Inédits vidéo : la sélection DTV de décembre 2016

C’est un peu le même refrain à chaque fin d’année : le marché de la vidéo est exceptionnellement calme dans ce mois de décembre plutôt propice aux rediffusions et aux valeurs sûres qu’aux inédits difficile à vendre, en VOD comme dans les linéaires. Cette accalmie sur le front des DTV ne nous empêche pas de vous livrer une ultime sélection de 2016, restreinte mais éclectique : SF avec Equals, horreur avec Bloody Christmas

La recette ne change pas : nous avons fait des choix, pratiques et drastiques, pour limiter le nombre de titres chroniqués, en tâchant d’être complet malgré tout. Mais si nous avons oublié un chef d’œuvre en route, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires. Vos retours sont importants, c’est un des rares moments où ces films seront évoqués sur Internet. Alors, bonne lecture, bonnes fêtes… et bonnes soirées vidéo !


Seoul Station

Un film de Yeon Sang-ho, avec Ryu Seung-ryong, Shim Eun-kyung

Sortie le 17 décembre en VOD et en Blu-Ray avec Dernier Train pour Busan (ARP)

Pas mal

Après plusieurs années où son nom a été réservé à quelques initiés, Yeon Sang-ho s’est fait connaître de manière spectaculaire en 2016. Sang-ho, c’est celui à qui l’on doit Dernier train pour Busan, succès surprise en France de l’été dernier, et véritable bombe d’action horrifique signalant son arrivée fracassante dans le domaine du métrage live. Car avant cela, le réalisateur s’est fait remarquer grâce à une poignée de films d’animation terriblement noirs et nihilistes. The King of Pigs (également distribué en décembre via Spectrum Films) a ouvert le bal, puis The Fake (encore inédit) a enfoncé le clou. Seoul Station, préquelle éloignée de Busan et offert en bonus sur le disque de ce dernier, est sans doute le plus accessible du lot, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un film de zombies classique dans son déroulement – une épidémie se propage dans tout Séoul, et les survivants sont piégés entre les infectés et l’armée qui tire dans le tas. La différence se situe dans le ton du récit, qui aligne les personnages en perdition ou totalement antipathiques, et dans l’esthétique typique du cinéaste : une animation assez raide, un découpage théâtral éloigné des canons japonais, un design général anxiogène. L’ambiance est ici bien différente de celle, plus ludique, de Dernier train pour Busan. L’attaque en règle contre les vices de la société coréenne et son individualisme capitaliste est par contre toujours là, enragée comme il faut.

À voir… si vous avez aimé Dernier train pour Busan, si vous voulez découvrir un cinéaste à l’univers très personnel

Lire la critique de Seoul Station


Equals

Un film de Drake Doremus, avec Kristen Stewart, Nicolas Hoult, Guy Pearce

Sortie le 20 décembre en Blu-Ray et DVD (Orange Studio)

 Á éviter

D’abord sorti en e-Cinéma en novembre, Equals a eu droit ces dernières semaines à une sortie physique, au même moment que Personal Shopper, œuvre plus prestigieuse comptant aussi Kristen Stewart en tête d’affiche. Il va sans dire qu’Equals, avec ses airs de fiction dystopique pour ados, plaira plus aux fans inconditionnels de K-Stew. Mais même eux trouveront ce premier long-métrage de Doremus bien vain : l’action se situe dans un futur à la Equilibrium où toutes les émotions sont bannies, et où l’empathie et les sentiments sont catégorisés comme une maladie impossible à soigner… à moins de se suicider. Un cauchemar hygiéniste tout en blanc et en architecture post-moderne (le film a été tourné à Singapour), qui pourrait flatter la rétine s’il ne provoquait une telle impression de déjà-vu. L’histoire, squelettique, consiste à faire naître une histoire d’amour interdite (tendance Roméo et Juliette, donc parfaite pour les moins de 16 ans tourneboulés par leurs premières passions) entre la frêle Stewart et le beau gosse hagard Nicholas Hoult (Jack et le chasseur de géants). On se frôle, on se regarde, et – scandale ! – on se touche… On se croirait dans une chanson d’Etienne Daho, et heureusement, la société leur met des bâtons dans les roues pour faire oublier les filtres bleus et le post-rock dans lequel tout cette amourette se noie. Le dénouement ne se gêne pas pour piller Shakespeare (tant qu’à faire), tout en esquissant un happy end aussi attendu que tout ce qui précédait. Mais bon, ça passera peut-être pour ceux qui adorent le visage cerné de la Kristen : il y a beaucoup, beaucoup de gros plans là-dedans.

À voir… si vous aimez la SF pour ados, les bluettes sensibles sur fond de musique planante, Kristen Stewart en chemise Uniclo


Pressure

Un film de Ron Scalpello, avec Danny Huston, Matthew Goode, Joe Cole

Sortie le 5 décembre en DVD et VOD (M6 Vidéo)

Pas mal

Après la sortie US en catimini de l’excellente série B In the deep, qui isolait deux plongeuses naïves dans une cage à requins sous-marine, voici venir Pressure, qui isole quatre ouvriers des mers dans un bathyscaphe coincé au fond de l’océan, après le naufrage du bateau auquel ils étaient reliés. Un huis-clos sous l’eau, donc, sur lequel planent forcément des effluves d’Abyss, chef d’œuvre de film sous pression. Pas d’aliens ni de psychopathes toutefois ici : le réalisateur Ron Scalpello soigne un récit pragmatique avant tout centré sur la psychologie de ses quatre personnages. Vieux loups de mer fatalistes, bleusaille paniquée, capitaine obtus : l’équipage classique, en somme, confronté à une avalanche de pénuries (oxygène, câbles, radio en berne…) qui réduit progressivement leurs chances de survies. Sans confiner au génie, la mise en scène sait toutefois nous immerger dans ce décor réduit et étouffant, et le savoir-faire du casting (Danny Huston imposant, Matthew Goode très charismatique) permet de faire exister des personnages très caricaturaux sur le papier. Une plongée à tester !

À voir… si vous aimez les huis-clos sous l’eau, les histoires de marins confrontés à l’impossible


Bloody Christmas

Un film de Steven C. Miller, avec Malcolm McDowell, Jaime King, Donal Logue

Sortie le 7 décembre en DVD (Movinside)

Pas mal

Quatre ans, quand même. Quatre ans que Silent Night est sorti en vidéo aux USA, et il a fallu attendre tout ce temps (et une sélection en catimini à Gérardmer), pour que le film nous parvienne en vidéo sous le titre Bloody Christmas  – rien à voir avec le court-métrage du même nom à base de sapins tueurs, donc. Au mois, l’éditeur a eu la bonne idée de le sortir à Noël ! C’est que ce remake officiel du slasher Silent Night, Bloody Night sorti dans les années 80 prend pour cible le Père Noël. C’est sous le costume rouge et la barbe blanche caractéristique du distributeur de cadeaux qu’un psychopathe agit, décimant les pauvres âmes d’un bled des USA et mettant le shérif Malcom McDowell (en pleine forme) sur les dents. Comment distinguer ce Père Noël en pleines fêtes de fin d’année ? Quelque part, peu importe : l’important ici, c’est que les mises à mort soient imaginatives, le mauvais esprit bien intentionné, et que le récit avance vite, sans prise de tête ou souci de cohérence. Silent Night remplit correctement son office, sans jamais perdre de vue son cœur de cible adolescent, mais sans jamais révolutionner les formules éculées du slasher non plus.

À voir… si vous en avez marre de l’image du gentil Père Noël, si vous aimez les slashers roboratifs et les belles trognes du cinéma bis


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