméras, et le résultat s’annonce, disons… anonyme, faute de meilleur adjectif. L’histoire a été vue mille fois, les personnages principaux comme secondaires paraissent moins attachants que caricaturaux, et l’humour forcément appuyé au théâtre passe moins bien sur grand écran. Allez, la suite : bientôt, Le clan des divorcées, le film !

La punchline qui vend du rêve : « D’habitude je couche plus vite, mais ça marche pas, alors maintenant je veux être sûre de mes sentiments ! »

La bande-annonce :


Les femmes et les bovins d’abord

Vous en avez marre des documentaires alarmistes sur le déclin du monde paysan ? Marc Fitoussi a pensé à vous pour retrouver le sourire : La Ritournelle, inspiré d’un séjour chez des éleveurs de bovins Charolais (ok, pourquoi pas). Le réalisateur de Pauline détective dit « être arrivé plein de préjugés, et s’être retrouvé face à des gens parfaitement modernes, qui ressemblaient plutôt à des chefs d’entreprise. » Après avoir compris en bon parisien que les agriculteurs aussi vivaient au XXIe siècle, Marc a donc appelé Jean-Pierre Darroussin et Isabelle Huppert pour jouer un couple de bouse… pardon de fermiers modernes, usé par la routine. Elle veut s’échapper, si possible en allant chercher romance à Paris (ben voyons), il doit la reconquérir, même s’il doit prendre le train pour ça ! On exagère, mais vous voyez le tableau : histoire d’enfoncer le clou de la chronique bien lourdaude, le trailer nous montre même ce brave Jean-Pierre comparer sa femme à l’une de ses vaches, à l’occasion d’une métaphore filée bien grasse. C’est que c’est bon, la Charolaise !

La punchline qui vend du rêve : « Bah y a pas besoin de goûter pour savoir qu’c’est dégueulasse, le Croq’Tofu ! »

La bande-annonce :

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