Le futur ne sera pas rose, c’est la SF qui vous le dit. Dans Titan, co-production américano-européenne qui marque les débuts derrière la caméra de Lennart Ruff, sélectionnée au dernier festival de Gérardmer, on nous prédit que les changements climatiques et la surpopulation mondiale vont bientôt rendre notre bonne vieille Terre inhabitable. Seule solution ? Chercher une nouvelle planète où s’installer, comme les astronautes de l’extrême d’Interstellar. Mais plutôt que de chercher une aiguille vivable dans une botte de foin intergalactique et dépenser des centaines de millions de dollars dans des SFX de pointe, la science se tourne ici vers Titan, une lune de Saturne sur laquelle l’Homme pourrait vivre, moyennant quelques améliorations génétiques. Une « évolution forcée » à laquelle vont se soumettre plusieurs cobayes. Mais c’est bien connu, et tous ceux qui connaissent leurs classiques (et pas les plus obscurs) le savent, on ne joue pas avec mère Nature sans en payer le prix…

Objectif : prévisible

Dans Titan, Sam Worthington, que l’on a revu récemment dans une meilleure forme sur Netflix avec la mini-série Unabomber, joue Rick Janssen, un militaire dur à cuire (la preuve, il a tenu trois jours sans vivres dans le désert syrien), est expédié avec une poignée d’autres recrues dans les Canaries, au coeur d’un complexe militaro-scientifique sous la coupe du professeur Collingwood (Tom Wilkinson, en pilote automatique), qui se révèle bien trop bienveillant et alarmiste à la fois pour ne pas cacher quelques secrets. Janssen est accompagné de sa femme Abi (Taylor Schilling, l’héroïne d’Orange is the new black) et de son fils Lucas, qui voit comme beaucoup son père comme un héros. Un gars prêt à se sacrifier si besoin pour une cause planétaire. Mais contrairement aux attentes, Janssen s’adapte plutôt bien au traitement de choc que les laborantins lui font subir. Avec son ADN boosté, le bidasse peut maintenant tenir des heures sous l’eau, nager comme un dauphin et voir la nuit comme un petit chat. Mais ses compères cobayes ne vivent pas aussi bien leur expérience, et commencent à tomber comme des mouches. Abi avait donc des raisons de s’inquiéter…

[quote_right] »Titan pâlit autant que son acteur principal en comparaison avec ce modèle écrasant qu’est La Mouche. »[/quote_right]Parce qu’il fait le choix de déjouer nos attentes de départ (l’exploration spatiale et la colonisation de Titan sont plus un prétexte qu’un but en soi), Titan est une production lo-fi qui aiguise pendant un temps notre intérêt. Personnage sans aspérité ni réelle profondeur (en cela, Worthington le joue à la perfection), Janssen est une page blanche sur laquelle le scénario d’Arash Amel (Grace de Monaco… urgh) peut peindre les angoisses de sa femme Abi. Voir son mari et le père de son enfant changer peu à peu devant soi, devoir accepter de perdre toute connexion émotionnelle avec lui au nom d’un intérêt plus grand que soi, voilà des questions morales intéressantes à explorer. L’univers visuel déployé par Ruff (un quartier résidentiel ultra-épuré perché sur un flanc rocheux désertique, façon Oblivion sur la terre ferme) sert efficacement ce qui se révèle pourtant être une prévisible histoire de déshumanisation, empruntant une route balisée il y a plus de trente ans par La Mouche. Même mutation corporelle entraînant des symptômes progressifs (Janssen perd sa peau et ses cheveux), même régression dans les sentiments humains… Titan pâlit autant que son acteur principal en comparaison avec ce modèle écrasant, tant le film croule sous les raccourcis narratifs et les incohérences. Le projet de l’irascible docteur Collingwood n’a ainsi aucun sens en terme de méthode et d’organisation. Comment peut-il être financé en étant aussi hasardeux dans son déroulement ? Le dernier acte, qui débute après une « scène de ménage » nocturne glaçante (la meilleure scène du film, puisque découpée selon le point de vue d’Abi), laisse à penser que le programme est un échec, mais si l’on en croit son épilogue, c’est aussi… un succès ? On l’aura compris, à forcer d’esquiver les questionnements qui sous-tendent ce genre de récit, pour lui préférer des rebondissements génériques pauvrement mis en scène, seulement rehaussés par des maquillages et une photo honorables, Titan perd avant la fin de sa course toute énergie ou originalité. Dommage.