Star Trek Into Darkness : embarquement immédiat

S’il fallait une preuve que JJ Abrams revendique toujours le titre d’hériter spirituel de Steven Spielberg (une récompense qu’il s’est lui-même attribué à l’occasion de son film-hommage, Super 8, avec la bénédiction du principal intéressé), il ne faudrait pas chercher plus loin que l’ouverture de Star Trek Into Darkness (ou STID pour éviter la redite). Dans ce qui est autant un clin d’œil qu’un emprunt transparent aux Aventuriers de l’arche perdue, l’action démarre pied au plancher sur une planète lointaine et encore un peu sauvage, avec notre intrépide capitaine Kirk et Bones tentant d’échapper à une tribu en colère, pas ravie que le patron de l’USS Enterprise ait volé leur relique sacrée. Pour faire bonne mesure, Abrams ajoute à ce prologue in your face un volcan en éruption, un vaisseau iconique surgissant des flots, et un sauvetage de dernière minute prétexte à un bon mot.

En quelques minutes, l’ambiance et l’ambition de STID sont posées : épique et fun à la fois, respectueuse des canons thématiques d’une saga à l’héritage imposant, tout en développant un peu plus sa propre singularité. STID c’est le prototype de la séquelle respectant à la lettre l’immortel précepte : bigger and louder. Autant dire qu’il faudra être particulièrement mal luné pour ne pas reconnaître le côté généreux d’une telle entreprise (sic).

La menace (pas très) fantôme

HH

En introduisant dans le premier épisode de ce reboot intergalactique l’idée d’une nouvelle timeline réécrivant au fur et à mesure l’histoire de toute la saga, Abrams et ses scénaristes (les mêmes que Lost) se sont malicieusement donné les moyens de donner leur propre interprétation des personnages cultes de la saga Star Trek. L’équipage 2.0 ayant déjà été rassemblé et présenté (de manière assez scolaire d’ailleurs), STID ne perd pas de temps pour mettre en route une nouvelle aventure, centrée autour d’un terroriste infiltré au sein même de Starfleet, et qui malgré son nom – John Harrison -, n’est en rien originaire de Liverpool. Harrison est en réalité une armée à lui tout seul, un ennemi face auquel la bleusaille de l’Enterprise va vite se retrouver impuissante. Suite à des attentats londoniens (l’occasion de croiser un local de l’étape, Noel Clarke) et une attaque meurtrière contre le QG de Starfleet, Kirk et son fidèle second Spock partent en vendetta aux confins des systèmes connus. Direction la planète des Klingons, pour une destructrice chasse à l’homme…

« Into Darkness ? Pas vraiment, mon capitaine. La diplomatie intersidérale n’est pas le dada d’Abrams. » Après avoir donné un coup de jeune salvateur à l’équipage le plus reconnaissable de la SF, Abrams s’attaque cette fois au personnage de méchant préféré des fans, qui n’est autre que (spoiler !) l’invincible Khan. Mis en avant dès le début de la phase de promotion, Benedict « Sherlock » Cumberbatch est indéniablement la carte maîtresse du réalisateur dans cet opus. Iconisé plus de raison dès ses premières apparitions (c’est tout juste si le compositeur Michael Giacchino n’inonde pas les enceintes de coups de cymbales), Khan centralise autour de lui tous les thèmes du film, qui ne détonent pas dans un univers où les fondements de la civilisation et de la démocratie sont toujours questionnés sous couvert d’aventure fantaisiste. Vengeance ou justice, loyauté ou rébellion… Chacun des héros est confronté à de cruels dilemmes, le film s’aventurant même sur des terrains très actuels lorsqu’il disserte sur les raisons qui peuvent déclencher une guerre préemptive. Bien sûr, les face-à-face entre Khan et le duo Kirk-Spock, aussi chargés en intensité dramatique qu’ils soient, ne sont au final que des apartés séparant le dernier morceau de bravoure du suivant. La règle à laquelle STID obéit pendant plus de deux heures est immuable : des scènes de dialogues en champ contre-champ (puis plan / gros plan) alternent avec des moments de suspense ou de destruction massive, chapeautés par les magiciens d’ILM. On peut disserter à loisir sur les motivations, cachées ou non, du magnétique Khan, Abrams ne laisse jamais plus d’espace qu’il n’en ont besoin à ses personnages : vite, introduisons en quatrième vitesse les Klingons pour une fusillade dantesque ; hop, hop, hop, il est temps de balancer – encore – Kirk dans l’espace sous une pluie de débris ; Spock se découvre un sentiment humain (l’affection) ? Qu’il découvre la colère, histoire d’aller briser quelques os pour l’obligatoire climax.

Starfleet Wars

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La frénésie calculée de STID, qui réduit tout développement des personnages au strict nécessaire (voir le traitement réservé à Carol Marcus, belle potiche dont le rapport filial constitue finalement, avec sa scène en sous-vêtements, la seule raison d’être) et garantit peu de véritables surprises, a beau se révéler frustrante après coup, il est impossible de nier le plaisir grisant procuré par ce rouleau compresseur, piloté d’une main experte par un Abrams passé maître dans l’art délicat du spectacle populaire. Si les références à La colère de Khan (deuxième opus de la saga originelle) sont – très – nombreuses, le scénario dupliquant de manière éhontée son dernier acte, dialogues identiques à l’appui, ce fan service appuyé n’empêche jamais le public lambda, converti au « trekkisme » depuis peu, de profiter sans difficulté du voyage.

Avec un méchant d’anthologie en guise de carburant, le casting principal, très homogène, a plus d’occasions de briller, individuellement ou aux cotés de Kirk et Spock, dont la mécanique très buddy movie ancre fermement le film dans le divertissement bon enfant, jamais trop sérieux pour être véritablement tragique. Into Darkness ? Pas vraiment, mon capitaine. La diplomatie intersidérale n’est pas le dada d’Abrams : le ton, le rythme et les bons mots, le créateur d’Alias préfère les emprunter à Star Wars, dont il semble adorer les péripéties reprises du serial (comme dans cette renversante scène d’action où Kirk et Scotty doivent courir à travers un Enterprise à la gravité sans cesse changeante), les réparties cinglantes et l’exotisme galactique. Le climax à San Francisco évoque même plus d’une fois la poursuite à Coruscant de L’attaque des Clones, tandis que la brève escapade de Kirk & Co. sur Kronos donne parfois l’impression que leur navette a été volée à un certain Han Solo. C’est sans doute là que se situe le vrai point de discorde avec les « Trekkies » purs et durs, pas fâchés de voir le mogul à lunettes tourner son attention vers la saga rivale de Georges Lucas. L’avenir dira si STID constituait pour Bad Robot une dernière occasion de s’échauffer avant de « passer aux choses sérieuses ». En l’état, cette séquelle n’a pas à rougir de ses ambitions et de son manichéisme : elle fait le boulot, avec un certain panache dans l’exécution et une confiance affichée dans sa démesure visuelle.


Note Born To Watch

Star Trek Into Darkness
De JJ Abrams

USA / 2013 / 132 minutes
Avec Chris Pine, Benedict Cumberbatch, Zachary Quinto
Sorti le 12 juin 2013

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