The Lost City of Z : une fresque impressionniste

Réalisateur à part dans le paysage du cinéma américain moderne, James Gray (The YardsLa nuit nous appartient) travaille sur le projet d’adaptation du livre The Lost City of Z de David Grann depuis 2009. Même Francis Ford Coppola, traumatisé par son expérience catastrophique sur Apocalypse Now, lui aurait clairement déconseillé ce tournage en conditions réelles qui promettrait les mêmes péripéties. Comme le héros de son histoire, Percy Fawcett, il s’est obstiné et a voulu sortir une bonne fois pour toutes de sa zone de confort (New York, où l’action de tous ses films se déroule), mais The Lost City of Z a bien failli de ne jamais exister.

Début du XXe siècle. Alors que l’Angleterre s’apprête à entrer en guerre sur le Vieux Continent, un colonel de l’armée de Sa Majesté, Percival Fawcett (Charlie Hunnam) est mandaté par la Société géographique royale d’Angleterre pour dessiner des cartes entre le Brésil et la Colombie. Malgré son amour pour sa famille et sa paternité naissante, il se lance dans ce voyage de plusieurs années. Sur place, il se pique de passion pour l’exploration et découvre l’existence d’une mystérieuse cité d’or, qui deviendra son obsession.

Bienvenue dans la jungle

Après plusieurs défections, dont celle de Brad Pitt, c’est Charlie Hunnam, le motard frimeur de Sons of anarchy et héros de Pacific Rim qui s’est investi dans le rôle de cet explorateur qui a réellement existé, et dont le périple ne peut que nous rappeler les héros de fiction de Werner Herzog ou Joseph Conrad. À ses côtés, Robert Pattinson, désormais bien loin des Twilight, est méconnaissable sous sa barbe fournie d’aventurier. Sienna Miller (American Sniper) incarne son épouse, comprimée entre ses aspirations féministes et sa compassion pour les tourments de son mari. Le réalisateur de The Immigrant signe ici une fresque historique en trois actes. Chaque morceau de son histoire alterne entre une reconstitution subtile de l’Angleterre à la fin de l’époque victorienne et l’odyssée du héros en Amérique du Sud. Il s’attarde vraiment sur la personnalité de Fawcett, dont la réputation familiale a été entachée par les problèmes de jeux et d’alcool de son père, freinant, aussi incroyable que cela puisse paraître de nos jours, sa carrière militaire. Il s’attarde également à démontrer comment Fawcett va basculer du milieu de la bourgeoisie de hauts gradés, qui mène sa carrière dans une impasse, à la communauté scientifique londonienne ,qui attend le résultat de ses explorations pacifistes avec délectation.

« Refusant le spectaculaire, et le fantastique, le film est aussi traversé par une multitude de thèmes inhabituels dans ce genre. »

Cette immense jungle sauvage, dépeinte magistralement avec l’œil mélancolique teinté d’impressionnisme de Darius Khondji, ce sentiment exaltant d’être les premiers hommes blancs à la fouler de leurs pieds, est filmé ici sous un angle envoûtant. Mais la nature peut aussi se révéler terrifiante, car peuplée par des indigènes hostiles et des animaux redoutables, qui placent l’homme occidental au rang de proie. Si le film est parcouru par un sens épique prononcé, assez attendu, il ne s’agit pas pour autant d’un récit d’aventures classique. Refusant le spectaculaire (les révélations du film sont infimes), et le fantastique, il est aussi traversé parfois par une multitude de thèmes réalistes inhabituels dans ce genre. The Lost City of Z explore à la fois un territoire exotique et excitant, mais également un univers mental possédé par cette soif de découverte. Petit à petit, le projet de longue haleine (découvrir une civilisation perdue et attendre la gloire) de Fawcett devient une quête obsessionnelle, inaccessible, impliquant le sacrifice de sa famille au prix de sa propre vie. Cette nature d’une indicible beauté va grignoter doucement son esprit malade. Finalement, la jungle et ses démons montreront leurs vrais visages sous la forme d’un plan nocturne magistral.

The Lost City of Z, aussi surprenant qu’il soit dans la carrière de son metteur en scène, s’avère probablement le meilleur film de James Gray, le plus créatif en tout cas. Il témoigne d’une grande richesse artistique exposée ici sans prétention, mais avec assurance. Le long-métrage, véritable splendeur visuelle d’une élégance rare, souffre pourtant de quelques légèretés scénaristiques. Lancé à plein régime dans la puissance narrative de son récit, le script oublie, en fin de parcours, de faire la lumière sur certains points essentiels (sur lesquels nous ne nous étendrons pas pour ne pas ruiner le plaisir). Mais cela n’enlève rien à sa fièvre contagieuse !


Note Born To Watch
Quatresurcinq
The Lost City of Z
De James Gray
2017 / États-Unis / 141 minutes
Avec Charlie Hunnam, Robert Pattinson, Sienna Miller
Sortie le 15 mars 2017

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