Tarzan : dans la jungle numérique

Tarzan est l’un des plus vieux héros représentés à l’écran. Né de la plume d’Edgar Rice Burroughs en 1912, le jeune homme est le fils de nobles anglais échoué avec sa famille dans la jungle africaine. Après la mort de ses parents, le bébé orphelin est recueilli par des singes qui l’élèvent comme l’un des leurs. Devenu adulte, il croise la route des habitants de la jungle et de Jane Porter, fille d’un professeur d’anglais installé dans un village d’autochtones. Après le récent Livre de la jungle, Hollywood continue donc de ressusciter ses mythes fondateurs, à grand renfort d’effets spéciaux contemporains. Malheureusement pour Warner Bros, qui a investi selon les estimations 180 millions de dollars dans l’affaire, le résultat s’avère immédiatement oubliable.

Un film orphelin

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David Yates, qui a réalisé les trois derniers Harry Potter, s’est attelé à la tâche de cette nouvelle adaptation de Tarzan, tout en jonglant avec la préproduction puis le tournage du prequel adapté de J. K. Rowling, Les Animaux Fantastiques. Et cela se sent. Le récit de cette nouvelle version démarre dans un contexte historique complexe et assez original : Tarzan, alias John Clayton (Alexander Skarsgård), vit à Londres avec son épouse Jane (Margot Robbie). Il est invité à se rendre au Congo par le roi des Belges Leopold II, qui dirige le pays. Ce dernier s’est lourdement endetté pour exploiter les mines de son territoire au point que les autres nations le soupçonnent d’employer des méthodes peu recommandables pour rembourser ses traites. Tarzan accepte l’invitation et retourne dans la jungle aux côtés de Jane. Mais il tombe entre les mains de l’émissaire du roi au Congo, qui projette de le livrer à un chef de guerre en échange de diamants. Entre colonialisme, esclavagisme et écologie, le scénario est rempli de bons sentiments, mais il va très vite retomber comme un soufflet pour entrer sur un terrain plus simpliste. Comme abandonné dans la nature, Tarzan ne parvient pas à laisser transparaître son souffle épique.

Les fans du beau suédois Alexander Skarsgård vont être ravis, étant donné que le vampire Éric Northman (de la série True Blood) passe les trois quarts du film à demi-nu. Les pectoraux largement aérés, l’acteur se plie au jeu imposé par son personnage et saute de liane en liane avec une dextérité animale. Il donne la réplique à Margot Robbie (Le loup de Wall Street). Samuel L. Jackson incarne un sidekick un peu caricatural, ancien soldat de la guerre de Sécession, cherchant à aider le peuple congolais. Ce personnage en quête de rédemption, conçu pour dénoter de manière comique dans une jungle à plusieurs milliers de kilomètres des champs de bataille américains, pâtit d’une écriture bourrine et sans subtilité. Pire, les scénaristes ont décidé d’importer le même Christoph Waltz d’Inglourious Basterds pour un incarner, une fois de plus, un grand méchant sans relief, empêtré dans une impression de déjà-vu qui rend ses scènes totalement insipides.

Reconstruction bancale du mythe

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Le film repose en grande partie sur des flash-backs, qui ont rarement été aussi présents dans ce type de blockbuster. Et pour cause : ils narrent l’origin story de Tarzan, pour les amnésiques qui auraient oublié le début ou n’auraient jamais vu Greystoke, et justifient ainsi ses incroyables facultés à survivre dans la jungle. Véritable film dans le film, ils deviennent plus captivants que le storyline initiale. L’animation et l’intégration à l’image des primates, à la manière de la dernière Planète des singes, reste efficace et cette intrigue séminale, malgré des ressorts plus que connus, conserve une grande part d’intérêt. Tant et si bien que le retour à la timeline actuelle, pourtant plus inédite, suscite paradoxalement une certaine frustration.

À ce récit bancal s’ajoutent aussi des effets spéciaux qui manquent cruellement par moments de finition. La scène finale, qui nous laisse presque sur l’impression d’avoir assisté à un accident industriel, s’avère d’une confondante bêtise : de féroces animaux sous le contrôle mystique de Messmer… pardon Tarzan, Samuel L. Jackson qui se croit sur le tournage d’Expendables et Christoph Waltz empêtré dans ses tics de jeu rouillés… Tarzan a visiblement été réécrit et remonté par des personnes visiblement peu inspirées, et le spectateur souffre avec lui.


Note Born To Watch
Deuxsurcinq

Tarzan (The Legend of Tarzan)
De David Yates
2016 / USA / 110 minutes
Avec Alexander Skarsgård, Margot Robbie, Christoph Waltz
Sortie le 6 juillet 2016

Crédits photos : Warner Bros Entertainment

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