Top 10 : les meilleures sorcières du cinéma

La sortie ce 20 avril en salles du Chasseur et la Reine des Glaces, avec Charlize Theron en reine diabolique, et celle le 18 juin de The Witch de Robert Eggers, qui conte l’acharnement effrayant d’une sorcière sur une famille ultra-catholique de Nouvelle-Angleterre au XVIIe siècle, montre que l’imagination des scénaristes pour évoquer et actualiser cette figure mythologique ne s’est toujours pas tarie. Il faut dire que le recul de la condition de la femme dans certains pays, couverte de la tête aux pieds sous prétexte qu’une mèche de cheveux pourrait réveiller la « tentation » des mâles « purs », par contradiction avec les « femmes impures » rend d’autant plus actuelle la dimension métaphorique originelle de ce mythe des sorcières hautement féministe.

« Le 7e art se creuse toujours la tête pour proposer de nouvelles approches du personnage. »

Disney a longtemps fait des sorcières des créatures hideuses dévorées par la jalousie ou l’orgueil. Elles sombrent souvent, sur grand écran, dans une magie noire terrifiante, après avoir subi les pires tourments. L’image inquisitrice de la jeune femme brûlée vive sur un bûcher, entourée une populace assoiffée de sang, qui hurle dans son agonie que sa vengeance touchera toute la descendance de ses bourreaux des siècles durant, perdure comme un vieux cliché. Pourtant, le 7e art se creuse toujours la tête pour proposer de nouvelles approche du personnage : la sorcière au cinéma est à la fois humaine et magicienne, jeune ou âgée, sexy ou laide, maléfique ou bienfaisante, même parfois simplement invisible.

Comme ce genre nous a donné d’inoubliables héroïnes surnaturelles, il nous est venu à l’idée des envies de top. Born to Watch a puisé dans son chaudron magique pour remonter l’histoire du cinéma à la recherche des meilleures lanceuses de sorts. Shazam !


10. La Reine-Sorcière (Blanche-Neige et les Sept Nains, 1937)

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Il y a un premier pas à tout et la Reine-Sorcière a été la première à rejoindre le Club des Méchants (à l’apparence humaine) de Disney. Inspirée du roman des Frères Grimm, la Reine Grimhilde est la belle-mère de Blanche-Neige et après la mort de son père tente de supprimer la jeune princesse parce que son miroir magique l’informe que sa beauté est supérieure à la sienne. Elle envoie tout d’abord le Chasseur effectuer cette sale besogne, mais lorsque celui-ci se dégonfle, elle décide de s’y coller elle-même, à l’aide d’une pomme empoisonnée. Pour dessiner son apparence, le papa de Mickey s’est inspirée du corps de l’actrice Joan Crawford (Le Roman de Mildred Pierce) et emprunta la voix de Lucille La Verne (Les Deux Orphelines). Durant le film, elle se métamorphose en sorcière sous les yeux d’un corbeau médusé. Contrairement à ses copines de sort, comme Maléfique, la Reine-Sorcière présente tous les atours d’une femme fatale, qui fait tourner les cœurs et est littéralement obsédée par la beauté. Une dimension que rendra parfaitement la blonde Charlize Theron dans la version modernisée de Blanche-Neige  et le chasseur.


9. Les sorcières d’Eastwick (1987)

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En pleine décennie 80 marqué par ses fantaisies capilaires, George Miller, le créateur des Mad Max adapte le roman de John Updike. Alexandra (Cher), Jane (Susan Sarandon) et Sukie (Michelle Pfeiffer) sont trois jeunes femmes indépendantes et mères abandonnées par leurs maris. Elles tuent le temps dans la petite ville d’Eastwick, en Nouvelle-Angleterre, connue pour avoir expédiées des cars entiers de sorcières sur le bûcher par le passé. Un mystérieux personnage, Daryl van Horne (Jack Nicholson) s’installe en ville et fait vibrer leur cœur, au point que les jeunes femmes vont se crêper leurs (volumineux) chignons pour cet homme, plus maléfique qu’il n’y paraît. Ces brutales montées de haine font émerger chez elles des pouvoirs surnaturels insoupçonnés. Conscientes de leur nouveau statut de puissance, elles se réconcilient et décident d’en profiter à fond. Mais c’est sans compter sur les commères de la ville qui voient d’un très mauvais œil ces filles libres et heureuses. Pour couronner le tout, elles sont tombées amoureuses d’une créature démoniaque… Cette relecture contemporaine et maternelle du mythe, propulsée par la réalisation azimutée de Miller, aborde des sujets sérieux sous un angle léger, divertissant et s’appuyant sur un casting détonant.


8. La sorcière de Black Hills (Le Projet Blair Witch, 1999)

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Le Projet Blair Witch ne montre finalement aucun personnage maléfique. La sorcière, ici, reste invisible, mythique et indicible. Enveloppée dans son halot de mystère, elle devient à mesure que l’action défile, une source de terreur absolue. L’impact considérable du film de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez sur la manière de filmer l’horreur à la manière d’un documentaire « en immersion », le fameux found footage, est à la fois dommageable et révolutionnaire. Certes, de nos jours le spectateur en a peut-être (voir sûrement) marre de ce type de procédé peu coûteux et vomitif, mais à l’époque, cette technique s’avérait être véritablement novatrice. Il n’en reste pas moins que ce grand moment de flippe de la fin des années 90 a essuyé les plâtres pour ses (nombreux) successeurs : 18 heures de rush pour 87 minutes de films, qui ont demandé un an de montage. Pour renforcer l’aspect réaliste du film, les trois acteurs qui incarnent les étudiants disparus ont donné leur propre nom à leurs personnages. Ils ont de fait été expédiés pendant toute une semaine en pleine forêt, avec une caméra et un GPS. Heather Donahue a tenu un journal de bord, repris dans le long-métrage. D’ailleurs, cette année-là, Le Projet Blair Witch a reçu le Prix de la Jeunesse à Cannes.


7. Les sorcières de Salem (Lords of Salem, 2013)

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Dans son dernier film, Lords of Salem, le réalisateur/musicien Rob Zombie donne du film à retordre à sa propre épouse, Sheri Moon Zombie, qui incarne cette fois une animatrice de radio qui a diffusé à travers les ondes un vinyle maléfique, rendant tous les auditeurs progressivement fous. L’intermède musical réveille en outre les sorcières brûlées au XVIIe siècle dans la ville de Salem et elles sont assoiffées de vengeance. Vibrant mais bancal hommage au cinéma italien, à L’Exorciste, au cinéma satanique et psychotronique, Lords of Salem est une illustration sans concession du mythe, où Rob Zombie multiplie les plans insolites pour créer une atmosphère pensante et sombre.

Lire la critique de Lord of Salem


6. Hermione Granger (la saga Harry Potter, 1997-2007)

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Évidemment, dans la série de romans signés J. K. Rowling, les filles sont des sorcières et les garçons des sorciers à l’école de Poudlard. Il y a des sorcières en devenir, des sorcières adultes, des sorcières gentilles, comme Minerva McGonagall (la bienveillante directrice Maggie Smith), des sorcières méchantes comme Bellatrix Lestrange (l’effrayante Mangemorts jouée par Helena Bonham Carter). Mais Hermione Granger, interprétée par Emma Watson, qui doit sa carrière à ce personnage, meilleure amie du héros, connaît à travers les huit films l’évolution la plus soignée et convaincante d’entre elles. Il faut dire qu’Hermione a fait du chemin depuis L’école des Sorciers où elle apparaissait, haute comme trois pommes, en première de la classe et équipée d’un sac à main que nous rêvons toutes de posséder. En dix ans, sa transformation physique et mentale a radicalement changé la perception du spectateur sur cette petite sorcière devenue une femme accomplie, alliée puissante et amoureuse, toujours en avance d’un stratagème sur ses camarades.


5. Suspiria (1997)

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De l’imagination macabre et délirante de Dario Argento est né, à la fin des années 70, Suspiria. De son nom français « la Mère des Soupirs », cette sorcière redoutable hante une prestigieuse école de danse allemande, située à Fribourg. Portée par une musique lancinante (Goblin, forcément), elle règne en maître sur ce lieu fréquenté par d’innocentes jeunes femmes. Avec un plaisir malsain, elle élimine violemment les ballerines qui ne lui reviennent pas et tourmente dans son sommeil une jeune étudiante américaine, Suzy. Lorsqu’elle découvre le secret de l’école, l’enfer se déchaîne pour de bon sur la pauvre danseuse. Suspiria est l’un des volets de la trilogie du maître italien consacrée aux sorcières : la Mère des Ténèbres apparaîtra ensuite dans Inferno et la Mère des Pleurs dans le kitschissime Mother of Tears. Tout un programme !


4. La fée de l’Ouest (Le magicien d’Oz, 1939)

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Dans le classique de  Victor Fleming, Le Magicien d’Oz, nous avons affaire, non pas à une sorcière (même cela y ressemble beaucoup), mais à une mauvaise fée, en l’occurrence la fée de l’Ouest, par opposition à la fée de l’Est, qui elle, est gentille. Margaret Hamilton, qui incarne ce monstre vert, au nez crochu, à la cape noire surmontée d’un grand chapeau pointu, peut témoigner que les rôles de sorcières ne sont pas de tout repos. Pendant le tournage, son personnage devait disparaître dans un nuage de fumée. Or, son costume s’est coincé dans la trappe qui dégageait les flammes. L’actrice a subi des graves brûlures au 2e et au 3e degré et exigea que ce type de scène soit réalisé par une doublure. Celle-ci la remplaça dans la scène où la sorcière inscrit à l’aide de son balai fumant un message dans le ciel. Malheureusement, le balai explosa en occasionnant de sévères brûlures ! Il n’y a pas de fumée sans feu, me direz-vous… C’est en tout cas un problème que Mila Kunis ne connaîtra pas dans Le Monde fantastique d’Oz, la pseudo-suite réalisée par Sam Raimi en 2013.


3. Kiki, la petite sorcière (2004)

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Dans un registre plus léger, le long-métrage des studios Ghibli, Kiki, la petite sorcière tient davantage du conte initiatique que du film de sorcellerie à proprement parler. Dans un monde où les sorcières sont d’utilité publique pour leurs dons spécifiques et uniques, Kiki, comme sa mère avant elle, doit quitter le nid parental pour aller s’installer dans une autre ville et s’intégrer en utilisant ses pouvoirs au sein de la population. Le maître de l’animation japonaise, Hayao Miyazaki utilise à bon escient quelques clichés du genre (le balai volant, le chat noir) pour offrir un conte coloré et juste sur le passage à l’âge adulte. Enfant, Kiki manœuvre son balai avec insouciance et parle à son chat, qui lui répond aussi sec. Petit à petit, le félidé se fait plus distant et moins bavard et ses pouvoirs aériens diminuent. Elle devra apprendre ses propres techniques et se forger sa propre expérience pour trouver sa voix et gagner sa vie.


2. Les sorcières de Zugarramurdi (2014)

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Nous l’avons à de multiples reprises répétées, Alex de la Iglesia est un réalisateur démentiel et ses créations imprévisibles inspirent immédiatement une jouissance délirante, mais également très noire. Le réalisateur est originaire du Pays Basque et il connaît parfaitement les légendes qui entourent le village pyrénéen de Zugarramurdi, qui aurait été un lieu de sorcellerie majeur. Les sorcières de Zugarramurdi montre un trio de bras cassés, qui après un braquage raté atterrissent dans ce lieu en pleine nuit. Ils sont accueillis par une dynastie de femmes fortes et mystérieuses. Macarena Gomez incarne leur chef, Silvia, sa fille Eva (Carolina Bang) est un véritable aimant à mâles et Maria Barranco, « la Vieille ». Cette famille exclusivement composée de femmes réunit son armée de marâtres dans une grotte, pour lancer des incantations maléfiques et hallucinées en chantant « Baga, biga, higa », une comptine puisée dans le folklore basque. Nos trois gaillards bêtes et machos, tombés involontairement dans ce nid de sorcières, se retrouvent en bien mauvaise posture ! À moins, au contraire, que la femme pêche par son arrogance… C’est ici que se situe le génie d’Alex de la Iglesia, capable de renvoyer les deux sexes à leurs propres contradictions pour mieux les mettre sur un pied d’égalité, le tout dans une joyeuse orgie répugnante. Un régal !

 Lire la critique des Sorcières de Zugarramurdi


1. Madame Ganush (Jusqu’en enfer, 2009)

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Peut-être la sorcière la plus terrifiante de l’histoire du cinéma, parce que la plus réaliste, Madame Ganush (Lorna Rover) est une vieille gitane qui dispose de tout l’attirail inquiétant de rigueur : les aillons, les cheveux crépus, le nez pointu, les yeux rougis. Seulement, comme tout le monde, Madame Ganush a, un jour, besoin d’un prêt bancaire pour garder sa maison. Et comme tout le monde, quand elle se fait envoyer bouler par une jeune et arrogante employée de banque, Christine, à qui elle promet la damnation éternelle. Eh oui : contrairement au commun des mortels, la dame est issue d’une longue lignée de sorcières qui manient la magie noire avec une implacable cruauté. Depuis lors, la vie de Christine devient un cauchemar : le prix à payer pour le manque de compassion à notre époque. Derrière cette production, parmi les plus terrifiantes des années 2000, se cache Sam Raimi, qui retournait là à ses premiers amours après la regrettée trilogie Spiderman. Présenté au Festival de Cannes, ce tour de montagnes russes horrifique redoutablement efficace, assure une présence durable de la figure ridée de Madame Ganush dans nos cauchemars !


Un chaudron cinéphilique

Le cinéma a produit d’autres sorcières véritablement cultes. De l’Adorable Voisine qui succombe au charme de John Stewart en 1958, sous la caméra de Richard Quine, à la sorcière poussière de la Foire des ténèbres de Jack Clayton en 1983 ; de Miss Eva Ernst, la Grande Sorcière de l’adaptation de Roald Dahl par Nicolas Roeg (Les Sorcières, 1990), à Lamia, incarnée par Michelle Pfeiffer, qui court après le cœur de Claire Danes dans Stardust, de Matthew Vaughn en 2007 en passant par le trio de sorcières stygiennes qui donne à Persée la clef pour éliminer le Kraken dans Le choc des titans, de Desmond Devis en 1981. Nous n’oublions pas non plus celles qui représentent véritablement la première initiation aux mythes satanistes : les sorcières de Disney. Aux côtés de Cruella d’Enfer, la fée Maléfique insultée de ne pas avoir été invité au mariage d’Aurore qui la transforme en Belle au bois dormant, la Reine et malveillante belle-mère de Blanche-Neige et sa pomme magique, la marraine-fée qui transforme une citrouille en carrosse pour Cendrillon, etc.

Les studios Ghibli ont également utilisé ce personnage de légende à travers Kiki, bien entendu, mais également, sous les traits de Yubaba, dans le Voyage de Chihiro. En matière de conte pour enfants, il ne faut pas oublier non plus la saga du Monde de Narnia, Lili, la petite sorcière, le dragon et le livre magique, de Stefan Ruzowithzky (2009), Willow ainsi qu’Hansel & Gretel ou le bien fun Dangereuse Alliance. Les années 90 nous ont également régalé de charmantes productions comme Les Ensorceleuses, avec Sandra Bullock et Nicole Kidman (1998), Un amour de sorcière, porté par Vanessa Paradis (1996), Hocus Pocus, avec Sarah Jessica Parker (1998) ou encore Groom service, avec Tim Roth (1995).

Et vous, quelles sont vos ensorceleuses préférées ? Testez vos connaissances du monde de la sorcellerie avec notre Quiz spécial Sorcières au cinéma.


L’une des sources de ce top : l’ouvrage Créatures fantastiques et monstres au cinéma de John Landis (Flammarion).


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