Top 10 : c’est lui qu’a copié !

La sortie ce mercredi 4 septembre du nouveau film de Roland Emmerich, White House Down, va laisser une étrange impression de déjà-vu dans l’esprit des spectateurs qui auront en mars dernier pris leur ticket pour voir La chute de la Maison Blanche (traduction littérale de… White House Down, merci les distributeurs français). Du pitch à l’affiche en passant par le ton patriotique et l’action explosive, tout, dans ces deux films, se ressemble, à tel point qu’on peut se demander comment les producteurs ont pu ne pas voir qu’un projet concurrent exploitant le même concept se montait au même moment que le leur. Dans une moindre mesure, les ressemblances entre Oblivion et After Earth (deux hommes, une Terre dévastée, en voiture Simone) s’avèrent elles aussi troublantes, même si moins évidentes– sauf sur l’affiche.

L’histoire n’est pas nouvelle : à Hollywood, et ailleurs, les bonnes idées ne sont jamais perdues pour tout le monde. Lorsqu’un long-métrage sort, son existence même condamne souvent certains projets encore à l’état de scripts à l’oubli, à cause de ressemblances trop frappantes. Voir par exemple le cas d’At the mountains of Madness, adaptation de Lovecraft par Guillermo del Toro sans doute mise en sommeil pour quelques temps suite à la sortie de Prometheus, qui aborde des thèmes et une ambiance très similaires. Dans d’autres cas, ce sont plusieurs films très ressemblants qui sortent sur les écrans en même temps, parfois dans un but purement concurrentiel, parfois par pur hasard, comme dans le cas des deux version pelliculées d’Hercule prévues en 2014. La sélection qui suit se penche sur dix cas, parmi les plus fameux, de « qui c’est qu’a copié ? ».

Robin des bois, prince des voleurs vs Robin des bois (1991)

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Un pitch pour deux : la vie et les exploits de Robin des bois, as du tir à l’arc et défenseur des opprimés dans sa forêt de Sherwood, au XIIe siècle.

En résumé : en 1990, les plus jeunes ne s’en souviennent peut-être pas, Kevin Costner est une mégastar surfant sur le succès surprise de Danse avec les loups et un matelas d’Oscars. Motivé pour enfiler les bottes vertes et le carquois du célèbre héros, l’acteur hésite entre deux scripts avant d’opter pour la version réalisée par son vieil ami/ennemi Kevin Reynolds. « L’autre » Robin des Bois, réalisé par John Irvin, se montera malgré tout avec le beaucoup moins bankable Patrick Bergin dans le rôle-titre, et un budget par conséquent plus modeste. Le film de Costner, associé au tube imparable de Bryan Adams, Everything I do, I do it for you (nominé à l’Oscar de la meilleure chanson) inonde les écrans à l’été 1991, tandis que son concurrent passe lui directement par la case télé câblée. Ouch.

Vainqueur : le film de Kevin Reynolds, évidemment, avec plus de 390 millions de dollars de recettes, un triomphe pour l’époque. Le film de John Irvin est tombé dans l’oubli, mais compte tout de même de nombreux admirateurs, qui lui préfèrent son côté plus réaliste et respectueux de l’Histoire.

Le pic de Dante vs Volcano (1997)

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Un pitch pour deux : boum, quand un volcan fait boum…

En résumé : le milieu des années 90 a été marqué à Hollywood par une imposante vague de films catastrophe, rendus encore plus spectaculaires par l’apparition et le perfectionnement des effets spéciaux numériques. Et quelle catastrophe plus spectaculaire que l’explosion d’un volcan, si possible en pleine ville ? Résultat de cet intense brainstorming : en 1997, Volcano, avec Tommy Lee Jones en vedette, faisait surgir des torrents de lave en plein Los Angeles tandis que Le pic de Dante, avec un Pierce Brosnan fraîchement « Bondé », réduisait une jolie bourgade touristique en amas de cendres. Anecdote amusante, les deux films partageaient les mêmes équipes de cascadeurs et experts en création de lave. De quoi passer une année au chaud…

Vainqueur : sans être devenus des bides, les deux films ont un peu pâti de ce choc des volcans. Au box-office, Le pic de Dante devance d’une soixantaine de millions de dollars son frère de lave, mais le fait est qu’aucun des deux films, qui ont pas mal vieilli, n’a marqué les mémoires.

Deep Impact vs Armageddon (1998)

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Un pitch pour deux : la fin du monde, et donc des USA, approche en même temps qu’une énorme météorite. L’espoir repose, inévitablement entre les mains de la Nasa.

En résumé : dans la même lignée que les deux titres précédents, le choc cinématographique entre le larmoyant Deep Impact, de Mimi Leder et le très neuneu Armageddon, de Michael Bay, a fait souffler un vent apocalyptique sur l’été 1998, les deux blockbusters étant sortis à quelques semaines d’écart seulement. L’idée d’une météorite heurtant la Terre de plein fouet n’était pas nouvelle (le nanar Météore avec Sean Connery était passé par là), mais c’est la première fois qu’elle était décrite avec autant de faste et d’effets spéciaux modernes. Sorti en deuxième position, Armageddon partait malgré tout gagnant grâce à la présence de sa star Bruce Willis et un matraquage musical ahurissant ayant donné envie à n’importe quel être humain de trucider les membres d’Aérosmith.

Vainqueur : Deep Impact comme Armageddon ont affolé les compteurs lors de leur sortie, le public étant manifestement prêt à se coltiner plusieurs fins du monde à la suite sans broncher. Le film de Michael Bay termine toutefois largement devant avec 550 millions de dollars de recettes, preuve sans doute que le pouvoir du rock FM n’a pas de limite.

Mission to Mars vs Planète Rouge (2000)

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Un pitch pour deux : l’humanité cherche à explorer la planète Mars. Une équipe d’astronautes est envoyée sur la planète rouge, sans se douter que l’accueil sur place laisse à désirer.

En résumé : on imagine bien qu’il existe un dicton qui dit « Tout mais pas Mars ! ». Étrange malédiction ou manque de discernement, tous les films se déroulant sur cet astre lointain, de Mars Attacks ! à John Carter, ont été des échecs financiers. Quelle mouche a donc bien pu piquer les producteurs pour se lancer en 2000 dans deux coûteux projets de films de SF, plus (le Mission to Mars de Brian de Palma, basé le saviez-vous sur une attraction d’un parc Disney) ou moins (le Planète Rouge d’Anthony Hoffman) prestigieux ? Au vu des produits finis, pas le script en tout cas, même si la perspective de passer trois mois dans un scaphandre a attiré à l’époque bon nombre d’acteurs prestigieux (Tim Robbins, Gary Sinise, Val Kilmer, Terence Stamp, Don Cheadle, Carrie-Anne Moss…), et que la perspective de voir l’esthète metteur en scène de Carrie s’attaquer au genre s’avérait excitante.

Vainqueur : de loin le plus mauvais film des deux, Planète Rouge s’est crashé avec fracas au box-office, ne remboursant même pas la moitié de son budget. Mission to Mars, sorti le premier sur les écrans, fait à peine mieux au final, cumulant 110 millions de recettes pour un budget quasiment équivalent. On leur avait pourtant dit de ne pas aller sur Mars…

Le monde de Némo vs Gang de requins (2003/2004)

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Un pitch pour deux : un gentil poisson se trouve propulsé dans une rocambolesque aventure qui lui fera notamment rencontrer des requins plus ou moins patibulaires.

En résumé : ce duel de dessins animés opposant les deux géants du secteur que sont Pixar et Dreamworks SKG est sans doute le moins frontal de la liste, les deux films étant sortis à un an d’écart. C’est un exemple pourtant typique de la lutte que se livrèrent autour des années 2000 les deux studios concurrents, marchant chacun sur les plates-bandes de l’autre de manière douteuse. Un film d’animation met après tout plusieurs années à se faire, et voir débarquer la même année un Fourmiz et un 1001 pattes, un Monstres & Cie et un Shrek, ou un Souris City face à un Ratatouille, amène forcément à se poser quelques questions sur les pratiques de chacun. Dans le cas présent, Némo et Gang de requins se différenciaient surtout par leur approche du monde sous-marin : aventure initiatique dans l’un, parodie de film de gangsters avec casting vocal ad hoc dans l’autre.

Vainqueur : à sa sortie en 2004, Gang de requins a cartonné et pas qu’un peu, pêchant 364 millions de dollars dans les porte-monnaie de ses spectateurs. Mais ça n’est rien comparé au raz-de-marée Némo, dont les recettes titillent le milliard de dollars, qui est ressorti récemment en 3D et va bénéficier d’une suite intitulée Finding Dory.

L’illusionniste vs Le Prestige (2006)

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Un pitch pour deux : XIXe siècle, au cœur de la vieille Europe, le milieu des magiciens sert de décor pour des luttes politiques, amoureuses et intestines pleines de coups fourrés.

En résumé : nous en parlions récemment dans notre Top Magie : les qualités de L’illusionniste et du Prestige sont multiples, et il est plus dommage qu’autre chose de les avoir vu s’affronter à quelques mois d’écart dans l’esprit des spectateurs. Respectivement adaptés d’une nouvelle et d’un roman, les deux longs-métrages possèdent une direction artistique splendide, des acteurs charismatiques, et bien sûr, des tours de magie élaborés aussi incroyables que tordus. Le Prestige, réalisé entre deux Batman par Christopher Nolan, partait toutefois avec un net avantage grâce à la présence sur une même affiche du justicier masqué lui-même, Christian Bale, et de Hugh « Wolverine » Jackman, tous deux loin des rôles qui ont fait leur succès.

Vainqueur : difficile à dire, même si les chiffres bruts donnent Le Prestige gagnant. Le film de Nolan est resté dans les mémoires pour la grandeur tortueuse de son scénario, truffé de twists cruels et de fausses pistes. La dimension romanesque du film de Neil Burger, plus ancré dans l’Histoire mais aussi plus prévisible, participe de son charme, et permet d’oublier la prestation crispante de Jessica Biel, moins à son aise dans cette époque que Scarlet Johannsson.

Sex Friends vs Sexe entre amis (2011)

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Un pitch pour deux : coucher avec son pote / son amie sans complexe, c’est cool, mais gare à l’amour…

En résumé : c’est inévitable : à force de tabler sur les mêmes recettes éprouvées, la comédie romantique ne pouvait que dédoubler l’un de ses « concepts », à savoir une histoire d’amour entre deux célibataires sexy mais amis, qui décident de s’envoyer en l’air sans s’engager pour autant dans une relation. Jusqu’à ce que, spoiler alert, ils finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. D’un côté, on retrouve donc dans Sex Friends la mimi Natalie Portman et l’éternel ahuri de ces dames Ashton Kutcher, tandis que Sexe entre amis fait s’accoupler sans ménagement les métrosexués Justin Timberlake et Mila Kunis. Soit deux comédies romantiques opposant comme par hasard les deux cygnes de Black Swan. Ouuuh, alors ça c’est ÉTRANGE.

Vainqueur : les happy end ont apparemment la vie dure dans le genre, puisque les deux films ont réalisé le même score au box-office (150 millions de dollars, quand même) et remporté un beau succès en France, aidés sans doute par les distributeurs qui ont comme d’habitude accolé le mot « sexe » (absent en VO) dans les deux titres. Bien joué, les marketeux.

La guerre des boutons vs La nouvelle guerre des boutons (2011)

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Un pitch pour deux : cette rentrée, comme les précédentes, c’est la guerre entre les enfants de Velrans et Longeverne. Sus aux boutons !

En résumé : alors que le petit milieu du cinéma français aime souvent gloser sur la manie qu’a Hollywood de remaker ou multiplier inutilement ses films à gros budget, nous avons réussi en septembre 2011 l’exploit de sortir deux remakes/adaptations de la même histoire, à une semaine d’écart (record battu !) pour coïncider avec la rentrée des classes, un parterre de stars interchangeables pour attirer le chaland, et un seul mot (« nouvelle ») pour les différencier, malgré le fait que La nouvelle guerre des boutons soit une adaptation libre du roman se déroulant pendant l’Occupation. Une véritable aberration industrielle, due au fait que l’œuvre de Pergaud venait de tomber dans le domaine public. Allez, tous ensemble : on est les champions, on est les champions…

Vainqueur : la guerre des Guerre a-t-elle profité à un camp plus qu’à l’autre ? Au final, pas du tout, le remake de Yann Samuell ayant juste cumulé 100 000 entrées de moins que la libre adaptation de Christophe Barratier. Avec 1,5 million de spectateurs environ chacun et des budgets de tournage élevés, il est par contre clair qu’aucun des deux films n’est devenu le triomphe espéré par ses producteurs. Hé oui, à force de tirer sur la bretelle…

Blanche-Neige vs Blanche-Neige et le chasseur (2012)

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Un pitch pour deux : l’histoire de Blanche-Neige, ses sept nains et sa lutte pour reconquérir son trône, avec ou sans prince charmant.

En résumé : ce n’est plus un mystère depuis la sortie du Alice au pays des merveilles de Tim Burton : Hollywood raffole des contes de fées, et des histoires connues de tous que n’importe quel scénariste malin peut remanier à sa sauce. On aurait pu avoir droit à deux versions de Cendrillon, mais à la place, c’est Blanche-Neige qui a bénéficié d’un double lifting, d’abord sous l’angle comique et rococo avec le Blanche-Neige de Tarsem Singh, puis sous l’angle dark fantasy guerrière avec le Blanche-Neige et le chasseur de Rupert Sanders. Dans un cas comme dans l’autre, l’originalité n’était malgré tout la qualité première du film, même si la version de Sanders possédait curieusement un nain de plus et un Avengers dans ses rangs. Il faut bien ça pour compenser le non-jeu de Kristen Stewart…

Vainqueur : fort de son budget maousse et de critiques (un peu) plus positives, Blanche-Neige et le chasseur s’est imposé dans les grandes largeurs dans les salles, même en étant sorti après le film de Tarsem, qui a malgré tout engrangé quelques beaux et immaculés dollars. Moralité de ce duel de princesses : faites la guerre, pas l’amour.

La chute de la Maison Blanche vs White House Down (2013)

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Un pitch pour deux : la Maison Blanche est attaquée ! Heureusement pour le Président, un héros musclé et débrouillard parvient à échapper aux envahisseurs…

En résumé : exemple parfait d’une gémellité artistique qui engendre la confusion, le binôme La Chute de la Maison Blanche / White House Down remet de manière particulièrement bourrine sur le devant de la scène l’école du sous-Die Hard, les deux actioners semblant tout droits sortis des années 90, jusque dans les SFX approximatifs et les clichés xénophobes. En lieu et place de Steven Seagal, ce sont donc respectivement l’Australien Gerard Butler (300) et le poster boy Channing Tatum qui jouent les McClane de dernière minute, tentant de remettre un peu d’ordre dans la West Wing à grand renfort de bazooka et de balles dans le crâne. Rayon déploiement de force, le Roland Emmerich fait toutefois figure de poids lourd par rapport au film, très série B dans l’esprit, d’Antoine Fuqua.

Vainqueur : très clairement, le pari de Millenium Films, la société génitrice des Expendables, de concurrencer une major sur son terrain (en l’occurrence Sony) a porté ses fruits : sorti au printemps, La chute de la Maison Blanche a plus séduit que la grosse machine d’Emmerich, qui a pâti de l’énorme ressemblance entre les deux films. Échec patent, White House Down a engrangé vingt millions de dollars de moins que son concurrent, alors qu’il a coûté deux fois plus cher.

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