Top 10 DTV : les meilleurs inédits vidéo de 2014

par | 12 janvier 2015

Étonnants, parfois passionnants, méconnus car privés de sortie salles, les DTV de 2014 méritaient bien un top 10 : de Hours à Byzantium, découvrez notre sélection !

La disparition désormais quasi-totale des vidéo-clubs physiques et la stagnation avérée du marché du DVD et (surtout) du Blu-ray n’empêche toujours pas les éditeurs, hommage leur soit rendu, de multiplier les sorties cinéma en vidéo. Certes, il est possible de regretter le destin confidentiel de nombreux titres venant chaque mois garnir le fonds de catalogue d’un portail de vidéo à la demande, ou une tête de gondole de la Fnac. MoonBlack Death ou encore Citadel l’an dernier : autant de longs-métrages, souvent des films de genre, qui auraient mérité un grand écran et une campagne de promotion pour rencontrer leur public. La rotation incroyable des sorties cinéma rend ce principe d’égalité des chances caduque, et nous impose d’être au moins heureux d’une chose : que ces films sortent sur le territoire français légalement !

2014 n’a, à notre goût, pas été aussi prolixe en DTV incontournables que les années précédentes. Il faut de plus en plus fouiner, jouer les explorateurs sur tous les supports possibles, pour parfois tomber sur une perle rare. Les festivals sont également, de plus en plus, des prescripteurs de premier choix pour jeter un peu de lumière sur des bandes obscures. À deux exceptions près, tous les films cités ci-dessous ont d’ailleurs bénéficié d’une sélectionen France avant d’atterrir dans les bacs.

Du film de braquage à la science-fiction, de l’horreur sociale au polar british, il y en a, comme c’est la règle, pour tous les goûts. Trêve de suspense, voici nos 10 (ou 11, au final) chouchous de l’année écoulée. Enjoy !

10. Hours / Monster Boy

Aucun rapport en apparence entre l’américain Hours, officiellement le dernier film bouclé par Paul Walker avant son décès sur le tournage de Fast & Furious 7, et le polar coréen Monster Boy, qui marque le retour derrière la caméra du réalisateur de Save the green planet. Les deux films, qui tirent leur force de deux idées de départ originales, ont toutefois ceci de commun qu’ils parlent de paternité contrariée : le jeune papa soudainement veuf de Hours est poussé à embrasser son rôle par les événements, tandis que le jeune tueur de Monster Boy doit composer avec l’héritage encombrant de ses cinq pères adoptifs. Et dans les deux cas, le traitement choisi est celui de la série B nerveuse et pleine de rebondissements !

9. Les Braqueurs

Nous l’avions résumé par une formule, et le pitch des Braqueurs revient effectivement à cela : il s’agit ni plus ni moins d’une version sud-coréenne d’Ocean’s Eleven, à ceci près qu’à la frime et à la légèreté de l’original s’ajoute ici une grosse louche d’action rugueuse. Impossible de défriser ici le suspense courant tout au long de ce divertissement luxueux, mais attendez-vous à quelques morceaux de bravoure dignes de Tsui Hark, qui s’imbriquent étonnamment bien dans un récit classique, et typique de ce sous-genre frivole et enivrant à la fois.

8. Last Hitman (The Liability)

Souffrant d’un changement de nom quelque peu impromptu (Last Hitman, 24 heures en enfer ? Vraiment ?), le très british The Liability est malgré tout enfin sorti en France en 2014. Savant mélange de dialogue tarantinesques, d’humour noir façon Bons baisers de Bruges et d’une direction photo envoûtante qui rappelle les frères Coen, le film met en scène un tueur à gages au bord de la retraite (Tim Roth, 30 ans après The Hit) et son apprenti gaffeur (la nouvelle star Jack O’Connell, à l’affiche d’Invincible et de ’71). Une véritable pépite tragi-comique à déguster d’urgence.

7. Drug War

Il y a quelques années, alors qu’il était dans une sorte « d’instant de grâce cannois », la sortie d’un nouveau Johnnie To aurait eu lieu sur grand écran. Signe des temps, alors que les grands auteurs asiatiques intéressent de moins en moins les distributeurs, l’excellent Drug War est sorti en catimini au printemps. Plus sèche, plus sanguinolente, plus politisée que les précédents polars de To, cette chasse aux dealers éprouvante qui rappelle parfois les poliziottesco italiens nous offre en particulier un personnage de balance amorale de haute volée, incarné par un Louis Koo transfiguré.

6. Cheap Thrills

Avertissement aux plus sensibles : avec Cheap Thrills, le réalisateur E.L. Katz, avec peu de moyens et encore moins de compromis, dégoupille une véritable grenade morale, qui a notamment explosé aux yeux d’un public effaré au PIFFF 2013. Cette cruelle étude de mœurs autopsiant la descente aux enfers d’une société où l’argent (ou son absence) amène à pulvériser toute limite morale, sans pitié pour des valeurs comme l’amitié, la décence ou la santé la plus élémentaire, est basiquement une version extrême d’un « t’es pas cap’ », sans échappatoire. Une rude, mais incroyable expérience.

5. Veronica Mars

Avec la résurrection de sa série Veronica Mars, achevée en 2007 sur grand écran (en tout cas aux USA), Rob Thomas démontre deux choses. Non seulement, il reste possible de réunir un casting d’acteurs motivés même si passés depuis longtemps à autre chose (Kristen Bell toujours impeccable, comme les autres), d’écrire un scénario inventif et percutant à la fois, tout en parvenant à recréer une atmosphère chère au cœur des fans. Mais le projet démontre aussi que le financement participatif sous la forme d’une plate-forme de crowdfunding peut se révéler plus que judicieux. Une nostalgique, mais délicieuse recette, qui fonctionne à la perfection à condition d’opter, comme pour la série, pour la version originale.

4. Odd Thomas

Voilà une rafraîchissante incursion dans la série B fantastique pour Stephen Sommers, à l’origine de La Momie et de Van Helsing. Cette adaptation littéraire s’avère particulièrement bien menée, malgré son manque de moyens. Le film retrace le parcours (ou le début de parcours pour cette saga de sept romans) d’un jeune médium, joué par Anton Yelchin (Star Trek) aux prises avec d’étranges spectres qui communiquent avec lui et sèment la terreur et la destruction. Horreur, action, tragédie et humour se mêlent à rythme effréné dans ce film charmant à bien des égards.

3. Prédestination

Petits spécialistes du fantastique bricolé amoureusement dans leur coin, en Australie, les frères Spierig explorent, après le film de vampires (Daybreakers), le voyage dans le temps en compagnie d’Ethan Hawke, dans ce Prédestination sorti à la sauvette avant Noël. Adaptation bavarde, mais passionnante d’un récit de Robert Heinlein, ce film en apparence modeste nous prépare pendant une première partie en forme de flash-back à un récit aux intrications vertigineuses et casse-gueule. Le côté épuré et très lo-fi de l’ensemble achève de rendre ce film passé sous le radar incontournable.

2. Byzantium

Vous êtes fatigués des Twilight ? Comme on vous comprend. Neil Jordan aussi, et c’est en patron que le réalisateur d’Entretien avec un vampire est revenu au genre, avec son pendant féministe et tout aussi romanesque : Byzantium. Lui aussi intéressé par le jeu entre les époques, et la guerre symbolique entre les sexes, ce beau film vampirique a ses défauts, mais sa puissance narrative et le charisme brûlant de son duo d’actrices principales suffit à en faire une œuvre à part, bien plus charnelle et incarnée que la plupart des exemples récents du genre.

1. John dies at the end

Tellement rare ces dernières années qu’on le pensait parti en retraite, l’américain Don Coscarelli, l’esprit excentrique derrière la saga Phantasm et Bubba Ho-Tep, ne pouvait offrir de meilleures nouvelles que ce foutraque et furieusement artisanal John dies at the end, notre choix pour cette première place du meilleur inédit vidéo. Cette adaptation d’un e-roman foisonnant d’idées farfelues mélange univers parallèles, hallucinations psychotroniques, voyages dans le temps, et buddy-movie conceptuel, avec une énergie qui évoque David Lynch en plus potache. Ce cocktail « spécial Soja » (cherchez pas, il faut le voir) ne sera peut-être pas du goût de tout le monde, mais c’est aussi pour ça que l’on a inventé l’expression « film culte », non ?

Comme chaque année, la vastitude (ouh !) des sorties nous impose de vous conseiller quelques titres supplémentaires ! Des mentions honorables qui témoignent de la grande diversité des films proposés sur ces plateformes vitales que sont le Blu-ray ou la VOD. Si vous souhaitez par exemple découvrir un film de zombies français drôle et plutôt ambitieux, jetez-vous sur Goal of the Dead ; pour un thriller joyeusement invraisemblable et mélomane, tentez Grand Piano ! En mal de science-fiction ? Last days on Mars propose un voyage horrifique honorable à peu de frais. En vrac, citons également l’uber-film de guerre russe Stalingrad, le foutraque mais attachant The Scribbler, le belliqueux Saving General Yang, l’incorrecte comédie Bad Words ainsi que deux sorties essentielles sur lesquelles nous n’avons encore pas eu l’occasion de nous pencher : le remake japonais d’Impitoyable, avec Ken Watanabe, sorti uniquement en VOD ainsi qu’un inédit de Werner Herzog, Dans l’œil d’un tueur, sorti sous une trompeuse jaquette.

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