The Iceman : de feu et de glace

Aussi incroyable que cela puisse paraître, on ne sait pas encore aujourd’hui combien de victimes a laissé derrière lui Richard Kuklinski, tueur à gages des plus prolifiques arrêté en 1986 après vingt ans d’une carrière scabreuse dans la mafia de la Côte Est. Entre 100 et 250, selon les récits et les différentes enquêtes qui ont suivi son arrestation. L’homme aurait même, selon ses propres dires, assassiné Jimmy Hoffa. Tout ça sans que sa famille, une femme et deux filles, soit au courant. On peut trouver ça immoral, mais son histoire méritait bien un film. Un autre film que The Iceman, peut-être, tant on sent bien que son réalisateur Ariel Vromen passe un peu à côté du potentiel en or d’un tel sujet, qui aurait pu donner naissance à un véritable classique sous la houlette d’un Martin Scorsese ou d’un David Fincher.

« Le casting étincelant semble surtout là pour excuser les trous béants dans le scénario et les dialogues caricaturaux. »En l’état, The Iceman est « juste » une nouvelle production Millenium Films, les spécialistes de la série B à grand casting (Expendables ou La chute de la Maison Blanche, c’est eux), qui joue à la fois la carte de la saga mafieuse sous influence et du film d’époque particulièrement attentif à ses perruques et garde-robes. Dans le rôle du glacial Kuklinski, on retrouve le désormais omniprésent Michael Shannon, valeur sûre du petit (Boardwalk Empire) comme du grand écran (Take Shelter et bientôt Man of Steel), chargé d’incarner sur deux décennies un personnage fondamentalement antipathique, mais dont l’infernale dichotomie entre sa vie de tueur sans scrupules et de père de famille aimant rend la trajectoire passionnante. Loin d’être un Al Capone flamboyant, Kuklinski est présenté comme un professionnel si bon dans son « métier » qu’il parvient à cacher la vérité à sa docile et fidèle épouse sans sourciller, même lorsque ses deux vies viennent à s’entrechoquer.

Casting étincelant pour polar brinquebalant

The Iceman : de feu et de glace

Quiconque a vu un film de mafia américain sait pourtant que ce château de cartes va s’effondrer avec fracas dans la dernière ligne droite. Pas de surprise, pas de twist, pas de crime impuni dans cette histoire qui nous demande pourtant de prendre fait et cause pour un criminel totalement dénué de sentiments envers ses victimes. Shannon, qui passe par tout un tas de postiches et de costumes vintage, l’incarne avec une grandiloquence calculée, tantôt impassible comme un Charles Bronson, tantôt menaçant comme un Christopher Walken. C’est par la force de son jeu que The Iceman parvient à être intéressant, mais on sent bien que le comédien ne peut donner ici sa pleine mesure, coincé à l’intérieur d’un film à la réalisation quelconque, même lorsque Vromen s’essaie au montage musical virevoltant. Le casting étincelant (Ray Liotta, Stephen Dorff, James Franco, un très bon Chris Evans et un David Schwimmer grandiosement pathétique en survêt et moustache de porn star) semble surtout là pour excuser les trous béants dans le scénario et les dialogues caricaturaux qui plombent aussi sûrement l’ambiance que les balles de Kuklinski.

De fait, malgré le nombre pléthorique de cadavres qui s’amoncellent et de trahisons qui se multiplient, ce n’est pas le côté polar qui se révèle le plus intéressant, mais les scènes intimistes entre Shannon et une très bonne Winona Ryder. C’est là que se niche la véritable richesse, la vraie ambiguïté de notre personnage principal. C’est aussi malheureusement l’un des aspects les moins fidèles à la réalité que le film choisit de mettre en avant. Kuklinski était certes loin d’être un ange, c’est un fait, mais The Iceman prend pas mal de gants pour décrire un homme qui dans la réalité, était un véritable sociopathe bipolaire n’hésitant à rouer sa femme de coups et à congeler ses victimes pour effacer ses traces (une technique que le film attribue à un de ses complices, surnommé « Freezy »). Une véritable crapule, donc, que le scénario transforme en une sorte d’ange des ténèbres tiraillé entre ses pulsions et ses sentiments, un « héros » qui quoi qu’on en dise, prend du coup une dimension plus romanesque. Un paradoxe qui semble être le cadet des soucis des auteurs de ce polar scolaire et brinquebalant, qui serait déjà tombé dans l’oubli s’il n’était pas porté par un acteur aussi magnétique.


Note Born To Watch

The Iceman d’Ariel Vromen
2013 / USA / 105 minutes
Avec Michael Shannon, Winona Ryder, Ray Liotta
Sortie le 05 juin 2013

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