Top 10 : les meilleurs rôles de Colin Farrell

par | 19 août 2011

D’Intermission à Ondine en passant par Bon Baisers de Bruges et Le Nouveau Monde, découvrez notre top 10 des meilleurs films de l’acteur irlandais.

Certains vont peut-être grincer des dents, mais naître avec une belle gueule, c’est pas toujours facile. Quand on est un beau brun irlandais à la mèche savamment tombante, qu’on a l’alcool houleux et une réputation de bad boy, il faut redoubler d’efforts pour ne pas ressembler à un glandeur un peu simplet, à l’équivalent masculin d’une pom pom girl en train de faire du calcul mental. Et lorsqu’on choisit en plus d’être acteur, il faut avoir du flair et le goût du risque pour se démarquer, pour ne pas tomber dans l’oubli. Colin Farrell aurait pu être le nouveau William Baldwin, le frère caché de Sean Patrick Flanery ou le remplaçant officiel de Jim Caviezel. Il l’a été, ou a failli le devenir, suivant les points de vue.

Révélé par Tim Roth dans The War Zone, puis en bidasse rebelle dans Tigerland, consacré grâce à deux rôles de prestige (Minority Report et Mission Evasion), Farrell aurait dû malgré tout changer d’agent après cet enchaînement de succès. Car pendant un temps, sa carrière a ressemblé à celle d’une star de vidéo-club : de polars de bas étage (Phone GameLa recrue) en films d’actions foireux (SWATDaredevil), sa filmo a commencé à sentir le sapin. Éclair de lucidité, remise en cause : à partir de 2004, Farrell à pris un virage « à la Brad Pitt », démontrant tout son talent de comédien sanguin et instinctif auprès de réalisateurs comme Oliver Stone, Woody Allen ou Terrence Malick.

Désormais considéré comme une star à part entière (magnétique, charismatique, mais aussi talentueuse et portant des projets originaux), Farrell peut tout se permettre. Il se tourne en ridicule dans Comment tuer son boss, surfe sur le succès de True Blood en jouant dans le remake de Vampire, vous avez dit vampire ?, et se risque même à endosser un rôle culte du Governator, dans l’attendu (et redouté) Total Recall. Et le pire, c’est qu’il n’a que 35 ans. Ça méritait bien un petit top 10, non ?

10. Intermission

Farrell n’est que l’une des « pièces » de ce film choral à la Altman, que l’on présente souvent comme le Trainspotting irlandais, alors qu’il ne s’agit, malgré son méli-mélo de personnages se croisant dans Dublin, que d’une comédie noire plus maligne que la moyenne. Dans le rôle d’une petite frappe qui ne se prive pas de taper les filles, Farrell a droit à la meilleure scène du lot (la première) et insuffle pas mal de folie à ce film faussement amoral. La preuve, John Crowley a enchaîné quelques années plus tard avec l’édifiant Boy A.

09. Le prix de la loyauté

Des histoires de flics ripous et de familles de flics ruinées par la corruption, il y a en a des tonnes dans le polar américain. Le prix de la loyauté a ce défaut d’arriver après qu’une tonne de classiques lui ait déjà pavé la voie, notamment ceux réalisés parSidney Lumet. Même La Nuit nous appartient, auquel il fait beaucoup penser, est passé avant. Le film tire sa force de sa photo quasi-monochromatique, et surtout de ses acteurs, tous impeccables dans des rôles pourtant attendus. Farrell hérite par exemple de celui du beau-frère tête brûlée, flic autant que caïd qui finit par s’opposer à l’enquêteur intègre que joue Edward Norton. Un rôle taillé pour lui, entre détermination et désespoir.

08. Crazy Heart

Farrell fait plus que dire bonjour dans le rôle non crédité du chanteur Tommy Sweet, ancien « élève » de la star country Bad Blake jouée par Jeff Bridges, et qui avec le temps est devenue une véritable star du genre, alors que son mentor tombe dans l’oubli. En lieu et place du personnage opportuniste et condescendant que l’on aurait pu attendre, Sweet se révèle être, comme chacun des personnages de Crazy Heart, un véritable soutien pour Blake. Le bœuf musical qu’ils partagent lors d’un concert de Sweet est à l’image du film : modeste, sincère, un poil calculé mais attachant.

07. Minority Report

S’il est un jeune premier prometteur à la fin des années 90, Colin Farrell change radicalement de dimension lorsqu’il a la chance de passer devant la caméra de Spielberg. Némésis de Tom Cruise dans ce chef d’œuvre désaturé de science-fiction, Farrell crève l’écran, alors qu’il hérite tout de même du personnage ingrat de l’officier aux trousses du héros (un faux coupable, rôle favori de Cruisounet) qui se fait pigeonner par sa hiérarchie. Constamment sur la brèche, le souffle court, plus motivé que jamais, Farrell personnifie très efficacement le danger qui pèse sur John Anderson. Sa disparition en cours de film est l’occasion d’une scène d’anthologie, qui fait basculer l’intrigue de la confrontation spectaculaire à l’enquête tortueuse et dickienne.

06. Miami Vice

Des années après sa sortie (en version cinéma, d’abord, puis en director’s cut), Miami Vice reste toujours aussi insaisissable. Créateur du show, Michael Mann profite vingt ans plus tard de l’engouement des studios pour transformer des classiques du petit écran en nouvelles franchises. Mais Mann est un malin : le producteur avisé et avant-gardiste est devenu un réalisateur de premier plan, et Miami Vice ne ressemble en rien à un blockbuster ensoleillé et facile d’accès. Frère jumeau de Collateral (on y retrouve Jamie Foxx, les fusillades glaçantes, les rues désertiques, la nuit californienne magnifiée par les caméra Viper), Miami Vice partage sa sécheresse émotionnelle, sa violence sèche, sa liberté de ton et ses digressions inattendues. Avec sa coupe mulet et sa fabuleuse moustache, Farrell attire tout de suite l’attention, et compose un Sonny Crockett bien loin de la frime enjôleuse de Don Johnson : torturé, inquiet, il ne relâche les mâchoires qu’à l’occasion de sa romance avec Gong Li. Le film, lui, est sensible, aérien, secoué de pulsations émotionnelles aussi essentielles qu’inimitables.

05. Le nouveau monde

Après le désastre financier et artistique qu’a constitué Alexandre, Colin Farrell a rebondi de manière assez spectaculaire en tenant le rôle principal du film de Terrence Malick, cinéaste culte grâce à un hat-trick étalé sur trente ans, mais en passe de devenir un gentil poseur gaga-new-age. Le Nouveau Monde étonne et époustoufle (ça se dit ?) encore, mais on sent déjà poindre, spécialement après l’apparition de Christian Bale, cet abandon total dans la contemplation animiste qui finirait presque par faire passer le film pour une partouze entre Sofia Coppola et Yann Arthus-Bertrand. En John Smith rencontrant sa Pocahontas, Farrell et sa fébrilité naturelle sont parfaits pour illustrer cette romance mystique qui unit de manière prémonitoire deux continents. Dommage que Malick ne juge pas bon de s’en tenir là.

04. Ondine

Sans doute l’opus du Colin qui plaira le plus à ses fans, puisqu’il tient, enfin, le rôle d’un pêcheur, irlandais et bagarreur de surcroît. Autant dire que le personnage a dû être écrit sur mesure pour lui. Farrell tient donc la barre de ce film signé Neil Jordan, à mi-chemin entre le conte de fées et la chronique sociale. On aurait préféré que Jordan y aille à fond dans le côté merveilleux, chaleureux et aussi décalé (les rencontres entre Syracuse et son prêtre joué par Stephen Rea sont savoureuses), plutôt que de nous proposer une conclusion terre-à-terre, où le mythe de la sirène, ou plutôt de l’Ondine, en prend un coup. Pas rancunier, Farrell a épousé sa naïade (Alicja Bachleda) après le tournage. Le happy end ultime, quoi !

03. Les chemins de la liberté

Dans cette histoire à peine (et j’insiste sur le « à peine ») croyable de détenus s’échappant en 1941 d’un goulag sibérien pour parcourir 6 000 km à pied jusqu’en Inde, Farrell joue une fois de plus le rôle de l’électron libre, Valka, un criminel de la pire espèce mais cabotin et patriote, dont le mutisme et la violence latente lui vont comme un gant (en plus de lui permettre de tester un accent russe pas piqué des vers). Le film de Peter Weir, lui, est une fois de plus un magnifique voyage où la Nature ne fait qu’un avec des hommes ramenés à leur condition de créatures fragiles et indécises, en quête de liberté autant que de spiritualité.

02. Tigerland

Peut-être pas son meilleur rôle, mais celui qui restera comme la révélation d’un tempérament, d’une gueule et d’un relâchement dans le jeu d’acteur (qu’on appelle aussi la coolitude) qui rappelait volontiers Steve McQueen ou Mickey Rourke jeune. Ce film de troufions à l’ancienne, qui parle de la guerre sans jamais la montrer – normal, on est dans un camp d’entraînement à l’aube du Vietnam -, offre en effet à Farrell un rôle en or : celui de la grande gueule rebelle à l’autorité qui va semer la confusion en acceptant toutes les brimades possibles pour faire entendre sa position, façon Luke la main froide ou tout autre film de zonzon. Loin d’être subtil, mais très attachant, Tigerland peut dire merci à sa jeune vedette, qui a permis un temps à Joel Schumacher d’être crédible à nouveau (on parle ici d’un mec qui venait de signer Batman & Robin ET Personne n’est parfaite).

01. Bons baisers de Bruges

Pour un premier film, c’est un petit coup de maître : star du théâtre mais encore inexpérimenté au cinéma, l’auteur et metteur en scène Martin McDonagh a signé avec Bons baisers de Bruges un petit bijou d’humour noir, typique d’un certain « non-sens » britannique rendu quelque peu agressif avec les années : c’est donc plus des « fouckin’ Bruges » que l’on entend que du « Dear lord ! ». Deux tueurs à gages british débarquent à Bruges en attente d’instruction : l’un d’eux est Ray, un type simple(t) un peu bourrin, à moitié xénophobe mais au fond pas méchant. Tout le contraire de son boss (Ralph Fiennes, génial cabotin). Farrell donne à ce personnage hilarant mais aussi poignant une innocence enfantine teintée d’une méchante vulgarité, tout en jouant les séducteurs cabotins et le parfait « prick » sorti de son pub cockney avec le minimum de culture requis. Bref, un panorama parfait de ses capacités d’acteur, jamais exploitées auparavant avec autant de réussite.