Free State of Jones : rencontre avec Gary Ross et Matthew McConaughey

Début septembre, la presse française a eu l’opportunité de découvrir le film Free State of Jones, de Gary Ross (Hunger Games). Dore et déjà un bide dans son pays, ce long-métrage raconte pourtant un pan méconnu de la guerre de Sécession. Au cœur de la guerre, une poignée de déserteurs anti-esclavagistes, menés par un fermier Newton Knight (Matthew McConaughey, exceptionnel), menèrent une fronde contre les États confédérés qui tout en sacrifiant sa jeunesse ponctionnait des impôts intenables pour le peuple paysan. Les rebelles, nichés dans les marais du Mississippi, formaient une armée multiethnique, imbattable et invisible, motivée pour obtenir plus de justice et, ce faisant, d’égalité entre les hommes, quelle que soit leur couleur de peau.

L’Histoire oubliée

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La séance s’est poursuivie en direct de New-York ! Apparaissant sur l’écran via Skype, Gary Ross et Matthew McConaughey ont répondu aux questions des journalistes français (sous la houlette de Béatrice, interprète bien connue, en particulier des festivaliers cannois). « Parfois dans la vie, nous sommes comme happés par des sujets et c’est le cas pour moi ici. Je suis très fier qu’un film puisse rétablir une vérité mise à mal dans Autant en emporte le vent ou encore Naissance d’une nation, le film de D.W Griffith », a souligné le réalisateur. « Le personnage de Newton Knight m’a vraiment fasciné, a renchéri l’acteur oscarisé pour Dallas Buyers Club. Il avait une telle clairvoyance, une telle compréhension du bien et du mal qu’il n’a pas hésité à sacrifier sa famille, son confort si l’on peut dire, tout ça parce qu’il ne pouvait pas ignorer ce qui se passait et qu’il a tenté de rectifier le tir. »

Gary Ross a veillé à respecter la vérité historique autour de l’histoire de Newton Knight, bien qu’il ne subsiste que très peu de documents le concernant. Il a créé un site en ligne qui recense d’ailleurs l’ensemble des archives sur lesquelles il a travaillé : www.freestateofjones.info. Bien entendu, certains personnages sont de pures fictions. « Moses est un “maroon”, c’est-à-dire un esclave en fuite. Il nous a permis de montrer le point de vue des anciens esclaves, qui après la guerre ont dû encore lutter pour maintenir leurs droits. »

Un acteur investi

Aux côtés de Gary Ross, un Matthew McConaughey en tongs apparaissait détendu, alors que la promotion de son nouveau film, Gold, va bientôt débuter. L’acteur, pratiquement de tous les plans dans Free State of Jones signe une nouvelle performance habitée qui laisse pantois. « Je n’ai jamais eu une meilleure collaboration avec un acteur qu’avec Matthew », confie Ross. « Newton Knight est un rôle que j’ai investi dans ses moindres détails, pas de façon objective du tout, je laisse ça à la pré-production. Une fois que la caméra tourne, je suis complètement subjectif à l’égard du personnage que j’incarne », a complété l’acteur. Il explique également avoir troqué pour ce rôle son accent texan typique contre celui du Mississippi, plus grave, lent, et entraînant.

En 1996, il incarnait un avocat chargé de défendre un homme noir accusé d’avoir assassiné les meurtriers de sa famille, dans Le Droit de tuer ? On retrouve une partie de ces thèmes, mais à une autre époque, dans ce nouveau film. « Oui, la relation entre les personnes de couleurs différentes, dans mon pays et dans le monde m’ont toujours intéressé, renchérit-il. Newton Knight était un homme de principes qui savait pourquoi il faisait ça, qui était prêt à mourir, tous comme les hommes et les femmes qui se battaient à ses côtés. Je crois en son combat. »

Un succès mitigé ?

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En plus d’une histoire étonnante et d’un travail d’acteur très aboutit, Free State of Jones peut se reposer sur une image spectaculaire et particulièrement soignée. Le film doit ce bel emballage à un Français, Benoît Delhomme, qui a également œuvré comme directeur photo sur Une Merveilleuse Histoire du Temps et Des Hommes Sans Loi. « J’ai également travaillé avec Juliette Welfling (la monteuse de Jacques Audiard) et avec une costumière française, donc de toute évidence, j’aime beaucoup votre pays ! raconte Gary Ross. Pour Benoît, la tâche n’a pas été facile : nous avions des contraintes de temps et le tournage dans les marécages a été vraiment délicat. Mais il n’a pas faibli. Pour donner un ordre d’idée : sur Hunger Games, nous avions 1 million et demi de pieds de pellicule, en numérique sur ce film, nous disposions de l’équivalent de 2 millions et demi de pieds de pellicule. »

« Je suis très fier qu’un film puisse rétablir une vérité mise à mal dans Autant en Emporte ou encore dans le film de D.W Griffith, Naissance d’une nation. »

Malheureusement, Gary Ross reconnaît bien volontiers que l’histoire méconnue des esclaves affranchis, qui ont été à nouveau réduits en esclavage durant la Reconstitution, n’est pas le sujet de prédilection de ses compatriotes dans une période marquée par les élections aux États-Unis. Mais il est convaincu que le temps fera son œuvre et que le message de Free State of Jones trouvera la résonance qu’il mérite dans quelques années. Il reprend les mots mêmes de Newton Knight : “si tous les hommes de bonne volonté, les fermiers s’étaient soulevés et avaient abattu tous les propriétaires d’esclaves, il n’y aurait jamais eu cette guerre atroce”.


Comment Matthew McConaughey multiplie-t-il les performances d’acteur ?

conf-encadreDepuis quelques années, la carrière de l’acteur d’Interstellar ressemble pratiquement à un sans-faute. « J’essaie de combler ces fossés dans ma carrière. C’est l’un de mes objectifs et je me sens plus en phase avec mon métier à présent. Il y a quelque chose que j’ai compris, il y a environ 8 ans, où je me suis dit « ne pense pas au résultat. Fais-le pour l’expérience que cela procure. Vis une expérience qui te fera grandir dans la constitution, la création de ton personnage, et dans l’architecture du processus narratif”. Et au final si je parviens à traduire cela dans mon travail, que les gens aiment, que ça marche au box-office, tant mieux, et si ce n’est pas le cas, je me poserai la question de savoir si je sors grandi de cette expérience. Je pense que les rôles que j’ai interprétés dernièrement m’ont fait grandir. J’ai choisi des rôles dramatiques, qui me permettent d’exprimer toutes les émotions d’un être humain, telles que la douleur, la rage, la tristesse. »

Bonus

Pour le fun, apprécions la publicité que l’incroyable Matthew McConaughey vient de réaliser :


Merci à Béatrice et à Shéhérazade de l’agence Déjà Le Web

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