The Door : la porte, bon sang !

Dans le genre « gentil couple blanc qui s’installe dans un pays exotique et doit protéger ses enfants des fantômes locaux », 2015 nous avait déjà offert le patraque Out of the Dark avec Julia Stiles. Après la Colombie, c’est en Inde que se déroule The Door, alias The Other side of the door. Outre le joli timing comique relatif à la diffusion d’un certain épisode de Game of Thrones – on ne vous en dira pas plus, on est pas des monstres -, le film de Johannes Roberts, réalisateur britannique cantonné à la série B (le pas fameux Storage 24 est un exemple récent du genre), peut se vanter d’être produit par le prolifique Alexandre Aja (Horns). Cela explique sans doute pourquoi The Door est parvenu chez nous sur grand écran et pas Out of the Dark, alors que les deux titres sont aussi dispensables et génériques l’un que l’autre.

Retieeens… la pooorte…

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Maria (Sarah Wayne Callies, Prison Break et The Walking Dead) et Michael (Jeremy Sisto, Les Revenants US et Six Feet Under) sont un couple heureux qui décide sur un coup de tête de s’installer en Inde. C’est beau l’Inde, et apparemment Michael est assez blindé pour que la famille y achète une grosse demeure coloniale, même si le film ne prendra jamais la peine de nous expliquer ce qu’il fait comme métier. Non, le cœur du drame si l’on peut dire, c’est que leur fils Oliver est décédé lors d’un accident de la route. Maria n’a pu sauver que leur fille, et elle ne se remet pas du choc. Au bord du suicide, elle suit les conseils de leur gouvernante, qui lui apprend l’existence d’un temple au sud au pays, où il est possible de faire revenir les morts en répandant leurs cendres et en écoutant à la porte la voix du défunt. Seule règle : ne pas l’ouvrir, pour que l’outre-monde n’accède pas à celui des vivants. En bonne Occidentale inconsciente, Maria ouvre bien sûr les portes en grand en entendant son fils, et dès lors, les esprits, bons et mauvais, s’immiscent dans leur vie…

En règle générale, la vision anglo-saxonne des pays « exotiques » est à prendre avec des pincettes au cinéma, surtout dans le film de genre. Parfois, comme dans The Grudge, l’univers étranger et ses traditions sont traités intelligemment, mais le plus souvent, il sert d’alibi pour raconter n’importe quoi en se basant sur les clichés les plus éculés sur la culture locale, comme Pyramide l’an dernier. Une autre production Alexandre Aja, tiens. The Door, sans tutoyer le même niveau de stupidité, n’hésite pas à jouer la double carte du paysage paradisiaque et des « traditions un peu chelou », imaginant par exemple une tribu de barbus hirsutes nécrophages et mystiques, qui se baladerait en plein Mumbaï sans que ça se gêne personne ! C’est qu’avant de susciter l’angoisse, Roberts cherche avant tout à installer une ambiance, bien aidé il est vrai par un budget qui permet au film d’afficher une image soignée, des décors richement détaillés et quelques effets numériques loin d’être honteux – le passage au temple, notamment, est inspiré. Reste que tout cela est secondaire dans un récit qui reste trop timide dans le drame (malgré une traumatisante scène de noyade), et ne parvient jamais à convaincre dans l’angoisse.

Ouf ! Ce n’était (encore) qu’un rêve

Dès que la très juste Sarah Wayne Callies fait sa prévisible bourde au temple, The Door passe en pilote automatique, et empile près de trois quarts d’heure de scènes pathétiques, tentant vainement de nous arracher un sursaut. C’est bien simple, où qu’elle aille, Maria semble toujours prête à émerger d’un cauchemar. Les jump scares s’enchaînent jusqu’à l’écoeurement, sans qu’aucune tension ne naisse de ces moments choc, puisqu’il s’avère le plus souvent que ce sont des hallucinations et des cauchemars (même dans le prologue, présenté comme un flash-back alors qu’il s’agit d’un rêve). Le scénario emprunte à mi-parcours une direction intéressante, en décrivant la drôle de relation surnaturelle qui s’instaure entre cette mère éplorée et son invisible fantôme de fils.

« The Door n’hésite pas à jouer la double carte du paysage paradisiaque et des traditions un peu chelou. »

Mais les carcans du film d’angoisse moderne sont tenaces, et Roberts n’est pas Juan Antonio Bayona. Après les clichés du film de fantômes, The Door finira par se vautrer dans ceux du film de possession, lors d’un dernier acte qui tente de compenser la mollesse de ce qui précédait par une succession de scènes sanglantes arbitraires. L’ultime scène bouclera avec une certaine logique un film qui malgré tout n’a rien de mémorable, et échoue totalement à distiller chez le spectateur averti une angoisse quelconque. Pour nous faire croire au surnaturel, il faudrait savoir nous surprendre et nous déstabiliser : des objectifs vraisemblablement absents du cahier des charges d’un produit générique comme The Door.


Note Born To Watch
Deuxsurcinq

The Door (The Other side of the Door)
De Johannes Roberts
2016 / USA – Inde – Royaume-Uni / 96 minutes
Avec Sarah Wayne Callies, Jeremy Sisto, Sofia Rosinsky
Sortie le 1er juin 2016

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