Venant d’un pays comme la Russie, féru d’inquiétante étrangeté et nourri aux contes populaires, il est bizarre de croiser si peu de films d’horreur. Sans doute est-il plus compliqué de bénéficier des incontournables financements d’état pour parler de surnaturel, comme c’est le cas en Chine ? Dans le doute, on accueille avec une certaine bienveillance The Bride, nouvelle production de l’équipe à l’origine de Queen of Spades : the dark rite, série B qui réutilisait à sa manière et sans chichis les mécanismes de Candyman, au sein d’une famille de prolos désarmés face à une menace surnaturelle. Cette fois, c’est du côté de chez Wan, James Wan, que le réalisateur et son producteur sont partis braconner. Quand le réalisateur d’Insidious joue à la poupée ou crée des nonnes effrayantes, The Bride investit la figure universelle de la mariée de l’au-delà pour lui donner une dimension on ne peut plus creepy.

Ma belle-famille, des fantômes et moi

Ça commence donc au 19e siècle avec une scène d’ouverture à la Hammer : un photographe entend conserver l’âme de sa défunte épouse sur celluloïd, en prenant un cliché… de son cadavre en tenue de mariée. Une idée macabre qui fait partie d’un rituel slave encore plus terrifiant, puisqu’il implique de réincarner la dite épouse dans le corps d’une autre jeune femme, moyennement attirée par la perspective d’être enterrée vivante.

L’action bascule ensuite dans le monde moderne, où nous suivons la jeune Nastya (la mimi Miroslava Karpovich, filmée sous tous les angles par un réalisateur manifestement sous le charme) qui nage dans le bonheur puisqu’elle vient d’épouser son copain. Celui-ci la presse de partir à la campagne rencontrer sa belle-famille pour un mariage dans les règles. Bien entendu, ce séjour est une erreur : la maison isolée regorge de couloirs sombres et effrayants, et la dite famille descend du photographe, qui a réussi à faire peser sur plusieurs générations une malédiction relative à la fameuse Mariée…

Du gothique à l’ancienne

Maison isolée, plancher qui craque, hallucinations nocturnes, anciens murés dans le silence, « vierge » innocente en péril… The Bride rejoue sans se dégonfler une partition on ne peut plus classique dans le genre de l’épouvante gothique moderne. Un gros parfum de familiarité embaume cette histoire dont on devine rapidement les tenants et les aboutissants, même si le montage s’amuse à entremêler à mi-parcours les différentes époques, afin de souligner le côté immémorial de la menace qui pèse sur Nastya.

Le réalisateur Svyatoslav Podgayevskiy (ouf) tient pourtant la barre avec plus de flair que beaucoup de ses contemporains chez Blumhouse, en préférant jouer sur l’attente que sur les jump scares. Témoin cette scène, où une présence se fait sentir entre les cloisons de la maison où jouent Nastya et ses petits neveux. Un beau morceau de tension morbide parmi d’autres qui parsèment cette bande d’épouvante très recommandable (et d’ailleurs en passe d’être remakée aux USA par les scénaristes… de Conjuring), pour peu que vous aimiez visiter le genre comme on chausse une confortable paire de chaussons.