Top 10 : les meilleurs DTV de 2016

Comme le veut la tradition depuis les débuts du site, le changement d’année est l’occasion de faire le point sur les meilleurs films ayant connu une sortie DTV, directement en vidéo en 2016. Que vous les ayez croisés en VOD ou en magasin, les titres ci-dessous ont tous connu une exploitation française discrète – sauf, dans certains cas, ceux qui avaient le droit de passer par la case « e-Cinéma », plus médiatisée. La démocratisation accélérée ces derniers mois de la vidéo à la demande permet à de plus en plus de distributeurs et d’éditeurs de privilégier ce mode de diffusion, que l’on sait moins glorieux, certes, mais aussi moins risqué.

Avec plus de 700 longs-métrages sortis sur grand écran ces douze derniers mois, il est clair que l’embouteillage aurait peut-être été synonyme pour ces titres de bide carabiné. Cela ne nous empêche pas de crier régulièrement à l’injustice, nous qui avons, pour beaucoup des films sélectionnés aujourd’hui, la chance de les découvrir en salles et en festival lors de projections uniques.

Petite précision sur le classement établi ci-dessous : cette année encore, nous avons décidé de ne pas inclure des titres sortis exclusivement en SVOD, principalement sur Netflix. The Invitation ou Mi Gran Noche auraient eu leur place ici, mais à la place, nous vous parlerons de ces titres dans un dossier spécial ces prochains jours.

Des ovnis, des uppercuts, du grand spectacle, de la série B modeste ou du drame sans pitié : comme toujours dans le grand monde du DTV, il y en a pour tous les goûts, tous les univers. Découvrez notre sélection 2016 !


10. Final Hours / Hidden

Nous démarrons ce top avec deux films abordant sous un angle original le genre surfréquenté du post-apocalyptique. Dans l’Australien Final Hours de Zac Hilditch, pas d’impératrice au bras mécanique ni de route furieuse, mais une météorite heurtant la Terre, qui signale la fin de l’humanité, et de l’Océanie, qui sera touchée en dernier. Durant ces dernières heures, la société part en lambeaux, et un homme tourmenté, James, tente de rallier une ultime orgie de débauche avant de tomber sur une jeune fille en détresse, Zoé. Leur odyssée est déstabilisante, languissante, parfois attendue, mais se clôt avec force sur un ton mi-apaisé, mi-dépressif. L’Américain Hidden, lui, joue la carte du huis-clos à base de famille nucléaire : une petite famille protégée par Alexander Skarsgard, terrée dans un souterrain à l’abri des mutants qui ont envahi la surface. Anxiogène, parfois terrifiant, doté d’un twist malin digne de Rod Serling, ce petit inédit qui ne paie pas de mine est une excellente surprise à découvrir lumières éteintes.

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9. The 33

Sorti uniquement (et très discrètement) en VOD, The 33 est l’inévitable production américano-chilienne qui immortalise au cinéma le calvaire très médiatisé des 33 mineurs chiliens, qui avaient survécu à 70 jours d’enfermement sous terre en 2010. Gros budget, stars internationales (Antonio Banderas, Gabriel Byrne, Lou Diamond Philips, Rodrigo Santoro et même Juliette Binoche), tout est réuni dans The 33 pour retracer dans les détails les coulisses de cette surréaliste opération de sauvetage, qui provoqua une onde de choc internationale. Le film glisse un peu sur les aspects les plus sombres et dépressifs d’une telle histoire, mais la reconstitution est spectaculaire, la photo inspirée, et le côté volontairement optimiste de l’ensemble fait souvent mouche. L’apparition au cours du générique des véritables survivants, qui permet de savoir ce que chacun d’entre eux est devenu, rend The 33 encore plus attachant et nécessaire.


8. R100

Avis aux amateurs d’OVNI, aux vrais de vrais : R100, sortit en fin d’année en pack avec le magazine Mad Movies, constitue une sortie inespérée pour les fans d’Hitoshi Matsumoto. Acteur/réalisateur fantasque et inclassable, Matsumoto est un peu le cousin dadaïste éloigné de Quentin Dupieux, un type qui n’a pas peur de prendre des concepts invraisemblables (ici, un papa employé de bureau s’inscrivant à un club SM, qui va l’humilier régulièrement en public et sans prévenir) et de les pousser dans leurs derniers retranchements. Quitte à provoquer l’incompréhension, à faire naître un discret malaise, ou bien à déclencher des rires salvateurs. Comme dans Symbol ou Zaya Samurai, ce surréalisme déchaîné cache malgré tout un discours acéré sur les névroses très actuelles de la société nippone, et le besoin maladif de certains de se réfugier dans la fiction pour soulager leurs trop lourdes peines.


7. L’Amiral

Il ne fait pas bon être un film d’aventure sortant directement en vidéo, en France ! Après l’injustice que constituait la sortie, uniquement en DVD et sans bonus, du magnifique Kon-Tiki, c’est cette fois au tour d’une autre œuvre pleine de péripéties aquatiques d’être cantonné à ce format (et qui plus est dans une version tronquée de 20 minutes pour l’international) ! Succès pharaonique en Corée du Sud, car consacré aux exploits d’un véritable héros national, L’Amiral dépeint avec un luxe de moyens visible une bataille rentrée dans l’Histoire entre les armadas coréennes et nippones au XVIe siècle. Un affrontement inégal au cours duquel l’amiral Yi Sun-sin (joué par la star Choi Min-sik), fin stratège, se distingua par l’emploi de techniques audacieuses qui lui permirent de triompher de l’adversaire, contre toute attente. Grand spectacle généreux et mélodramatique, L’Amiral ne fait certes pas dans la dentelle, mais saura impressionner entre autres les fervents admirateurs de Master and Commander, et les amateurs de touché-coulé médiéval !

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6. Bone Tomahawk

À voir le nombre de classements de fin d’année mentionnant avec entrain Bone Tomahawk, il apparaît que beaucoup regrettent la distribution directement dans notre salon du dernier Grand Prix de Gérardmer en date. Western aride et dantesque situé au carrefour peu fréquenté entre les veines désenchantées (de La prisonnière du désert au méconnu Les disparues de Ron Howard) et horrifiques (on pense beaucoup à Vorace) du genre, Bone Tomahawk envoie dans le désert Texan quatre hommes braves et complémentaires, à la recherche d’une femme kidnappée par une tribu cannibale. Le rythme indolent du film, qui dépasse les deux heures, peut étonner, et rebuter si l’on considère que le long-métrage de Craig Zahler n’est guère remarquable visuellement, et s’égare un peu en route. Mais le cinéaste est un très bon dialoguiste et directeur d’acteurs (de Kurt Russell et sa moustache à Matthew Fox, ils sont tous à leur meilleur), et le mélange des genres qui s’opère spectaculairement en fin de parcours, donne une ampleur insoupçonnée à ce périple gore et sentencieux, complément idéal et sauvage aux Huit Salopards de Tarantino.

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5. L’Oracle

Gros succès en 2013 dans son pays natal, l’Allemagne, L’Oracle est une superproduction américano-européenne qui aurait gagné à étaler ses paysages écossais et marocains sur un écran large. Qu’importe, le film est visible depuis janvier chez nous et captivera les férus d’Histoire : adaptant le best-seller Le médecin d’Ispahan, L’Oracle nous plonge dans l’Europe du Moyen-Âge et la vie de Rob (Tom Payne), un apprenti médecin venu d’Angleterre. Celui-ci veut suivre les enseignements d’Avicenne (Ben Kingsley), qui exerce ses talents précurseurs en matière d’anatomie dans un royaume situé aux confins de l’Orient. De l’exotisme, il y en a à foison dans cette aventure à l’ancienne, où la richesse de la direction artistique le dispute à la fougue des personnages, parmi lesquels un sultan incarné par… Olivier Martinez ! Mais la description des tumultes politiques, religieux, scientifiques et philosophiques de cette période vaut aussi son pesant d’or : L’Oracle nous éduque autant qu’il nous dépayse, et c’est un plaisir rare !

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4. Made in France

C’est l’histoire d’un film difficile à vendre et à tourner, puis d’un long-métrage compliqué à distribuer, et finalement interdit de salle dans son propre pays pour des raisons aussi évidentes que tragiques. Made in France, c’est l’histoire d’un débat qui n’aura pas eu lieu, malgré des qualités évidentes du film de Nicolas Boukhrief. Le réalisateur du Convoyeur s’est éloigné des débats stériles et des leçons de morale condescendantes, pour aborder le sujet du terrorisme islamiste par la bande, en signant un pur film d’infiltré. À travers l’histoire d’un journaliste noyautant une cellule de fanatiques invisibles aux yeux de la société et préparant un attentat dans la capitale, Boukhrief bâtit un suspense efficace et plausible, certes, mais en dit aussi beaucoup sur la psychologie de kamikazes « modernes » qui cherchent dans une cause qui parfois ne les concerne même pas (certains ne parlent pas l’Arabe, d’autres sont Bretons et baptisés) une raison de vivre et de mourir, un « fantasme morbide » selon ses termes. Parce qu’il donne à voir une réalité difficile et décrypte notre époque incertaine sans la caricaturer, Made in France reste une œuvre nécessaire.

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3. Cop Car

Il y aurait eu matière à promouvoir l’excellent Cop Car avec tous les égards qu’il méritait. Malgré sa sélection à Beaune, la présence d’un Kevin Bacon des grands jours à l’affiche, et un réalisateur propulsé du jour au lendemain dans la A-list de Hollywood (Jon Watts est le réalisateur du prochain Spider-Man), Cop Car est sorti directement en VOD et DVD (pas de Blu-Ray). Série B singulière et enthousiasmante, ce film nourri aux grands espaces du sud des États-Unis, ceux-là mêmes qu’affectionnent les frères Coen, fait se télescoper en 90 minutes bien tassées deux gamins revêches et inconscients, échappés d’une nouvelle de Stephen King, et un shérif ripou, incarné par un Kevin Bacon divinement moustachu, lancé à leur poursuite. Il faut dire que les deux garçons, à peine 12 ans chacun, ont volé sa voiture de police, et le contenu encombrant du coffre avec… Shooté avec inspiration et un sens du cadrage donnant plus d’épaisseur encore à un très bon script allant directement à l’essentiel, Cop Car confronte l’innocence de l’enfance aux univers impitoyables des hommes adultes. C’est l’insouciance contre la veulerie, l’amitié contre l’avidité, et il y a dans cette course-poursuite à ciel ouvert quelque chose d’absurde et de contemporain que Watts capte parfaitement. Un grand petit film.

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2. La trilogie Kenshin le vagabond

Si vous êtes un fidèle lecteur de BTW, sachez-le : c’est la dernière fois sans doute que nous vous embêtons avec cette fameuse trilogie Kenshin le vagabond, qui mérite pourtant, une fois de plus, toute votre attention ! Certes, il faut apprécier un tant soit peu l’univers bariolé et excentrique des films de sabre japonais, mais dans le genre adaptation de manga, la saga de Keishi Otomo fait désormais autorité. La distribution inespérée des trois films en France permet de déguster en HD cette série d’aventures à grand spectacle au cœur du Japon du XIXe siècle. Le héros, Kenshin, est un ancien assassin scarifié et plein de remords, qui jure de ne plus tuer malgré le nombre effarant d’ennemis qui souhaite sa mort. La saga atteint son pinacle dans le frénétique deuxième opus, Kyoto Inferno, mais vraiment, les trois longs-métrages planent gentiment au-dessus de la masse des films du genre, tant dans la chorégraphie des scènes d’action que la richesse de la direction artistique.

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1. 99 Homes

Top 10 : les meilleurs DTV de 2016

Sorti au printemps exclusivement en-Cinéma, 99 Homes est à la fois une injustice et une révélation. Gratifié du Grand Prix à Deauville, 99 Homes s’est retrouvé à juste titre couvert de lauriers : la description secouante des conséquences de la crise des subprimes de 2008 est au cœur du film de Ramin Bahrani. Située en Floride, l’action oppose un prolétaire au pied du mur (Andrew Garfield) à un monstre d’amoralité chargé de saisir des maisons et d’expulser leurs occupants (Michael Shannon, glaçant). 99 Homes c’est l’envers du décor du rêve américain, celui où les honnêtes travailleurs sont cloués au sol par des loups plus accros qu’eux à ce rêve, et qui ont perdu toute forme d’empathie. Dans l’Amérique de Trump, la démonstration de force de Bahrani, quoique simplificatrice, est d’une évidence qui noue l’estomac, et ce dès les premières minutes du film. Incontestablement, l’un des meilleurs films de l’année, même si vous ne l’auriez pas vu ailleurs que dans votre canapé !

Lire la critique de 99 Holmes


Mention : The Wolfpack

Un petit mot pour finir pour le documentaire The Wolfpack, qui malgré ses qualités techniques limitées, nous a permis de faire la connaissance d’une bande de personnages aussi marquants que bien réels : les frères Angulo. Ou quand l’enfermement et l’éducation par la fiction débouchent sur une success story improbable et attachante.

Lire la critique de Wolfpack


Du côté des pires inédits vidéo, la liste aurait pu être longue, mais voici la crème de la crème de ce que pouviez éviter en 2016 : des désastres pelliculés qui n’ont pas de frontière, et ne nous ont pas fait de cadeau !

10. La Prophétie de l’anneau

9. Jeruzalem

8. Pay the Ghost

7. Sweet Home

6. Iceman

5. Cell Phone

4. 600 Miles

3. Panic Home

2. Pandemic

1. John Travolta, pour son œuvre en 2016 : Criminal Activities, The Revenge, L’Affaire Monet et (surtout) Life on the Line


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