À force de voir traité au cinéma l’engagement américain dans la guerre contre le terrorisme en Afghanistan, on finirait presque par oublier que c’est une coalition de différents pays qui est partie combattre les talibans dans la foulée du 11 septembre 2001. Un conflit qui s’est plus qu’enlisé depuis, malgré l’élimination, au prix de longues d’années d’effort, d’Oussama Ben Laden en 2011. Cette guerre à l’autre bout du monde a coûté la vie à une centaine de soldats espagnols, nous apprend Rescue Under Fire (ou Zona Hostil en version originale), premier film du storyboardeur exilé à Hollywood Adolfo Martinez Pérez. Mais ce n’est pas d’eux dont le film parle, même s’il s’inspire de faits réels précis, survenus en août 2012. Plutôt qu’une histoire de sacrifice héroïque, façon Du sang et des larmes, le film est tout entier dédié au récit d’un sauvetage logistiquement compliqué, dans un territoire transformé en piège à ciel ouvert pour une poignée de soldats et médecins ibères…

Les sauveteurs de l’impossible

Rescue Under Fire : jamais son mon hélico

Comme l’annonce un plan-générique inquiétant détaillant l’arrivée dans le ciel d’un hélicoptère massif de l’armée espagnole, Rescue Under Fire va nous parler de machines volantes devenues un outil stratégique dans une contrée à la fois désertique, montagneuse et pouvant se transformer d’un coup en zone de guerre massive. Le capitaine Varela (Ariadna Gil, vue dans Le labyrinthe de Pan et par ailleurs compagne de Viggo Mortensen), femme médecin à poigne mais fatiguée par le conflit et la vision d’enfants mutilés, et le capitaine Torres (Roberto Alamo, Que dios nos perdone) sont la colonne vertébrale d’un hélicoptère médical qui sillonne le pays pour venir exfiltrer blessés militaires comme civils. Dépêchée sur les lieux où s’est arrêté un convoi des Nations Unies, tombé sur un champ de mines, l’équipe est victime d’un accident bête lors de l’atterrissage de leur appareil. Couché sur le flanc, l’hélicoptère doit désormais aussi, comme les soldats, médecins et légionnaires sur place, être sauvé pour ne pas servir de trophée de guerre. Plus facile à dire qu’à faire, alors qu’autour d’eux, des dizaines de talibans se rassemblent pour lancer l’assaut à l’aube…

Produit et conçu avec le soutien de l’armée espagnole, et envisagé comme un projet « à l’américaine » par ses producteurs, Rescue Under Fire n’en est pas moins dénué de banderilles ouvertement patriotiques. S’il salue par défaut le professionnalisme de ses personnages, troufions d’élite tous préparés à affronter les pires scénarios malgré la peur et les mauvais jugements qui peuvent les saisir alors qu’un étau semble se refermer progressivement sur eux, le film évite d’en rajouter dans le bellicisme béat et la glorification de puissance militaire qui parasite souvent les grosses productions du même genre. En effet, s’il compte à son générique deux grosses scènes d’assaut, qui raviront par leur précision et leur découpage les tacticiens du dimanche, Rescue Under Fire se construit surtout autour des discussions entre les différentes parties qui doivent organiser le sauvetage du convoi et du fameux hélicoptère. Cela nous vaut notamment un final dantesque, où la carcasse de l’appareil se balance autour des soldats en pleine fusillade généralisée, comme un pendule meurtrier ajoutant à la tension des combats. Casqués et indifférenciés dans le paysage à dominante kaki qui les entoure, les acteurs tirent le meilleur de personnages sommairement dessinés, surtout Ariadna Gil, qui projette une forme de maîtrise de soi rassurante dans un environnement bel et bien hostile. Mais c’est surtout leur charisme brut qui permet d’en faire autre chose que des pions égarés dans une escarmouche qui pouvait à tout moment se transformer en désastre militaire. Le film, comme les soldats qu’il dépeint à l’écran, peut s’en aller dans le soleil couchant avec la satisfaction du job accompli, même s’il ne prétend pas à d’autres cimes artistiques…