Seven Sisters : sept Noomi à la maison

Dans Les fils de l’homme, Alfonso Cuaron imaginait un terrible avenir pour la planète, condamnée à lentement s’éteindre suite à une stérilité globalisée. La production américano-européenne Seven Sisters part du postulat inverse : le film de Tommy Wirkola, réalisateur des fameux Dead Snow (et du bien moins fameux Hansel et Gretel : chasseurs de sorcières), part du principe que la Terre se peuple de plus en plus chaque jour. Et qu’à la fin du XXIe siècle, cette surpopulation atteint un seuil critique, qui pousse le gouvernement en place à instaurer une politique « à la chinoise » d’enfant unique, un poil brutale quand même. Le verdict est le même pour tous les enfants illicites : cryogénisation en attendant des lendemains un peu moins asphyxiants !

La conséquence pour Terrence Settman (Willem Dafoe), grand-père de septuplées, c’est qu’il doit cacher l’existence de sept sœurs pendant des années. L’astuce : les couper du monde et les faire passer aux yeux du monde extérieur pour une personne unique, Karen Settman, chaque fille étant liée à un jour différent de la semaine. Leur secret est gardé tant bien que mal pendant trente ans, jusqu’au jour où, après un rendez-vous professionnel important, Lundi (Noomi Rapace) ne revient pas le soir déjeuner avec ses sœurs…

Visage unique, personnalités multiples

Difficile en découvrant le pitch dystopique séduisant de Seven Sisters ne pas avoir une pensée pour le Soleil Vert de Richard Fleischer, qui imaginait dès les années 70 les conséquences apocalyptiques d’une surpopulation sans limite associée à un manque soudain de denrées alimentaires. Le classique alarmiste avec Charlton Heston partageait aussi avec Seven Sisters son suspense bâti, entre autres, autour d’un terrible secret facilement devinable à l’avance par le spectateur. Toutefois, les comparaisons s’arrêteront là, le film de Tommy Wirkola étant à l’évidence conçu surtout comme une série B survitaminée, utilisant le décor (roumain) de sa parabole mondialisante comme un prétexte pour explorer les réjouissantes possibilités de son idée-maîtresse : une héroïne à sept visages, à la fois complémentaires et fragilisés par leurs différentes aspirations.

« Le film peut, et doit se reposer sur une performance (le mot n’est pas trop fort) assez incroyable de Noomi Rapace. »Karen Settman, aux yeux du monde, est une femme brillante, dévouée à son travail et tirée à quatre épingles, mais elle est avant tout un rôle, que doivent jouer d’une même note sept femmes différentes, qui ne peuvent s’échapper de leur appartement / refuge qu’un jour par semaine. Avec les années, chacune a développé, sans doute pour mieux exister, une personnalité à part, de l’athlète accomplie à la pro des nouvelles technologies, en passant par la cagole peroxydée, le garçon manqué et la travailleuse acharnée. L’idée est brillante et fascinante, car elle matérialise à l’écran ce sentiment qui a tous pu nous traverser l’esprit un jour, celui que nous étions ou pouvions être chacun une somme de caractères différents, évoluant en fonction de nos interactions avec le monde extérieur. Certes, Seven Sisters présent rapidement ces personnages de manière schématique, en jouant par exemple sur leurs coiffures, mais c’est une facilité qui se pardonne, au vu du challenge représenté, par exemple, par une scène de dîner regroupant d’un seul coup les sept femmes dans le cadre.

Wirkola, qu’on savait avant tout adepte de la gaudriole gore ou de l’action frénétique, parvient en quelques plans à faire exister chacune de ces sœurs, et à leur construire un arc narratif satisfaisant, à défaut d’être toujours crédible (comment Vendredi, la « geek » renfermée, réussit-elle à incarner une Karen combative durant sa journée de travail ?). C’est la condition sine qua non pour que la traque sans pitié qui s’enclenche suite à la disparition de Lundi soit aussi prenante : le sort qui attend chacune d’elles prend aux tripes, parce qu’il est rapidement établi qu’aucune d’entre elles n’a eu le temps de vivre la vie qu’elle aurait souhaité.

Une série B ? Pas seulement…

Et pour réussir ce petit travail d’orfèvre – ne pas oublier d’ailleurs la performance de la jeune actrice qui interprète les sept sœurs pendant leur enfance -, le film peut, et doit se reposer sur une performance (le mot n’est pas trop fort) assez incroyable de Noomi Rapace. On imagine le calvaire qu’a dû représenter un tournage très technique où l’on doit se donner constamment la réplique à soi-même, mais l’athlétique actrice suédoise, révélée par les Millenium, se démène à chaque plan pour incarner chacun des personnages de manière cohérente. C’est là où Seven Sisters impressionne le plus : derrière cette trame finalement très roborative, avec ses méchants clairement identifiés (dont une Glenn Close permanentée en roue libre), son côté « compte à rebours mortel » et ses scènes d’action qui s’enchaînent, se cache un bel exploit artistique, qui doit sa parfaite fluidité à la conjonction d’une interprétation sans failles, d’un montage judicieux et d’effets spéciaux complètement invisibles.

S’agenouiller devant la maestria technique d’une production tournée loin de Hollywood n’empêchera bien sûr pas de prendre un plaisir simple et réel à un récit mené sans temps mort, sans génie non plus. Les spectateurs les moins avertis trembleront peut-être de dégoût devant les incartades les plus gores du film (yeux arrachés hors-champ, doigts découpés, exécutions sommaires et enfants sacrifiés : autant d’ingrédients qu’on ne risque pas de voir dans un film Marvel), pêché mignon de son norvégien de réalisateur. Ce côté viscéral, associé à l’originalité appréciable du projet, contribue toutefois à donner un surplus d’identité à ce Seven Sisters distribué pour info dans le reste du monde sur Netflix.


Note Born To Watch
Quatresurcinq
Seven Sisters (What happened to Monday)
De Tommy Wirkola
2017 / USA – France – Belgique – UK / 122 minutes
Avec Noomi Rapace, Noomi Rapace, Noomi Rapace
Sortie le 30 août 2017

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