Qualité France #16 : c’est pour qui, la palme du navet ?

Si, comme nous, vous avez parfois envie de ronger vos rideaux de colère en tombant sur l’affiche ou la bande-annonce d’un film estampillé « Qualité France », ces dernières semaines ont dû vous donner du baume au cœur. Les polémiques qui ont agité et accompagné la sortie consécutive de Gangsterdam et À bras ouverts n’ont manifestement pas été vaines. Tout comme quelques autres titres pas fameux de 2017, ces deux films ont essuyé un lourd échec en salles, venant prouver que le public n’était pas automatiquement attiré par millions dans les salles obscures pour endurer une comédie déplorable de plus. Bon, ça ne nous empêchera pas d’accueillir régulièrement dans les années à venir de nouveaux titres aptes à rejoindre notre sélection, rassurez-vous. La France, elle a beau être en crise, le cinéma ne la connaît pas. Et il y aura toujours des derniers de la classe pour nous faire regretter, jusque quelques minutes, l’existence du CNC ou des caméras numériques permettant à n’importe qui de se croire cinéaste. Tant que ça ne nous empêche pas de voir des films anglais, espagnols ou coréens en salles, après tout… Ah ah ah !

Bref. Rappelons-le comme à chaque fois : cette sélection est exclusivement constituée de films que nous n’avons pas vus. Le choix demeure entièrement subjectif, et est soumis à une longue période de réflexion, que l’on pourrait qualifier de « test de mauvaise foi ». Nous ne sommes pas médiums : une surprise, voire un bon film, se cache peut-être derrière ces désolants extraits. À vous de nous dire si nous avons loupé le coche ! On vous met au défi…


Bientôt sur Youtube… ou pas

Quand comprendra-t-on que le succès d’un comique, même bon, sur Youtube, n’est pas forcément transposable au cinéma ? Dans un réflexe de récupération qui a depuis longtemps prouvé son inutilité, les producteurs français tentent, comme ils le font avec les stars du stand-up, d’attirer les chouchous de la chaîne de vidéos vers le grand écran, quitte à les fourrer dans le même sac pour gagner du temps ! En attendant que la bande de l’uber beauf Hanouna ne commette l’irréparable avec le même pitch, voici Le Manoir, comédie du clippeur Tony Dantis qui enferme plein de jeunes sans nom de famille (Kemar, Natoo, Mister V, Ludovik… on découvre, hein) dans… un vieux manoir idéal pour fêter la nouvelle année. Bien entendu, un individu menaçant va transformer la fiesta en cauchemar 2.0, mais malgré la chouette photo, il y a de fortes chances pour qu’on s’amuse encore moins avec les têtes de vainqueurs qui ont téléporté leur personnage dans le script que dans Les dents de la nuit ou ce slasher si sérieux et si bête qu’était Promenons-nous dans les bois. C’est pas faute d’essayer, mais les blagues sur la morve et la beuh, ça passe mieux dans des sketches de trois minutes…

La punchline qui vend du rêve : « – Oh putain ! J’ai une barre ! – Mmm… de quelle barre tu parles ? »

La bande-annonce


Un, deux, trois, rentre chez toi

Ah, il nous fait plaisir celui-là. Un, deux, trois, qui n’a tellement rien à voir avec le film de Billy Wilder que c’en est presque insultant, fait partie de ces expériences psychotroniques dans le mauvais sens du terme, que l’on croise tels des trésors cachés en scrutant les agendas des sorties. Comme pour Une lettre ne s’écrit pas, Paroles ou Le casse des casses, c’est avec un mélange d’incrédulité et de gêne que l’on découvre les images visuellement dégueulasses de ce long-métrage tourné avec le budget cacahouètes du dernier Dany Boon, par un réalisateur dont le CV fait rêver (Mathieu Gari est un « anthropologue de formation » devenu « réalisateur autodidacte qui privilégie l’autoproduction ». Un gars ambitieux, donc).  Il y a bien de pitch, à base d’arnaque aux prêts bancaires, mais très sincèrement, la bande-annonce est aussi incompréhensible que suicidaire, avec sa note d’intention écrite à même les images, qui nous annonce prophétiquement qu’on « pourrait s’emmerder », ses monceaux de répliques surréalistes qui feraient rougir Christophe Barbier, et ses acteurs hébétés manifestement enregistrés sans perche en une seule prise. C’est à voir pour le croire, mais à vos risques et périls…

La punchline qui vend du rêve : « Tu m’as foutu en l’air ma journée, tu m’as foutu en l’air mon déjeuner, tu m’as niqué mon entrecôte… et si tu savais à quel point j’aime manger »

La bande-annonce


La comédie en charentaises

Comme l’ont prouvé ses différentes prestations aux Césars et la plupart de ses derniers rôles au cinéma, Valérie Lemercier, contrairement à ce que le monde du showbiz essaie de nous faire croire, ne possède pas une énergie comique excessivement transcendante. Pour son cinquième film en tant qu’actrice / réalisatrice, on la sent même un peu à la peine dans Marie-Francine, qui, sans même passer par Wikipédia, vous fera vous exclamer avec un rictus moqueur : « Mais ? C’est la même histoire que dans Tanguy et Retour chez ma mère ! ». Et vous aurez raison, chers cinéphiles exigeants, mais attention : dans son nouveau film, Valérie a non pas 28 ou 36 ans, mais 50 ! C’est la crise, quoi ! Histoire de bien faire comprendre l’horreur de ce décalage, son héroïne au chômage rapatrie ses affaires chez des parents affectueusement gogols, et va tomber amoureuse – on vous le donne en mille – d’un autre cinquantenaire sans appart nommé Miguel (Patrick Timsit. Non mais si, Patrick Timsit, vraiment). Ça sent fort la leçon de vie assénée à un rythme de sénateur, avec des gags que devrait adorer le public de La chance aux chansons si elle existait encore. Et en plus, c’est narré avec une tendresse inutilement chloroformée par André Dussolier. De quoi s’endormir avant même d’avoir pris son Xanax du soir.

La punchline qui vend du rêve : « Ça fait trente ans que j’suis majeure ! »

La bande-annonce


Les ex, ça peut s’oublier. Si, si

Dans la famille des anciens comiques passés à la réalisation, Maurice Barthélémy, n’est peut-être pas le plus à blâmer. Certes, l’ex-Robin des Bois n’avait plus refait parler de lui depuis le bide justifié de son Pas très normales activités (palme du détournement de titre le plus flemmard de la décennie), mais on est loin, en terme d’empilement de catastrophes, du bilan d’Olivier Baroud, devenu le Max Pécas de sa génération. Bon, malgré tout, l’addition risque d’être corsée avec Les Ex, dont le pimpant programme est tout entier annoncé par son très paresseux titre (une fois encore), le même que celui de la comédie italienne dont il s’inspire. Vous flairez le trésor d’originalité, là ? La bande-annonce vous mettra d’accord dès les premières notes (de la soul qui swingue, youhou !), dès le premier plan (on est à Paris ! C’te surprise !) et dès la première réplique débitée sans conviction par Patrick Chesnais. Voilà donc une énième comédie chorale et romantique pseudo-cynique, qui tente encore en 2017 de jouer la carte des couples qui s’envoient des vacheries ou de la petite vieille qui lâche des sous-entendus salaces pour faire rire. Ça sent l’effort minimum, le tournage pépère en terrasse de café, et le retour rapide dans les oubliettes pour l’ami Maurice…

La punchline qui vend du rêve : « Ah tiens, ça doit être les services secrets… Ah non, c’est ma femme, c’est encore pire »

La bande-annonce


Et la palme est attribuée a…

Faisons pour finir une entorse au calendrier, avec un film déjà sorti (dans une salle !) en plein festival de Cannes, le bien-nommé Sélection officielle. Alors, comment vous dire ? Si vous pensez qu’il est impossible de réaliser un film sans avoir de compétences techniques, un budget décent et des acteurs connus, cette « chose » devrait vous redonner de l’espoir. Malgré le passif technique de son metteur en scène Jacques Richard (retenez son nom. Pour le fun), Sélection officielle redéfinit le concept même de « film fauché ». Torchée au caméscope dans des décors à pleurer de tristesse, cette pseudo-comédie anar convoque dans le désordre Jean-Claude Dreyfus (fin prêt pour jouer Pantagruel), l’ineffable Bernard Menez ou encore Jackie Berroyer pour détruire ce qui reste de leur dignité un bric-à-brac amateuriste, que même des étudiants en cinéma renieraient s’ils avaient une once de conscience et de respect pour la culture. C’est douloureux pour les yeux, les oreilles et l’esprit, et malgré tout il y a peut-être des gens en France qui se sont assis dans une salle (enfin, dans LA salle) pour voir ça en entier. Pensez-y, malheureux !

La punchline qui vend du rêve : « Mais ?! On dirait un film porno ?»

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