Scream girl : délicieusement méta

Qui a dit que le slasher était mort ? Certes, les vieux classiques comme Vendredi 13 ont pris quelques rides, mais ils inspirent toujours un sentiment de nostalgie. Alors aujourd’hui, pour faire vivre le genre sans sombrer dans les tréfonds d’un catalogue de VOD, les réalisateurs se doivent de bousculer les codes, de les confronter avec douceur à l’Amérique 2.0 (ne cherchez pas trop ailleurs) et de trouver de nouveaux thèmes efficaces pour aborder ce genre codé. S’appuyant sur les jalons posés par le maître regretté de l’horreur contemporaine Wes Craven à l’époque de Scream, le slasher se perpétue aujourd’hui à travers quelques pépites qui se moquent joyeusement de ses stéréotypes, comme Joseph Kahn dans l’excellent et méconnu Detention. L’adage dit « qui aime bien, châtie bien », et effectivement, en raillant gentiment les manies du genre, volontiers grivois, souvent improbable et bardé de dialogues écrits au lance-pierres, la sauce prend délicieusement quand la comédie vient au secours d’une horreur surannée.

Un voyage dans le temps et la pellicule

Scream girl : délicieusement méta

Sans être aussi déchaîné que son compatriote Joseph Kahn, Todd Strauss-Schulson se risque à une proposition pertinente et originale avec Scream Girl, présenté en ouverture du dernier Pifff à Paris. La jeune Max (Taissa Farmiga, fille de Vera, vue dans The Bling Ring) tente de faire le deuil de sa mère Amanda (Malin Akerman, Watchmen – Les Gardiens), une ancienne gloire de films d’horreur des années 80 décédée par accident. Invitée à la projection du film qui a lancé la carrière de sa mère, un nanar pour adolescents devenu culte, Max se retrouve littéralement projetée dans l’image, comme le jeune héros de Last Action Hero, Danny Madigan. Elle et ses amis doivent s’allier aux personnages du long-métrage, dont sa propre mère (dans un rôle de fiction, donc) pour faire face au croquemitaine qui doit logiquement les tuer un par un. Pour survivre, ils devront s’en remettre à la fameuse « final girl », celle qui est sensée rester en vie à la fin du film et achever le redoutable tueur. Pas étonnant, donc, que le titre original de Scream Girl, Final Girls, avec un pluriel hautement signifiant, rende hommage à ce fameux gimmick érigé en règle dans beaucoup de classiques.

« Quand la comédie vient au secours d’une horreur surannée. »

Dès que les héros passent de l’autre côté de l’écran, le scénario se lance à corps perdu dans les références et les gags qui font mouche. Scream Girl enchaîne les idées géniales, faisant de la durée du film celle d’une boucle temporelle infinie et implacable, déplaçant ses personnages dans des flash-backs en noir et blanc aux répliques hilarantes (« je ne vois pas les couleurs, je fais un infarctus ? ») et fait revivre les morts pour bien signifier que tout ceci n’a pas vraiment d’importance. Car, oui, n’en déplaise aux véritables amateurs de gore, Final Girls place en priorité les sentiments au cœur de son récit. Entre deux cabotinages vicieux d’Adam DeVine (Pitch Perfect 2) le nombril à l’air, entre deux explications de texte du geek énervant de service (Thomas Middleditch, Silicon Valley), entre chaque passage obligé propre au slasher régressif, une véritable alchimie touchante entre une mère et sa fille se crée. Il fallait oser inclure dans cette comédie potache et timidement dégoûtante, un sujet aussi sérieux que la perte d’un être cher. Pourtant, la subtile fragilité de Max, qui met tout en œuvre pour sauver sa mère en combattant les ressorts irrémédiables du scénario, et par là-même du destin (une analogie déjà faite par le passé… par Woody Allen, dans La rose pourpre du Caire !), fonctionne à la perfection. Alors que le cinéma s’immisce ici dans la vraie vie, il est notable de remarquer qu’il autorise aussi l’impossible réunion entre les vivants et les morts, pour permettre aux premiers d’évoluer et d’aller de l’avant.

Final Girls est un concentré de nostalgie, très méta et très drôle, servi par une bande de comédiens attachants, comme Alia Shawkat (Arrested Development), qui ne restent jamais longtemps au second plan. Par-dessus tout, le film réussit son pari en donnant une furieuse envie de ressortir des placards quelques monstres de fiction trop vite enterrés sous des tonnes de caricatures.


Note Born To Watch
Quatre sur cinq
Scream Girl (Final Girls)
De Todd Strauss-Schulson
2015 / USA / 121 minutes
Taissa Farmiga, Nina Dobrev, Malin Akerman
Sortie le 18 novembre 2015 en VOD uniquement (Sony)

Crédits photos : © Groundswell Productions

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