The Quake : secousses scandinaves

par | 10 janvier 2019

Suite assumée de The Wave, The Quake continue de détruire la Norvège par le biais cette fois d’un séisme dévastateur. Le résultat s’avère moins convaincant.

Il y a des gens qui n’ont pas de chance, et puis il y a Kristian. Le héros de The Quake, quand débute le film, en est déjà un. Ou plutôt il l’était. Kristian, en 2016, avait en effet contribué à sauver une partie des habitants de Geiranger, village idyllique au cœur des fjords norvégiens, d’une vague de fond destructrice, dans le bien-nommé The Wave. Parce qu’il avait prédit la catastrophe et joué les Steve McQueen dans la ville immergée, le spécialiste en météorologie passe rapidement devant les caméras, mais, comme le montre intelligemment cette séquelle du hit de Roar Uthaug (parti tourner Tomb Raider), survivre à un cataclysme a aussi un coût psychologique.

Resté seul dans sa maison de campagne à Geiranger, séparé de sa famille partie oublier le passé à Oslo, Kristian est une coquille vide, un père qui n’arrive même plus à parler à ses enfants. Il se persuade que le pire est encore venir, que mère Nature n’en a pas encore fini avec la Norvège : la terre a déjà tremblé à Oslo en 1904, et la mort accidentelle d’un ancien collègue inquiète vite Kristian. Un séisme pourrait bien secouer la capitale d’ici peu.

Un séisme dans la tête

Gros succès dans son pays lors de sa sortie (et beaucoup moins chez nous, où le film était sorti en salles en plein mois de juillet), The Wave a placé la Norvège sur la carte du film catastrophe de belle manière. Par son cadre exotique et idyllique, son accent mis sur le réalisme des personnages et un héroïsme à hauteur d’homme, The Wave a marqué les esprits sur la longueur, à tel point que ses producteurs ont décidé de lui donner une suite, en mode « ah mais non, pas encore ?! ». L’originalité première de The Quake est donc d’offrir à ses protagonistes une forme de continuité dramatique rarement vue dans le genre. Habituellement, le générique arrive après la fin du désastre, quand tout le monde ou presque est sauvé. Ici, le réalisateur John Andreas Andersen, chef op’ sur les Enquêtes du département V, s’intéresse à Kristian et sa famille des années après qu’ils aient traversé de rudes épreuves. Et on assiste donc à une étonnante première heure feutrée, où les signes avant-coureurs habituels (le fameux décès accidentel dans un tunnel souterrain, expédié par une ellipse) sont relégués hors-champ au profit d’une peinture patiente de la décrépitude morale de notre héros, incarné par un Kristoffer Joner (récemment aperçu dans MI : Fallout) idéal pour ce genre de rôle.

"The Quake ne prend finalement guère de risques, en reproduisant sous une nouvelle forme la même trame narrative que The Wave."

Patient, voire même longuet, The Quake bâtit donc lentement son suspense, en délaissant la relative crédibilité scientifique de son prédécesseur (la façon dont est dépeinte le centre national dédié à la prévention de ces événements laisse à désirer) pour se concentrer quasi exclusivement sur la cellule familiale projetée, une nouvelle fois, au cœur d’un cataclysme de grande ampleur. S’il faut avoir vu le premier opus pour apprécier pleinement l’évolution des personnages, The Quake ne prend finalement guère de risques, en reproduisant sous une nouvelle forme la même trame narrative que The Wave : Kristian tente de jouer les Nostradamus, sans grande conviction, puis doit se résoudre à aller juste sauver les siens, pris au piège des éléments. Lorsque le pire arrive, The Quake se transforme lui aussi en survival en vase clos (ici un immeuble hi-tech éventré par les secousses), dont la noirceur et le côté impitoyable compensent l’évident manque d’originalité des péripéties. Avec un budget qu’on devine modeste en regard des collègues américains, The Quake parvient à délivrer durant ces moments un spectacle visuellement prenant, toujours aussi dépassionné et anti-hollywoodien dans son atmosphère. Mais il faut être honnête : la sauce ne prend pas aussi bien que la première fois, et une capitale détruite, même rarement vue au cinéma, captivera toujours moins notre regard qu’un fjord scandinave soudain submergé par des flots d’ampleur biblique.