Qualité France : les navets se ramassent à la pelle

L’impensable arrive parfois : 2016 aura été une année calme sur le front des navets estampillés « Qualité France ». Bien sûr, nous avons vu passer quelques élèves turbulents, quelques recalés qui ont fait leur chemin on ne sait trop comment vers nos salles obscures – et il y en a un qui méritait, même a posteriori, d’intégrer cette présente sélection (rendez-vous plus bas). Mais dans l’ensemble, nous aurions pu croire que la somme de médiocrités compilées dans la précédente sélection « QF » était suffisante. Folie présomptueuse ? Il ne faut jamais espérer le meilleur quand on peut si facilement créer le pire, chers lecteurs. Le triomphe de Radin !, comédie facile torchée par un Fred Cavayé (Pour elle, Mea Culpa) consentant, avec le porte-bonheur actuel du CNC (non, pas Kev Adams, Dany Boon), a permis de faire à nouveau retentir l’alarme dans notre esprit. Il y avait encore tant à faire, et tant à dire ! D’où une nouvelle livraison de bandes-annonces, parfois consternantes, parfois juste… indescriptibles. C’est devenu une habitude !

Rappelons-le comme à chaque fois : cette sélection est uniquement constituée de films que nous n’avons pas vus. Le choix demeure tout à fait subjectif, et est soumis à une stricte approche scientifique dite « de mauvaise foi ». Nous ne sommes pas parfaits : un bon film se cache peut-être derrière ces extraits. À vous de nous dire si nous avons pêché ! Des fois que nous ayons envie de nous repentir…


L’humour aussi est sans emploi

C’est ce qui s’appelle savoir sentir l’actu. En plein débat sur les mauvais chiffres du chômage et alors que les présidentielles mobilisent l’espace médiatique, le cinéma français dégaine une comédie… sur le Pôle Emploi, et les sous-doués à la Max Pecas qui apparemment y pullulent. Rah là là comme c’est drôle ! C’est vrai qu’ils sont cons, ces conseillers à l’emploi qui n’arrivent même pas à vous trouver du boulot ! Allez, on va bien se moquer d’eux dans Les têtes de l’emploi, on va aller chercher Dubosc pour lui coller une moustache, Elsa Zylberstein pour la sortir de l’oubli, et Demaison parce qu’on aime bien son unique expression d’ahuri. Sans oublier les blagues ! Avec d’anciens auteurs des Guignols – et encore, ceux de la bonne période – aux manettes, ça devrait fuser, non ? Ça dépend de vous, en fait : si vous aimez les blagues faussement/vraiment racistes, homophobes, les gags sur les handicaps, la dépression et de manière générale la stupidité de ceux qui cherchent un boulot pour vivre, vous allez être par terre. C’est presque un soulagement d’apprendre qu’EuropaCorp est derrière ce merdier : il était inutile de s’attendre à pire, et le défi est pourtant relevé avec panache !

La punchline qui vend du rêve : « – Vous êtes raciste !Ah mais au contraire, j’adore les fruits secs. »

La bande-annonce :


Une vie pour perdre votre temps

Tout auréolé du prix d’interprétation cannois remporté par Vincent Lindon, Stéphane Brizé, le réalisateur de La loi du marché, s’est tourné vers un grand nom de la littérature bien de chez nous, Guy de Maupassant, pour son nouveau film : Une Vie. Maupassant, ça impose le respect, et ça dit tout de suite l’ambition que vous avez de faire du Grand Cinéma en costumes, romanesque et tout. De ce côté-là, aucun espoir : en adaptant le bouquin du beau Guy (pas son plus passionnant, soit dit en passant), Brizé s’est fait un devoir de ne surtout pas donner l’impression d’être un esthète. Avec ses acteurs filmés constamment de profil, ses contre-jours hasardeux (ou poétiques, ça dépend dans quelle revue vous écrivez), ses dialogues déclamés avec l’investissement souffreteux d’un sociétaire de la Comédie Française ©, Une Vie promet en à peine deux minutes de vous voler une partie de la vôtre, et sans rendre la monnaie s’il vous plaît ! Et si les adaptations impavides et mornes de pavés francophones sont votre tasse de tisane, retenez-vous d’acheter votre Juvamine hebdomadaire : Fleur de tonnerre, d’après Jean Teulé, sort en janvier 2017, et ça a l’air encore plus définitif dans le genre (bonus : Benjamin Biollay y marmonne ses dialogues avec son éternelle coiffure de hipster).

La punchline qui vend du rêve : « Jeanne s’il te plait, ARRÊTE ! »

La bande-annonce :


De pères en pire…

C’est une mode étrange que nous observons depuis plusieurs années : ces râleurs de Français, jamais les derniers lorsqu’il s’agit de conspuer le manque d’imagination de Hollywood, s’échinent à remaker à tour de bras les succès du cinéma québécois. Après Fonzy ou Le grand méchant loup, voici Père fils thérapie, déjà un grand moment de nawak grammatical au niveau du titre. Il s’agit d’une version délocalisée dans le Sudeuh de De père en flic, dans lequel des pères et fils qui se détestent partent faire une randonnée thérapeutique pour se rapprocher. Persuadé d’avoir trouvé le sujet du siècle, Emile Gaudreault, déjà auteur du film original, rempile à l’Est en entraînant Richard Berry, qu’on préfère ne plus présenter, et Jacques Gamblin, qui nous fait de la peine une fois sur deux, dans l’aventure. Ah oui, et on croise aussi un humoriste du Jamel Comedy Club (il a l’air content d’être là, moins d’avoir à prendre des cours de comédie), et la pauvre Julie Ferrier, qui essaie d’être « décalée » en tentant des accents foireux. Ça se veut méchant, alors que c’est sûrement blindé de bons sentiments – n’est pas Todd Solondz qui veut -, ça se veut transgressif alors que c’est écrit par un gamin de lycée, et ça se veut drôle alors qu’on y croise moins de vannes que dans un extrait des Randonneurs !

La punchline qui vend du rêve : « Ça fait 28 ans qu’t’as un têtard dans le caleçon ! »

La bande-annonce :


Faut pas y aller !

Que ce soit au cinéma ou à la télévision, la comédie girly n’est pas prête de s’éteindre. Ce qui est bien, bien plus dommageable pour notre rétine, ou même le salut de notre société tout entière, c’est le retour sans cesse programmé et non consenti de la comédie girly À LA FRANÇAISE. Un sous-genre qui a déjà causé de nombreux désastres pelliculés (ou numérisés, c’est selon), et qui comme la migration des merles noirs, a tendance à devenir un phénomène aussi récurrent qu’inintéressant. Dispensées pour cette fois, Virginie Efira et Alexandra Lamy laissent la place dans Faut pas lui dire à… la pas encore ex-chanteuse Jenifer, ici membre d’une bande de Parisiennes se passant visiblement en boucle les rediffusions de Sex and the city depuis dix ans. Il y a un vague scénario autour d’un secret de mariage, lié au cul, comme tout le reste. Mais pour l’essentiel, les syndromes sont les mêmes que dans les autres cas cliniques observés : répliques puissamment scabreuses (mais c’est des femmes, donc elles ont le droit de parler comme des charretières), musique pop d’ascenseur, grands discours sur l’amitié, mecs réduits au rang de toy boys, de confidents efféminés ou de losers impuissants, et éclats de rire argentés autour de grands verres de vin. L’apocalypse, quoi.

La punchline qui vend du rêve : « – La vie ne se résume pas à un trou.Deux trous, ma chérie. Parfois même trois. »

La bande-annonce :


Rétro :

Le veganisme n’en attendait pas tant

Attention, attention : la décence et le professionnalisme nous imposent de faire ici une entorse à notre règle. Faeryland, même si vous ne l’avez sûrement pas vu programmé près de chez vous (heureux inconscients que vous êtes), est déjà sorti en France, mais nous ne pouvions passer sans mot dire à côté de ce monument de « whatdefuckerie » absolument délicieux. Faeryland, c’est la cinquantième réalisation (ou presque) de Maga Ettori, un Corse visiblement très, très marqué par son passage au véganisme. Dans Faeryland, autoproclamé « Premier Film Vegan » (et aussi « chef d’œuvre », mais ça je crois que c’est moins vrai), Ettori a voulu mélanger science-fiction, fantasy et arts martiaux, en filmant notamment sa femme… et Yves Duteil, en mode barbe à la Assurancetourix ! Conscient de sa valeur, le gars s’est carrément attribué le rôle d’un dieu/druide, ce qui sur le papier a de l’allure… Mais à l’écran, Faeryland tient du psychotrope à effets secondaires : il est possible d’y déceler un discours sur la protection de la dignité animale, certes, mais on y croise surtout des succubes à la Jean Rollin, des reconstitutions médiévales à faire rougir Éric Rohmer de honte, des extraits de critiques surréalistes, des comédiens au regard hagard, des combats tout mous filmés la nuit sans projo… et Yves motherfracking Duteil, rappelons-le ! Un conseil : ruez-vous sur le site www.faeryland-lefilm.com, qui vaut son pesant de faucons crécerelles. Et attendez-vous à encore mieux : l’infatigable Ettori prépare déjà son prochain classique moderne, logiquement intitulé Vegan Marathon !

La punchline qui vend du rêve : « UN FILM CULTE – La Gazette Animale »

La bande-annonce :

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