Inédits vidéo : la sélection DTV d’octobre 2016

Comme toujours, lorsqu’il s’agit de préparer cette sélection mensuelle d’inédits vidéo qui vous tend les bras, avec des titres aussi opposés qu’Exte et Under Pressure, nous nous penchons avec attention sur les plannings des éditeurs, qui peuvent nous réjouir comme nous énerver. Et comme toujours, désormais, nous sommes pris de cours, en consultant les catalogues des portails VOD, en découvrant à la dernière minute d’autres DTV sortis sans tambour ni trompette ! Exemple récent et notable de cette distribution à double vitesse, le film de science-fiction Equals, avec Nicholas Hoult et Kristen Stewart : annoncé en vidéo pour décembre (ça, on le savait), ce long-métrage attendu est finalement disponible depuis quelques semaines en e-Cinéma (ça, on l’a découvert après coup !). Il aurait mérité sa place dans ce compte-rendu d’octobre… mais il est arrivé trop tard dans notre viseur pour être chroniqué. Difficile de réserver une couverture digne de ce nom aux DTV, lorsque leurs sorties effectives sont aussi diluées dans le temps, et confuses pour le grand public (le e-Cinéma n’est-il pas censé être exclusif pendant quatre mois ?). Passons…

Il y a fort heureusement de quoi occuper – ou pas ! – vos jours fériés dans notre livraison d’octobre : des buddy-movies émouvants, de l’horreur excentrique, de l’aventure désuète… Il a fallu, comme souvent, faire des choix, et endurer pour cela quelques sacrées déconvenues. Mais si nous avons oublié une perle en route, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires (ça nous fera plaisir !). Bonne lecture… et bonnes soirées vidéo !


Under Pressure

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Un film d’Anna Boden et Ryan Fleck, avec Ryan Reynolds, Ben Mendelsohn

Sortie le 12 octobre en DVD et Blu-Ray (Condor Entertainment)

Pas mal

Vous ne pourrez pas croiser ce mois-ci jaquette, retitrage et résumé aussi mensonger qu’Under Pressure, plus connu aux USA sous le titre Mississippi Grind. Le film d’Anna Boden et Ryan Fleck, à qui l’on doit This is kind of a funny story et Half Nelson, est tout sauf un film à suspense sur le milieu des casinos façon Las Vegas 21. Pas de hold-up ou de joueurs de blackjack surdoué dans ce road movie délicat à deux voix, porté certes par Ryan Reynolds, qui incarne un séducteur indolent et insaisissable, mais surtout par Ben Mendelsohn (Rogue One, Animal Kingdom), grand acteur de composition se glissant dans la peau de Gerry. Gerry est un joueur invétéré, un véritable drogué des paris et du poker au bout du rouleau, et qui retrouve soudain la chance en côtoyant Curtis, beau gosse sans attaches. Ils décident de rejoindre La Nouvelle-Orléans pour gagner gros, mais comme le répète Curtis, « le voyage lui-même est la destination ». Mississippi Grind déroule un script à rebours des modes actuelles : ce cinéma-là, inspiré du Nouvel Hollywood, est propulsé non pas par le récit mais par les personnages, sur lesquels la caméra s’attarde même lorsqu’ils ne font qu’écouter une conversation. Forcément, les deux stars en sortent grandies, car l’espace leur est donné pour construire des personnages terriblement humains et faillibles, qui ne sauraient pas prendre une bonne décision même si elle leur était offerte sur un plateau. Les quelques scènes de jeu, construites avec élégance, ne font que pimenter par leur tension l’histoire de cette drôle d’amitié entre mâles amochés et contradictoires.

À voir… si vous aimez les films portés par des performances d’acteurs subtiles, et les road movies désenchantés


Kenshin : la fin de la légende

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Un film de Keishi Otomo, avec Takeru Satô, Emi Takei, Yû Aoi

Sortie le 12 octobre en DVD et Blu-Ray (Metropolitan)

Incontournable

Suite et fin de la saga Kenshin le vagabond, adaptée des mangas à succès de Nobuhiro Watsuki. Avec ce bien nommé La fin de la légende, le réalisateur Keishi Otomo offre une suite directe à Kyoto Inferno, une conclusion à la trilogie Kenshin qui s’apprécie d’autant mieux lorsqu’elle est vue à la suite du deuxième épisode. Là où Inferno accélérait le rythme progressivement jusqu’à une conclusion dantesque, la Légende prend d’abord son temps, en éloignant le sabreur pacifiste éponyme des combats, pour lui faire croiser la route de son ancien maître. Comme dans tout bon film asiatique de ce genre (en l’occurrence, le chambara en costumes), notre héros doit apprendre une dernière technique, la meilleure, pour combattre son ennemi juré, le psychotique Shishio qui a incendié Kyoto. La fin de la légende, s’il tire parfois en longueur à force d’accumuler les personnages secondaires, demeure une conclusion spectaculaire à une admirable saga, avec des combats à la Tsui Hark qui rivalisent d’ingéniosité, et culminent en pleine mer lors d’un affrontement final pour le moins « ardent ». À ranger auprès des classiques du genre, en attendant la suite possible des aventures de Kenshin !

À voir… si vous avez aimé Kyoto Inferno (et que vous enragez d’être resté sur son cliffhanger !)

Lire la critique de Kenshin : la fin de la légende


La prophétie de l’anneau

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Un film de Roland Joffé, avec Josh Hartnett, Tasmin Egerton, James McKay

Sortie le 12 octobre en DVD et Blu-Ray (Seven 7)

Á éviter

Signe des difficultés qu’a rencontrées Roland Joffé, réalisateur palmé de Mission, La déchirure et La cité de la joie, dans la seconde partie de sa carrière, La prophétie de l’anneau a été tournée en 2012 après plusieurs années de réécriture, mais n’est sorti dans le monde – et en vidéo – qu’en 2015, et donc plus tard encore chez nous. Sans être un naufrage, La prophétie de l’anneau a pourtant tout du rendez-vous manqué. C’est une histoire ambitieuse de romance, de fantastique et d’aventure, à cheval sur deux époques, où Josh Hartnett (engoncé dans un accent écossais du pire effet) joue un biologiste sous-marin, et, dans une possible vie antérieure, un officier britannique dépêché en Inde au 18e siècle. Qu’est-ce qui relie ces deux intrigues ? L’amour bien sûr, qui prend la forme d’un anneau en deux parties aux pouvoirs magiques. Autant dire que nous ne sommes pas loin de l’ambiance Harlequin, avec ce que cela comporte d’aventure exotique, de batailles désuètes, d’intrigue feuilletonnante (et nébuleuse), et de dialogues chantant le pouvoir des sentiments. Joffé dirige le tout sans passion ni rythme, spécialement dans les passages situés dans un futur proche, tristes à pleurer. Le casting est uniformément mauvais, et la musique est un amalgame désastreux de sonorités orientalisantes et asiatiques qui aurait plus sa place dans un salon de massage. On espère maintenant que Joffé retrouvera la forme de ses débuts avec The Forgiven, où Forest Whitaker jouera le célèbre archevêque Desmond Tutu.

À voir… si vous aimez les films d’aventures vraiment old school, les romances qui traversent le temps, les accidents de parcours à grande échelle.


Whiskey Tango Foxtrot

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Un film de John Requa et Glenn Ficarra, avec Tina Fey, Margot Robbie

Sortie le 4 octobre en DVD et Blu-Ray (Paramount)

Pas mal

Sanctionné par un bide sévère aux USA, Whiskey Tango Foxtrot marque pourtant, et c’est malheureux, une tentative louable de la part de Tina Fey, star incontournable de la comédie US, d’accéder à des rôles plus dramatiques, ou en tout cas aventureux. Adaptation du livre homonyme de Kim Barker, reporter de guerre qui a couvert l’Afghanistan puis le Pakistan, WTF (oui, c’est voulu !) est donc une drôle de comédie brocardant les journalistes accros à l’adrénaline et aux images exclusives. Tina Fey saisit bien le mélange de naïveté, puis de professionnalisme qui caractérise Barker, les gags attendus sur l’Américaine plongée dans un milieu qui la dépasse laissant bientôt la place à une aventure douce-amère sur la place du journalisme moderne, et la difficulté de « vendre » une guerre dont personne ne veut entendre parler. WTF, réalisé par les scénaristes de Bad Santa, n’est pas exempt de défaut (certaines sous-intrigues, comme celle d’Alfred Molina en politicien afghan obsédé, tombent à plat, les clichés sur la population locale subsistent), et le film n’est pas le nouveau M.A.S.H. qu’il rêve secrètement de devenir, le résultat étant moins cynique et désabusé que moralisateur et gentiment naïf. Mais c’est un ajout intéressant à un sous-genre qui n’a rien perdu de son actualité.

À voir… si vous aimez rire de choses graves, et voir Martin Freeman sans Sherlock ou Hobbit à ses côtés.


Escapade Fatale

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Un film de Rob Connolly, avec Joel Kinnaman, Tom Holland, Shaun Benson

Sortie le 1er octobre en VOD (Sony Pictures)

Pas mal

Derrière son titre passe-partout (déjà « donné » au survival de David Twohy), Escapade Fatale cache un film schizophrène : c’est à la fois un drame indé classique, sur un père divorcé cherchant à se reconnecter avec ses deux fils le temps d’un week-end dans un Canada enneigé, et un thriller sans éclat, qui démarre au moment où le père en question perd la raison, et protège autant qu’il séquestre ses rejetons. Après les malheureuses expériences de Robocop et Suicide Squad, Joel Kinnaman semble bien profiter de cette occasion de réactiver des muscles dramatiques récemment anesthésiés. L’acteur scandinave est touchant et parfois impressionnant dans la peau d’un homme solitaire et déboussolé, qui refuse d’échouer dans sa tache de père après avoir été mis au chômage. Face à lui, on retrouve le futur Spider-Man, Tom Holland, dans le rôle du frère aîné qui va devoir redoubler d’intelligence pour échapper à ce paternel fan de chasse en forêt. L’espèce de huis-clos sauvage qui se développe dans l’autre moitié d’Escapade Fatale se déroule en pilotage automatique : le scénario abandonne alors toute nuance, et perd de son intérêt jusqu’à sa chute en pointillés. À voir avant tout pour le numéro d’acteur de Kinnaman, donc.

À voir… si vous aimez le Joel Kinnaman de The Killing plutôt que sa version transparente, si vous kiffez les grands espaces menaçants.


Exte : Hair Extensions

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Un film de Sono Sion, avec Chiaki Kuriyama, Ren Osugi, Eri Machimoto

Sortie le 12 octobre en DVD et Blu-Ray (HK Vidéo)

Pas mal

Dix ans après sa sortie au Japon (comme quoi, il ne faut pas désespérer), HK Vidéo a eu la drôle d’idée d’exhumer Exte : Hair Extensions, une commande de Sono Sion (Tokyo Tribe, TAG), réalisée avant que le réalisateur stakhanoviste n’entre dans sa période faste – il réalisera ensuite son magnum opus Love Exposure. Découverte dans de rares festivals, cette bande horrifique surfe comme tant d’autres de l’époque sur la vague du J-Horror post-Ring : les cheveux longs typiques du genre y deviennent ici un monstre à part entière, par le biais d’un étrange cadavre dont la chevelure continue de pousser et abrite une vie propre. Dingo ? Oui, et bien plus que ce simple pitch laisse deviner. Dans Exte, les cheveux saignent, sortent par tous les orifices des malheureuses victimes (souvent des femmes en quête d’extensions capillaires !), forment des toiles géantes… On nage en plein délire, mais Sono Sion, qui a autant d’idées que de cheveux derrière la tête, n’oublie pourtant pas de soigner ses personnages, dont l’héroïne (Chiaki Kuriyama, Kill Bill) et d’introduire comme souvent une famille dysfonctionnelle, histoire de pimenter une intrigue sacrément perchée et incongrue. Une curiosité plus qu’une réussite, à réserver avant tout aux fans les plus ouverts de fantastique nippon !

À voir… si vous aimez les films vraiment fous, les pitchs impossibles, et l’univers poético-frappé de Sono Sion.


The Darkness

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Un film de Greg McLean, avec Kevin Bacon, Radha Mitchell, Lucy Fry

Sortie le 18 octobre en DVD et Blu-Ray (Universal)

À éviter

Dans le carton annuel des productions Blumhouse, The Darkness figurait en tête des projets les plus attendus, en particulier parce qu’il marque l’arrivée à Hollywood de son réalisateur, l’Australien Greg McLean. Le créateur des Wolf Creek et de Solitaire, pourvoyeur de séries B redoutables et esthétiquement immaculées, aborde ici le cadre balisé des « ghost stories » contemporaines, genre que vénère Jason Blum depuis Paranormal Activity. The Darkness ne décroche pas le pompon de l’originalité, avec cette histoire de démons issus du folklore amérindien (les Anasazi, popularisés par X-Files), qui s’attaque à une famille de la banlieue californienne. Particulièrement invasifs, ces esprits hanteurs échouent pourtant pendant looongtemps à inquiéter le clan Taylor, caractérisé par son côté très amoché : le fiston, qui a provoqué leur arrivée, est autiste, la fille aînée anorexique, le père (Kevin Bacon, en service minimum) infidèle, la mère complètement dépassée… Plus que les frissons – absents -, c’est la description des fêlures de ces personnages ne pouvant être réunis que par l’inexplicable qui intéresse le plus McLean. Ça ne fait pas du film une réussite, loin de là, mais permet d’oublier ses aspects les plus kitsch et ratés. On garde l’espoir que le prochain McLean, Belko Experiment, basé sur un scénario de James Gunn, soit plus intrigant et réussi…

À voir… si vous.


L’affaire Monet

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Un film de Philip Martin, avec John Travolta, Tye Sheridan, Anson Mount

Sortie le 19 octobre en DVD et Blu-Ray (L’atelier d’images)

À éviter

Comme nous l’avions décrit à l’époque du Festival de Beaune, L’Affaire Monet ressemble au plus grand malentendu de la sélection 2016. Dans ce polar pantouflard, John Travolta incarne un faussaire, au pinceau habile, obligé de reprendre du service à sa sortie de prison. Travolta, peintre appliqué ? Mouais, si son nom à lui seul peut encore vendre des DVD, il ne faudra pas s’attendre à un tableau un tant soit peu crédible. D’autant plus que l’acteur de Pulp Fiction ne fait, comme c’est souvent le cas cette année, vraiment aucun effort pour s’imprégner du rôle, pas aidé il est vrai par une mise en scène bâclée par instants.

À voir… si vous êtes un inconditionnel de John Travolta et que vous ne loupez vraiment, mais vraiment aucun de ses films.


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