Top 10 : les meilleurs tueurs à gages

par | 5 septembre 2012

À l’occasion de la sortie de Killer Joe, Born to Watch se penche sur le monde des tueurs à gages au cinéma. Ou l’art de flinguer son prochain avec classe et discrétion.

Dans Killer Joe, le nouveau film de William Friedkin, le spectateur fait la rencontre d’un personnage de tueur à gages pas comme les autres : en effet, Joe est un flic (qui porte des gants de cuir en plein jour, ce qui semble ne choquer personne) qui arrondit ses fins de mois en acceptant des contrats. Incarnation même de l’ambiguïté, Joe est le dernier d’une longue lignée cinématographique de hitmen, ces pros de la gâchette, à ne pas confondre avec de vulgaires hommes de main (tels que Julius et Vincent dans Pulp Fiction) qui ont fait de la mort de leur prochain un business souvent lucratif. Et souvent mortel, aussi, cette activité finissant souvent par se retourner contre eux ou leurs proches, malgré leur efficacité proverbiale une arme à la main. Alain Delon, qui fait figure d’inspiration pour tous ces solitaires armés depuis Le Samouraï, en sait quelque chose. Le laconique tueur au chapeau n’est toutefois pas le plus efficace ou impressionnant du genre. Born to Watch passe le mythe au laminoir du Top 10 : seuls les meilleurs sont restés debout sur le podium…

10. Kill List

Les gâchettes : Jay (Neil Maskell) et Gal (Michael Smiley)

Le film : Sorti en juillet dernier, Kill List fait partie de ces films gigogne qui demandent plusieurs visions pour être pleinement appréciés. En surface, il s’agit de l’histoire de deux tueurs à gages fatigués, ex-mercenaires en zone de guerre, qui se voient offrir une proposition juteuse et une liste de cibles à abattre. Sans joie, mais sans remords non plus, Jay et Gal partent alors en « virée » pour remplir le boulot, avec tout le professionnalisme requis, et même plus lorsqu’une des cibles s’avère avoir tourné des vidéos supposément pédophiles. Autant dire que ces deux-là ne sont pas là pour plaisanter, même s’ils vont se retrouver face à plus dangereux qu’eux, dans un troisième acte versant dans la folie pure et dure.

9. Ghost Dog

La gâchette : Ghost Dog (Forest Whitaker)

Le film : Film le plus accessible de son auteur, Ghost Dog reste toutefois un drôle de thriller pour qui serait attiré uniquement par la perspective de voir Forest Whitaker jouer un tueur à gages embrassant le mode de vie des samouraïs. Volontiers surréaliste, rempli de digressions poétiques propulsées par les beats aux accents bouddhistes de RZA, le film de Jim Jarmusch sait toutefois nous montrer à quel point le chien fantôme maîtrise son art, notamment lorsqu’il parvient à éliminer un mafieux italien en tirant dans le tuyau d’évacuation de son évier. Un point en moins toutefois pour s’être laissé abattre sans rien faire. Ok, c’est la voie du samouraï, mais pour un tueur d’élite, ça manque de panache.

8. Pacte avec un tueur

La gâchette : Cleve (James Woods)

 Le film : Véritable tornade dynamitant de l’intérieur un thriller pourtant balisé, James Woods accroche un autre personnage haut en couleurs à son tableau de chasse dans Pacte avec un tueur. Dans cette série B imaginée par Larry Cohen, il incarne Cleve, un pro sans scrupules, vulgaire et un brin sadique, qui décide de faire équipe avec un flic écrivain, pour que ce dernier puisse raconter ses exploits meurtriers dans un livre et faire tomber son patron. C’est sûr, dans son cas, ça peut être plus efficace qu’une plainte aux Prud’hommes, mais les adversaires de ce duo définitivement unique en son genre ne sont pas d’humeur à plaisanter non plus. Doté d’un humour noir particulièrement efficace, d’un tandem d’acteurs idéalement contrasté et d’un scénario à la fois classique et constamment surprenant, Pacte avec un tueur est un petit classique des eighties à redécouvrir d’urgence, ne serait-ce que pour découvrir cette sympathique ordure qu’est Cleve.

7. Little Odessa

La gâchette : Joshua Shapira (Tim Roth)

Le film : Premier essai estomaquant d’un futur grand, Little Odessa nous plonge dans le quotidien misérable et dangereux de ce quartier russe à New York. Joshua (énorme Tim Roth) est un tueur à gages qui revient dans son quartier natal pour un contrat, à la grande honte de son père, qui a renié ce fils qu’il ne reconnaît plus, et qui craint que le frère de Joshua, Reuben, ne prenne son aîné en exemple. Bien entendu, les activités de Joshua, dont le calme glacial contraste avec la tendresse qu’il éprouve envers son frère, ne vont pas tarder à semer le chaos dans la famille, jusqu’à une conclusion où le tragique le dispute à l’effroi. Pas de chichis ici, juste un drame policier qui remue les tripes et reste inévitablement dans la mémoire.

6. Tueurs à gages

Les gâchettes : Martin Blank (John Cusack)

Le film : Voilà un titre qui résume à la fois bien et mal son histoire : s’il s’intéresse bien sûr à un personnage de tueur à gages nommé Martin Blank (John Cusack), il s’agit aussi d’une comédie presque romantique. Le réalisateur George Armitage a en effet l’idée saugrenue et géniale d’amener Blank, gâchette réputée (il a notamment exécuté un dictateur d’Amérique du Sud avec une fourchette !) et en pleine déprime sur les lieux de son adolescence, à l’occasion d’une soirée de retrouvailles entre anciens élèves. Il va bien sûr rencontrer LA fille, qui manque de pot, est aussi celle de sa cible. D’où quiproquos sanglants, bastons d’anthologie dans les couloirs de la fac, et irruption d’un collègue cinglé (Dan Aykroyd !) venu terminer le boulot à sa place. Le simple fait d’avoir casté l’affable et adorable John Cusack dans le rôle d’un assassin de haut niveau en plein doute existentialiste suffit à expliquer la réussite de ce Grosse Point Blank (titre original) devenu culte outre-Atlantique.

5. The Killer

La gâchette : Ah Jong (Chow Yun-Fat)

Le film : On aurait pu choisir d’autres personnages dans la filmo de John Woo. La simple évocation du nom du maître hong-kongais suffit à faire éclore dans notre esprit des images d’hommes armés virevoltant parmi les colombes en vidant leurs chargeurs au ralenti, musique classique à l’appui. Le Tony d’À toute épreuve est une figure poignante de son cinéma exubérant et lyrique, mais Ah Jong dans The Killer est encore plus mémorable, ne serait-ce que parce que, sous les traits suaves de Chow Yun Fat, il demeure le tueur à gages le plus classe de l’histoire du cinéma. Traumatisé plus que tout autre par le cinéma de Melville, TheKiller plane toutefois dans d’autres sphères en terme de violence graphique. Tueur romantique voulant se racheter d’une erreur qui a coûté la vue à une innocente, Ah Jong finit par faire vraiment parler la poudre dans une dernière heure d’anthologie, aux côtés d’un adversaire en qui il voit un frère d’armes avec lequel il partage un code d’honneur suranné. Cigarette au bec et smoking blanc immaculé, Chow Yun Fat rentre avec ce rôle et ce film, dans la légende.

4. Soundless

La gâchette : Viktor (Joachim Krol)

Le film : Complètement méconnu malgré le Grand Prix qu’il a remporté au défunt festival de Cognac, Soundless est un thriller germanique qui prend un malin plaisir à détourner les clichés classiques, propres aux histoires d’assassins. Viktor est, comme souvent dans cette profession, un tueur d’élite qui ne laisse rien au hasard. Contrairement à beaucoup de ses collègues, il prend le temps de connaître ses victimes, leur routine, leur emploi du temps, histoire « d’abattre le boulot » sans faire de bruit. Aucune cible, même très bien protégée, ne lui survit, ce qui nous vaut quelques séquences d’anthologie lors desquelles Viktor doit faire preuve d’imagination… et d’efficacité. Le proverbial dernier contrat tourne toutefois mal, puisqu’il tombe amoureux d’un témoin, et oublie la règle d’or du métier : ne jamais laisser les sentiments prendre le dessus. Dans ce rôle magnétique, Joachim Krol incarne sans peine, avec son physique commun, cet homme méthodique ébranlé par ses sentiments et abîmé par un passé violent, qui doit, in fine, sortir de son « silence » pour échapper à ses commanditaires et à la police. Un excellent polar, à réévaluer d’urgence.

3. No country for old men

La gâchette : Anton Chigurh (Javier Bardem)

Le film : On l’a dit et répété, la seule récompense qui attend souvent au bout du chemin un tueur à gages, même invincible, c’est la mort pure et simple, souvent par le biais de ses propres employeurs. Pour la peine qu’il se donne dans No country for old men, Javier Bardem a pourtant gagné un Oscar ! Inutile de demander pourquoi quand on découvre son personnage d’Anton Chigurh dans le western noir des frères Coen. Coiffé comme un Compagnon de la chanson et figé dans un rictus sinistre, Anton est présenté non pas comme un simple assassin, mais comme un véritable ange de la mort, se délectant de la peur qui étreint ses futures victimes, qu’il élimine au besoin avec un pistolet pneumatique sorti d’un abattoir. Doté d’un sacré complexe de supériorité (il joue leur vie à pile ou face), Anton est une figure tétanisante, une machine à tuer que rien n’arrête dès lors qu’un boulot lui a été assigné. Devant tant d’efficacité dans le travail, pas étonnant que le gusse ait été dûment récompensé.

2 . Léon

La gâchette : Léon (Jean Réno)

Le film : Luc Besson, comme Jean Réno, doivent une bonne partie de leur succès aux Etats-Unis à Léon, retitré outre-Atlantique The Professionnal. Et quelque part, c’est logique, étant donné que l’omnipotent réalisateur-producteur-scénariste signe là son meilleur film, nourri de son amour du cinéma américain et d’une mise en images perfectionnée sur le tournage de son film-jumeau, Nikita. Malgré son casting anglo-saxon (Natalie Portman, Gary Oldman, Danny Aiello), et son décor new-yorkais, Léon possède une sensibilité toute européenne : le tueur en titre est un vieux garçon à l’innocence enfantine, obsédé par ses plantes vertes, qui se prend d’amitié pour une jeune ado dont la famille a été massacrée par un flic ripou. La mécanique narrative est d’une efficacité toute hollywoodienne (acculé, Léon sait repousser une attaque de forces spéciales avec de l’imagination et quelques pistolets). Mais c’est le style poétique irrésistible de Besson, pas encore totalement gangréné par son surmoi commercial et sa misogynie galopante, ainsi que la musique d’Éric Serra qui donne une profondeur inédite à la jungle urbaine, qui donne tout son sel à cet inusable film culte.

1. Collateral

La gâchette : Vincent (Tom Cruise)

Le film : Le perfectionniste Michael Mann n’a que peu de rivaux dès lors qu’il s’agit d’illustrer le monde interlope et nocturne des flics et des truands. Sa filmographie parle d’elle-même, de la série Miami Vice à Heat. Film de commande faisant suite au succès commercial mitigé d’AliCollateral offre à Tom Cruise l’un des plus grands rôles de sa carrière. L’acteur a souvent raconté à quel point il s’était préparé pour jouer le mystérieux Vincent : il aurait même pris en filature des membres de la production à leur insu (sic), pour comprendre la façon dont ce fonctionnaire de l’extrême raisonne. Sous l’œil maniaque de Mann, qui poursuivait là ses expérimentations avec les nouvelles caméras numériques HD, il donne corps à un personnage de tueur redoutable dans sa pugnacité et sa violence calculée, personnifiée par une coiffure couleur métal assortie à son costume. Une carapace de pro qui s’effrite un peu, mais trop tard, au contact d’un chauffeur de taxi (Jamie Foxx, transparent en comparaison). On aurait payé pour voir une préquelle consacrée à ce tueur mystérieux qui organise ses contrats comme autant de rendez-vous d’affaires. Tout en priant pour ne jamais croiser en vrai la route d’un « effaceur » dans son genre…