Qualité France : voyage en terre improbable

La voici, la revoilà : alors que tant d’inédits de grand (ou moyen, hein) standing restent plantés au stade de la VOD et du DVD à 6 euros, la sélection « Qualité France » descend les plus improbables nanars bien de chez nous, avant même qu’ils ne sortent au cinéma.

Un confrère du Net (Le passeur critique, pour ne pas le nommer) s’interrogeait en cette semaine de juillet, à l’occasion de la sortie de Juliette, sur les raisons qui pouvaient pousser les producteurs à investir de l’argent dans le genre de films dont nous parlons ici. Certes, un navet produit en France coûte toujours moins cher qu’un autre produit aux USA ou en Chine. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ces ratages sont aussi moches à regarder : dans certains cas, le réalisateur n’a pas d’autres choix que de filmer avec des caméras numériques de basse qualité les atermoiements d’acteurs à peine professionnels, dans des « décors » généralement tellement élaborés qu’on est à peine étonné d’apprendre qu’il s’agit de leur appartement. Jean-Claude Brisseau et l’ami Godard pourraient vous en parler, ils ne tournent maintenant plus que dans leur salon et leur jardin. Fascinant.

« Après tout, j’demande pas un chef d’œuvre. Juste un film pas trop moche et monté correctement. »

Qualité France : le meilleur du pire à venirMais pourtant, la question nous taraude : pourquoi, véritablement, mettre un peu l’argent dans des films sur la base de scénarios bancals, nombrilistes, pas drôles ou tout simplement pas finis ? Le système de financement particulier du cinéma français, sûrement ; une navrante absence de remise en question, peut-être. On est peut-être un peu durs : en même temps, si vous regardez à la suite les quatre trailers qui suivent, il sera difficile de faire preuve de mansuétude, même s’il s’agit pour la plupart de premiers longs-métrages de fiction pour leurs metteurs en scène. Peut-être feront-ils mieux la prochaine fois. Ou alors on en reparlera ici. Toujours sans les avoir vus (et oui, on est méchants, c’est le principe).

La banlieue, c’est pas rose, la banlieue c’est morose

Le terrorisme en France est un sujet d’actualité on ne peut plus brûlant, c’est un fait. Les affaires comme celle de Mohamed Merah ont fait naître un certain sentiment de paranoïa anti-islamiste sur lequel surfe sans complexe le FN. C’est dramatique, et c’est pourquoi il est assez révoltant de voir débarquer un projet visiblement aussi puant que Voyage sans retour, long-métrage interprété et réalisé par François Gérard. Bien qu’ayant une carrière assez confidentielle, le gars a tout de même réussi à rassembler un casting assez luxueux (Samy Naceri, Samuel Le Bihan, Serge Riaboukine, Olivier Rabourdin et même Atmen Kélif dans le rôle d’un islamiste recruteur – ATMEN KÉLIF, quoi !) pour raconter l’histoire de Kad, caïd de banlieue d’origine maghrébine qui se retrouve avec des djihadistes en Afghanistan et devient un terroriste avide de revanche. Un sujet que Secret Défense avait abordé avec efficacité, et sûrement moins de populisme bas du front que ce Voyage sans retour, dont l’épileptique bande-annonce, farcie d’intertitres qui n’auraient pas démérité en Une de L’Express (« La France aussi a ses djihadiste » – sans S, donc ; « Qui sont-ils ? Qui les financent ? », etc.) annonce clairement la couleur. Vous, les Français xénophobes, vous avez raison d’avoir peur : les banlieues, c’est rien qu’un réservoir à terroristes, et heureusement on a plein de GIGN pour traquer tous ces tarés enturbannés. Pfiou.

La punchline qui vend du rêve : « Les réseaux djihadistes sont violents » (No. Shit.)

Nanar élevé en Mayenne

Bon là, pas de doute, avec Les Coquillettes et Inavouables, on tient la bande-annonce la plus psychotroniquement nulle de l’année. Voire de la décennie, hein, c’est dire le niveau. Déjà le titre : Va y avoir du soui !, expression mayennaise du crû, c’est-à-dire connue d’environ 500 pékins en France, et qui donne l’impression d’entendre un ramoneur chanter du Silmarils. Ensuite le film lui-même : une sorte d’exercice scolaire grandeur nature, entre un réalisateur de l’audiovisuel public, Dominique Rocher, et des jeune lycéens et membres d’associations de Château-Gontier, qui ont réuni on ne sait comment 28 000 € pour tourner une espèce de comédie satirique visuellement encore plus hideuse qu’un X amateur. Tout est priceless dans la longue bande-annonce de ce nanar cosmique, de la police de titre façon Max Pécas au « jeu » d’acteur du casting, en passant par la bande originale qui jurerait même dans un épisode de Benny Hill et l’inertie patente de la réalisation. Le dossier de presse est encore plus hilarant que le film, puisque constellé de perles sorties (au premier degré ?) par Rocher, qui avoue en toute modestie « avoir pensé à Gérard Oury et aux frères Coen » en tournant, ou être fier « d’être l’un des seuls, voire le seul film français à être parvenu sur les écrans sans avoir coûté un centime aux contribuables ». Heureusement, vu le résultat abominablement amateur ! Le pire étant que ce projet ubuesque et vaguement pédagogique atterrira bien en septembre dans quelques inconscientes salles françaises, avant sans doute de profiter d’une chronique attentive sur Nanarland. Non, non, sérieusement, Va y avoir du soui ! le mérite.

La punchline qui vend du rêve : « Les Mayennais, faut pas les chercher ! »

Sur l’île de Ré, on se fait …

Vous commencez à connaître la musique (sérieusement, c’est toujours la même) : une jeune fille s’emmerde pendant ses vacances sur l’île de Ré. « Elle attend le courrier », nous dit le synopsis. Elle fait du vélo et va à la plage aussi. Elle finit par avoir envie de lier une amitié épistolaire avec un détenu de la prison voisine, parce que voilà, la vie c’est tellement chiant qu’il y a pas de mal à faire copain-copain avec un inconnu en prison. Et c’est tout (après tout on a pas vu le film). Ce pitch excitant au possible, on le doit à l’ex-étudiante en beaux arts Shalimar Preuss, qui a l’air d’aimer la mer, puisque ses précédents courts-métrages s’appelaient Rendez-vous à Stella Plage et L’Escale. On ne sait pas si elle a beaucoup mis d’elle-même dans Ma belle gosse, qui marque les débuts sur grand écran de la moue boudeuse de Lou Aziosmanoff, mais en tout cas, il faut espérer que sa vie est un petit peu plus réjouissante que ça : parce que s’emmerder à l’île de Ré tout l’été, ça doit quand même être un vrai calvaire – pas autant que de voir quelqu’un en faire un film, mais pas loin.

La punchline qui vend du rêve : « Tu sais que je ne vis pas quand je n’ai pas de tes nouvelles »


Les beaux titres ne font pas de grands films

Ah, l’alter-mondialisme. Rêver d’un monde qui marcherait autrement, sortir des rails préconçus pour nous par la société, se rebeller quoi. C’est tout le propos de J’demande pas la lune, juste quelques étoiles, qui malgré son beau titre, ses belles idées, et la mobilisation de pas mal de bénévoles (qui ont notamment aidé à construire une énorme maison semblant sortir d’un conte de fées), a tout de la caricature du film fauché creusant par ses dialogues ampoulés et ses imperfections techniques sa propre tombe. Un vrai sujet de grand film dort pourtant dans l’histoire de cet ancien ingénieur devenu SDF, qui décide de rejoindre sa Bretagne natale pour retaper une bicoque reçue en héritage et retrouver un sens à sa vie. Las, le résultat à l’image, après quand même deux ans (!) de tournage paraît non seulement cheap et bourré de faux raccords (son ET image, faites votre choix), mais aussi niais comme la pluie, avec ces clichés sur la beauté de vivre au grand air qui vous donne envie de jongler, de vous habiller comme un clown fluo ou de lever les bras au ciel en faisant du vélo sur la Départementale. Dommage : après tout, j’demande pas un chef d’œuvre. Juste un film pas trop moche et monté correctement.

La punchline qui vend du rêve : « Tu t’agrippes à moi comme à une bouée. La bouée est percée de partout, tu t’en rends compte ? On coule ! »

Pas encore de commentaire.

Vous avez la parole.