The Adventurers :
cambrioleurs poids plume

par | 19 avril 2018

La star chinoise Andy Lau joue les cambrioleurs à la Lupin, poursuivi par un Jean Reno cabotin, dans le (très) léger The Adventurers, du réalisateur de Tai Chi Hero.

De manière assez injuste, Andy Lau n’a jamais connu chez nous le même succès que celui dont jouissent Jackie Chan, Jet Li et Chow Yun-Fat. En dehors du cercle des connaisseurs du cinéma asiatique, la star d’Infernal Affairs (pour n’en citer qu’un) est encore trop peu connue et une partie de l’explication réside sans doute dans son désintérêt pour les productions américaines, même si récemment La Grande Muraille a fait figure de regrettable exception – le film reste néanmoins une co-production chinoise. Même en vidéo, les multiples productions dans lequel l’acteur (et chanteur) tient la vedette demeurent inédites depuis plusieurs années, si l’on excepte le correct Firestorm, qui date tout de même de 2013. Il y avait donc matière à se réjouir de voir arriver chez nous The Adventurers, nouveau long-métrage signé Stephen Fung, que l’on connaît ici pour son très inégal diptyque Tai Chi Zero / Hero. La fine équipe, entourée de la délicieuse Shu Qi, de l’inévitable Eric Tsang… et de Jean Reno, a choisi de prendre un peu de bon temps en Europe et de s’inspirer librement du Once a thief (ou Les Associés) de John Woo, pour livrer un film de cambrioleurs à gros budget aussi désuet qu’inoffensif.

Un dernier bijou pour la route

La posture « internationale » de The Adventurers, qui confine presque à l’absurde (tout le monde parle anglais ici, même les Français entre eux), est évidente dès les premières minutes. Cheung Tan (Andy Lau) sort de prison, et devant l’établissement l’atteint l’inspecteur Pierre (Pierre comment ? Pierre Pierre, peut-être, comme tous les franchouillards), joué par Jean Reno, qui sait que ce flegmatique et téméraire cambrioleur prépare déjà un mauvais coup. Pierrot a du nez, puisqu’à peine libre, Cheung s’envole à Cannes pour dérober avec sa petite équipe (le hacker Po Chen et la pilote de charme Red, incarnée vous l’aurez compris par Shu Qi) un bijou en pleine vente aux enchères. Gadgets hi-tech, diversions improbables : en quelques minutes, l’affaire est dans le sac. Cheung rapporte le bijou à Prague à son mentor, Kong (Eric Tsang), qui promet de l’aider à trouver l’identité de celui qui l’a envoyé cinq ans derrière les barreaux. Avant cela, le trio doit s’emparer d’un ultime joyau, caché dans le château d’un milliardaire chinois apparemment amoureux de la République Tchèque…

"Pour qui est familier du cinéma HK des années 90, The Adventurers ressemble à une Madeleine de Proust au kitsch prononcé. "

En 1991, John Woo rendait plus ou moins hommage aux cinéastes français qu’il révérait tant (et à La main au collet de Hitchcock) en transformant Chow Yun-Fat et Leslie Cheung en avatars modernes d’Arsène Lupin, amoureux de la même femme et éblouis par les charmes de Paris et de la Riviera. Un film léger, une parenthèse commerciale aussi après le traumatisant Une balle dans la tête et avant le feu d’artifices À toute épreuve. S’il tire un trait sur le triangle amoureux, Stephen Fung adopte avec The Adventurers la même démarche : on jurerait que le film a été produit il y a 20 ans, du temps où les artisans hong-kongais (et Andy Lau) enquillaient des divertissements charmants mais un peu bancals, teintés lorsqu’ils s’aventuraient à l’étranger d’un exotisme de bande-dessinée. Pour qui est familier de ce cinéma-là, The Adventurers ressemble à une Madeleine de Proust au kitsch prononcé. L’incongruité du rôle de Reno, par exemple, venu encaisser son chèque en incarnant une fois de plus le flic franchouillard de service dans une production internationale, est évidente lorsqu’on le voit déblatérer des répliques cartoonesques à Andy Lau ou parler tout seul dans sa cuisine. Lau lui-même, hors de son élément même si son réalisateur fait tout pour le valoriser, semble en petite forme dans ce spectacle qui multiplie les changements de décors, les gadgets originaux (l’araignée mécanique !) qui doivent coûter plus cher que le butin lui-même, et les emprunts musicaux à James Bond pour faire oublier le vide de son intrigue. Même les partenaires de la star, qui forcent un peu leur coolitude entre deux gags pas léger-légers (première fois au cinéma qu’on doit croiser un gag sur le « pisse-debout » !), sont en service minimum, déjà ailleurs. Du boulot de mercenaire, chatoyant malgré tout, efficace quand Fung orchestre une course-poursuite géographiquement chaotique sur la Croisette, paresseux quand le scénario pille sans vergogne les Mission : Impossible lors de l’exploration d’un coffre rempli de lasers entrecroisés. Pas de quoi s’aérer la tête en gardant le sourire, même si vu de chez nous, la « prestation » télécommandée à distance de l’ami Reno vaut son pesant de pistaches.