Qualité France : dans le doute… fuyez !

Mine de rien, le cinéma français traverse une belle période d’accalmie en ce moment : comme nous le relations dans le précédent numéro de cette chronique, l’arrivée sur les écrans d’un grand nombre de productions hexagonales plus attendues que la moyenne, comme La vie d’Adèle, Le Volcan (l’autre titre du film de Dany Boon), Neuf mois ferme et dans une moindre mesure Au bonheur des ogres (le Jeunet lui passe complètement inaperçu), a redonné des couleurs au box-office local, laissant loin dans le rétroviseur les cataclysmique premiers mois de l’année, à la fois financièrement mauvais et intellectuellement marqués par une certaine prise de conscience post-Maraval des tares manifestes de notre industrie. Cette embellie ne fait pas heureusement pas oublier qu’à côté des mastodontes médiatiques suscités, les vilains petits canards du cinéma français continuent de courir en liberté. Des films improbables, comme Doutes (voir plus bas) dont on se demande toujours par quel miracle, et aussi dans quelles conditions, ils ont pu être tournés.

Qualité France : dans le doute… fuyez !L’embarras n’étreint pas que les internautes, qui partagent de plus en plus sur les réseaux sociaux leur effarement suite à la découverte d’une bande-annonce comme nous en sélectionnons tant dans Qualité France. Comme le révèle un récent article du Figaro.fr, les distributeurs aussi se facepalment aussi volontiers lorsqu’ils se rendent compte qu’ils doivent vendre et promouvoir un navet pur jus. Eh oui, le 7e art, ça n’est pas que les paillettes et les Césars : c’est aussi la honte et les détritus filmiques qui s’amoncellent chaque année, avec la bénédiction tacite du CNC.

Rappelons-le à tout hasard, la sélection de trailers qui suit opère une sélection tout à fait subjective des pires films frenchy à venir : rien ne dit qu’ils feront un bide (encore que pour certains, le million de spectateurs paraît être un brûlant mirage) ou qu’ils seront descendus par la critique (ce sera, malheureusement, souvent le contraire, puisque certains s’estiment investis d’une mission, qui est de défendre à tout prix « notre » cinéma français). Qui sait, peut-être qu’un futur César du meilleur film se cache parmi eux ? Non, mais, sérieusement, hein. Qui. Sait ?

Ôtez-moi d’un doute…

« Un peu comme si TF1 sortait un épisode d’«En Immersion» consacré aux repas entre amis dans le XVe. »Nous ne pouvons pas débuter autrement cette sélection qu’avec le film, que dis-je, « l’OVNI cinématographique » de Yamini Lila Kumar (dixit elle-même) qui enflamme la Toile depuis la révélation de sa tonitruante (il n’y a pas d’autre mot) bande-annonce. Doutes, avec un « s » pour ne pas le confondre avec le film de John Patrick Shanley, et sans le « age » pour ne pas le confondre avec le sketch des Inconnus, s’auto sous-titre « chronique du sentiment politique ». On sent déjà dans cette expression une approche purement visuelle du médium cinématographique, une compréhension humble et objective du septième art, confirmée par la “kof“ cinéaste “kof“ (qui est aussi productrice, scénariste et « chef » monteuse, ce qui explique beaucoup de choses) qui pour décrire son long-métrage, nous dit : « La parole y est omniprésente ». Elle a pas tort, Yamini. Durant les deux minutes de son paroxystique trailer, on parle beaucoup. Dans des cafés, dans des apparts parisiens avec beaucoup de livres dedans… Un peu comme si TF1 sortait un épisode d’ « En Immersion » consacré aux repas entre amis dans le XVe. Et si on vous dit que les principaux acteurs de Doutes (avec un « s » rose sur fond rouge, parce que oui, on peut en avoir plusieurs) sont Benjamin Biolay et Christophe freakin’ Barbier, qui se trouve être le compagnon de la réalisatrice (ce qui explique TOUT), qui porte le nom dans le film de Chris Bailey – non, non, sans rire – les mots s’effacent, et tout s’éclaire : Doutes, on en reparlera pendant longtemps. Mais peut-être pas pour les raisons auxquelles pense son incroyablement égocentrique, “ahum“, “kof“, “erk“, “bon-sang-laissez-moi-respirer“, réalisatrice, qui s’épanche sur son fabuleux travail avec des mots qui sonnent vrai dans un blog qui vaut son pesant de doutage.

La punchline qui vend du rêve : « Quand tu m’regardes… tu trouves pas que je ressemble à un canton suisse ? »

Et si on (ne) faisait (pas) un film ?

« Pourquoi Paroles doit-il forcément sortir au cinéma ? »Nous pouvons comprendre l’envie qui ronge certains « artistes » de passer un jour aux choses sérieuses. De voir leur œuvre en grand, en long-métrage. Véronique Mucret Rouveyrollis, qui aurait peut-être dû réfléchir à deux fois avant de prendre aussi le nom de son mari (roooh, c’est gratuit, oui, c’est vrai), avait un vrai CV multi-casquettes (courts-métrages, documentaires), avant de, disons, entreprendre le tournage de Paroles, qui est un peu le complément ultra-fauché du déjà pas très riche Doutes. Paroles, c’est un film méta, tu vois, avec Joséphine Robert qui a joué dans Sous le soleil de Saint-Tropez, où deux personnages discutent d’un film imaginaire qui se raconte en même temps sous nos yeux. C’est pas bête : pour montrer qu’on est dans le domaine de l’imaginaire, le casting s’habille en rouge ou bleu. Sauf que bon… Pourquoi Paroles doit-il forcément sortir au cinéma ? Même les jeunes de la MJC de Rosny-sous-Bois parviendraient à torcher un film moins laid que Paroles. Tout dans le film sent l’amateurisme criard, le mauvais goût vestimentaire du casting rivalisant avec les cadrages de traviole d’un caméraman découvrant sans doute la fonction « REC » de son caméscope de vacances. Il pourrait tout aussi bien s’agir d’un brouillon de vrai film, qu’on y verrait que du feu.

La punchline qui vend du rêve : « Y a pas de mal à s’amuser entre rêveurs consentants. »

Nique ta pinède

« Deux femmes se disputent les faveurs… de Joey Starr. »Une fois n’est pas coutume, nous parlons dans le cas d’Une autre vie d’un réalisateur plutôt apprécié du public, un ancien de la Femis qui une fois n’est pas coutume possède un talent pour imposer sa patte à ses longs-métrages. Emmanuel Mouret, à la fois acteur et réalisateur, s’est fait connaître avec les légers Changement d’adresse et Un baiser s’il vous plaît, où brillait la fine fleur des actrices françaises. On comprend d’autant moins le consternant virage opéré avec cette Autre Vie, mélo pur jus coincé dans un décor de pinède où, tenez-vous bien, deux femmes se disputent les faveurs… de JoeyStarr. Non, non, ce n’est pas un clip de NTM, mais bien un film. La preuve : Joey joue un électricien. Mouret déploie la totale : musique classique, baisers fougueux, « doutage » intense et répliques immortelles du genre « Vous n’savez pas c’que c’est d’aimer ». Tout le monde prend un air concerné, le rappeur cosy le premier, mais tout ça sent déjà bon la naphtaline, malgré les paysages de cartes postales.

La punchline qui vend du rêve : « Vous qui êtes dans l’électricité… C’est comme si j’avais plus de courant. »

Direct à la casse

« Qui a pu mettre de l’argent durement gagné dans cette chose? »Lorsque nous avions parlé il y a quelques temps de l’incroyable (dans tous les mauvais sens du terme) Va y avoir du soui !, il était clair que le fond du tiroir de la micro-production française venait d’être touché. Mais le cinéma français a cela d’étonnant qu’il parvient toujours à se surpasser dans le mauvais sens : en plus de Paroles, cité ci-dessous, un autre challenger vient se rajouter au peloton de tête. Le casse des casses, que ça s’appelle. Tourné dans le Val d’Oise grâce à des financements participatifs (mais qui a pu mettre de l’argent durement gagné dans cette chose ? Il y a des associations dans le besoin, bon sang !) par Florian Hessique, jeune « auteur » d’une shortcom intitulée Autoroute Express diffusée sur la TNT (ah bon), Le casse des casses se penche comme son titre l’indique sur un cambriolage fomenté par deux crétins qui… Oh et puis ça va, là : dès que le teaser ci-dessous commence, l’histoire passe par la fenêtre, remplacée par la consternation. D’abord le casting, où s’entrechoquent avec des cris de douleurs Jean-Pierre Castaldi, un gars de Hélène et les garçons, Laurent Petitguillaume et Alexandre Debanne. Prends ça, Wes Anderson ! Le montage, qui nous refait le coup du plan accéléré à la Benny Hill ! Et puis l’image, ah l’image : il n’est même pas sûr que les balances des blancs aient été faites sur la moitié des plans. Et les autres ne sont éclairés que par un soleil clément, ce qui en dit long sur l’avenir dans le métier de son réa… son réali… son ré… Rah non, j’y arrive pas. Ah oui, au fait. Le casse des casses sort dans des grandes salles de cinéma avec des places payantes, le 5 février prochain. Et le petit Florian espère qu’un « maximum de personnes iront voir le film ». Non, non, Florian. Espère plutôt que le moins de gens possibles tombent sur cette chose. On dit ça pour ton bien.

La punchline qui vend du rêve : « L’idée ça serait de se faire un maximum de fric… en en foutant le moins possible » (c’était dans la note d’intention ?).

Les aventures de Louis en Italie

« La life de Valéria, on s’en fout un peu. »Allez, terminons avec une valeur sûre. Le chouchou du quartier Latin. La statue de commandeur du cinéma français qui pense, le seul et unique Louis « j’ai marché sur mes lacets » Garrel. Hé oui, Louis tourne comme un damné. C’est normal, tout le monde le veut dans son film, pas juste son père. Valéria Bruni Tedeschi, qui c’est pas de bol restera avant tout dans notre mémoire comme la belle-sœur du petit Nicolas, a chamboulé tout son plan de tournage, pour faire de la place dans Un château en Italie à l’acteur (bon sang, que ce mot devient dur à écrire), qui, Ô SURPRISE, est aussi son ancien compagnon. C’est dire l’effet qu’il provoque sur un plateau, Louis. Et pourtant, à la base, Un château en Italie parle surtout de Valéria, sa vie avec sa mère (qui joue sa mère dans le film), la mort de son frère, sa relation avec son mec (qui est donc joué par son ex), l’amour que sa maman voue à Omar Sharif (qui fait donc un caméo) et, forcément, sa vie de château dans le vrai château de famille, parce que les Bruni-Tedeschi sont pas non plus connus pour vivre dans la banlieue de Pérouse, oh ! Il ne manque que Carla pour jouer Carlita. Bref, un film autobiographique comme il y en a tant, sauf que la life de Valéria, on s’en fout un peu. Et c’est pas une sélection à Cannes qui rendra la chose plus intéressante.

La punchline qui vend du rêve : « – J’suis heureuse, là ! – Oui, oui… Ben moi j’suis pas très heureux, mais ça va ».

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Vous avez la parole.