The Riot Club : terreurs d’élite

Le groupe fictif, mais adapté de faits réels, du Riot Club se constitue de la même façon depuis des générations : dix jeunes étudiants d’Oxford, considérés comme la fine fleur de la nation se laissent aller à la décadence, comme leur père et leur grand-père avant eux. De cette fascination pour les riches et les puissants issus des grandes familles britanniques, dont certains dirigent le pays au niveau parlementaire, comme au plus haut sommet de l’État (David Cameron, l’acteur Premier Ministre, a appartenu à l’un de ces Clubs privés durant ces années estudiantines), la dramaturge multirécompensée Laura Wade (Alice, Catch) a tiré sa première pièce publiée, Posh.

Un texte choc

The Riot Club : l'odeur de l'argent

Sur le papier, le récit semble exemplaire, redoutablement documenté et réfléchi. The Riot Club tire le portrait de ces dix bourgeois jeunes, beaux, riches et conscients de leur statut social qui perpétuent avec fierté la « tradition » paternelle : des soirées de débauches, de sexe monnayé, de l’alcool, de la violence, bref, des écarts effectués bien entendu avec l’élégance due à leur rang et sans faire impasse aux rituels instaurés par le noble libertin fondateur au 18e siècle du club. Un premier, héritier d’une grande fortune, l’autre, rejeton de nouveaux riches grecs, un dernier encore issu de l’aristocratie ruinée, mais attachée à ses racines dorées entrent dans le club d’office. Ils s’opposent parfois par leurs différences, se tolèrent en apparence, malgré le racisme, le mépris et l’homophobie latents. Le club recrute du sang neuf pour venir combler leurs rangs avec une sélection rigoureuse à mi-chemin entre le choix géopolitique d’un ministre ou d’un ambassadeur et un crasseux bizutage d’une école de commerce de bas étage. Les « bizuts » entrent donc en scène entre deux gravures de mode échappées de la jet set. Un candide se dévoile, issu de la classe moyenne, qui malgré sa naïveté de tête à claques, fait office de témoin. Avec lui, le spectateur entre dans un cercle très fermé et secret, et débuté une quête initiatique, qui se transforme bientôt en descente aux enfers cynique et malsaine.

The Riot Club sonne juste dans sa manière de faire parler ses personnages. De la figure du restaurateur de province, qui ouvre la porte aux membres du club de temps d’un dîner et qui va payer lourdement sa bienveillance, teintée d’envie et de besoin de reconnaissance. À ce parlementaire qui étouffe avec désinvolture les horreurs perpétrées par son fiston et ses copains du club, persuadé que sa lignée reste au-dessus des lois. De ce même fils qui file vers un avenir brillant et une carrière toute tracée, enfermé par un passé que l’influence paternelle ne pourra jamais effacer vraiment. À cet autre membre, qui refuse d’emprunter davantage ce chemin décadent, même si son avenir et ses rêves de réussite en seront sûrement altérés. Ou enfin, cet autre aspirant à la noblesse éternelle prêt à tout accepter pour une autre soirée avec des « putes sous la table » et du champagne par caisses entières. The Riot Club présente sans fioriture cette lutte des classes où le ridicule et la bêtise sont érigés en dogme, et où le libertinage se pratique entre membres de l’élite.

Une adaptation scolaire

The Riot Club : l'odeur de l'argent

« La « promo » 2014 oscille entre la perfection plastique et le grotesque assumé. »

La réalisatrice danoise Lone Scherfig (Une éducation) transpose ce texte foisonnant à l’écran et a tourné en partie dans la célèbre université anglaise. Elle a rassemblé un casting de jeunes poussins particulièrement photogéniques : Max Irons (Les âmes vagabondes), Sam Claflin (Hunger Games I et II), Douglas Booth (encore un-fils-de dans Noé), Sam Reid (’71), et Ben Schnetzer (le leader dans Pride) entres autres. Habillés de coutumes bariolés représentatifs du club, attifés comme des jeunes chats en goguette et surtout affublés d’un je-ne-sais-quoi d’arrogance horripilante qui anime les gosses de riches de tout le pays, les dix gars de la « promo » 2014 oscillent entre la perfection plastique et le grotesque assumé. Jusqu’à ce que cette jolie brochette perde le contrôle de ses pulsions et qu’une soirée dégénère avec un fracas de sang et de larmes.

Ce conte amoral soigneusement interprété et monté à la perfection souffre malheureusement d’une intrigue aux rebondissements attendus et sans surprise, qui manque de rythme. Si Lone Scherfig transmet la colère de l’écrivaine à travers LA scène-choc de son film, ses personnages tombent très rapidement dans la caricature. En somme, le long-métrage prend des airs de docu-fiction, où chaque élément entrerait dans une case rigoureusement huilée et sans fantaisie. Le personnage de Miles, le plus « normal » de la bande, aurait mérité plus de nuances et de profondeur pour rendre sa présence plus convaincante et ses décisions plus logiques. Le final aride et cynique achève de conclure cette dissertation riche et argumentée, mais trop didactique.


Note Born To Watch

Troissurcinq
The Riot Club
De Lone Scherfig
2014 / Royaume-Uni / 107 minutes
Avec Sam Claflin, Max Irons, Douglas Booth
Sortie le 31 décembre 2014

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