Top 10 : Viggo Mortensen

L’expression « citoyen du monde » n’est jamais si bien employée que lorsqu’elle est appliquée à des personnalités comme Viggo Mortensen. De retour sur les écrans ce mercredi avec Captain Fantastic, révélation indé où il incarne un chef de famille retiré du monde, Mortensen tourne peu, partout, et ne passe jamais inaperçu à l’écran. Né à New-York, le comédien / peintre / poète / photographe et musicien accompli, a pourtant la double nationalité américano-danoise, a vécu en Argentine, en Angleterre et désormais en Espagne, parle couramment quatre langues (et l’elfique)… Et ce n’est qu’égratigner la surface de sa carrière et de sa personnalité, aussi fascinante à explorer que l’acteur l’est à l’écran.

« Sa beauté classique et minérale, qui rappelle les stars américaines de l’Âge d’Or. »

Devenu une star mondiale grâce à un certain Peter Jackson (qu’il ne s’est malgré tout pas privé de critiquer lors de la sortie des Hobbits), Mortensen a depuis cimenté une réputation d’acteur sérieux, intense et insaisissable. C’est bien simple, il a refusé depuis dix ans pratiquement tous les rôles à gros budget qui lui étaient proposés, préférant utiliser sa renommée pour aider des projets plus fragiles à se concrétiser. Avec son allure flegmatique, sa beauté classique et minérale, qui rappelle les stars américaines de l’Âge d’Or, Viggo Mortensen est devenu une présence unique, un comédien dont on attend chaque nouvelle expérience avec impatience. En plus de 30 ans de carrière, il n’a encore jamais décroché de statuette, mais on sent que l’idée même de compétition entre acteurs n’est pas du genre à l’exciter. Ça méritait bien un top 10, non ?


10. Hidalgo

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Au sortir du triomphe du Retour du Roi, oscarisé 11 fois et succès monstre dans la lignée de deux épisodes précédents, Viggo Mortensen a pour ainsi dire Hollywood à ses pieds. Tout le monde se l’arrache, et pourtant, l’acteur, s’il apparaît en tête d’affiche, choisit un projet inattendu : un film d’aventures familial par le réalisateur de Jumanji (et bientôt Captain America), Joe Johnston. Hidalgo permet à l’acteur de chausser ses bottes de cowboy, et d’incarner un cavalier lancé dans une grande course à travers le désert arabe, à l’invitation d’un cheikh joué par Omar Sharif. Aventure désuète galopant à un rythme soutenu, Hidalgo reste surtout intéressant grâce à Mortensen lui-même : grand amoureux des chevaux (il possède d’ailleurs toujours l’étalon qui donne son titre au film), il incarne un personnage pacifiste, ouvert à toutes les cultures et plein de panache. Un héros inhabituel à son image, et ce ne sera pas le dernier…


9. L’enfant miroir

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Les vrais fans de Viggo Mortensen sont peut-être encore peu nombreux à avoir visionné L’enfant miroir, l’un des titres les plus rares de sa filmographie. Nous sommes en 1990, et l’acteur, qui a éclos dans le Witness de Peter Weir, n’est encore qu’un jeune beau gosse de plus à Hollywood. Prometteur, mais sans référence autre que les participations à des séries B horrifiques comme Prison (pas mal) ou Massacre à la tronçonneuse III (hum…). Réalisateur britannique iconoclaste, Philip Ridley lui offre dans L’Enfant miroir le rôle d’un grand frère traumatisé par la guerre, un modèle pour le petit Seth, garçon solitaire perdu dans une immense campagne américaine estampillée fifties. Conte onirique cruel, gorgé de symboles et de couleurs chaudes, L’enfant miroir est une œuvre hypnotique, qui permet à Mortensen d’incarner une figure fantasmatique, à la fois chaleureuse et ambiguë. Une dualité fidèle à la perception biaisée du petit Seth, qui imagine son frère persécuté… par une femme vampire. Mortensen collaborera à nouveau avec Ridley, toujours pour un second rôle marquant, dans le plus noir encore Darkly Noon. Une autre rareté à son compteur…


8. Capitaine Alatriste

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Adaptation espagnole des romans d’Arturo Pérez-Reverte, Capitaine Alatriste, sorti en France en 2008, deux ans après sa réalisation, nous plonge dans l’Espagne du XVIIe siècle. Diego Alatriste y est l’équivalent ibérique de d’Artagnan, mais dans une veine plus « libre » moralement. Mercenaire au service du roi Philippe IV, Alatriste se bat en Hollande, en France, en Italie, et doit aussi s’occuper de son fils adoptif et de son amoureuse, qui attire l’œil du roi. Sous la direction d’Agustin Diaz Yanes, Mortensen, qui joue comme c’est souvent les cas ces dernières années en espagnol, est un bretteur idéal pour ce type de récit romanesque. Il est la figure centrale et charismatique d’un récit complexe, condensant six livres naviguant à travers l’Histoire d’un royaume. Fier et noble à la fois, Alatriste prouve si besoin était l’appétit de l’acteur pour les grands récits d’aventure, avec un film difficile d’accès, mais d’une flamboyante beauté visuelle.


7. L’impasse

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Mortensen a de la chance : au cœur des nineties, il décroche un petit rôle dans « le meilleur film américain de la décennie » selon Les Cahiers du Cinéma, à savoir L’Impasse. Le chef d’œuvre mélancolique de Brian de Palma comporte une sacrée galerie de personnages secondaires, et Mortensen marque aussi le film de son empreinte. Confiné dans une chaise roulante, il incarne Lalin, un ancien partenaire de Carlito Brigante (Pacino) devenu informateur. Cette figure pathétique fournit l’occasion d’un numéro d’acteur assez bouleversant, le mouchard se brisant en mille morceaux après avoir été découvert (« Regarde-moi, je dois sortir avec des couches, tous les jours ! »), allant jusqu’à supplier Brigante de l’achever. Méconnaissable, et à fleur de peau, Mortensen confirme alors avec ce rôle son statut de second couteau de luxe, qu’il confirmera entre autres dans USS Alabama ou Daylight.


6. Loin des hommes

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Cosmopolite, notre chouchou du jour a également tourné sous pavillon français dans le superbe Loin des hommes, malheureusement passé inaperçu lors de sa sortie début 2015. Le réalisateur David Oelhoffen (parti ensuite co-écrire le scénario de Dans les forêts de Sibérie) signe une relecture libre de L’hôte d’Albert Camus. Comme dans L’Étranger, la nouvelle est une quête identitaire poignante. Au cœur de l’Altlas en pleine guerre d’Algérie, il y a une école perdue dans la plaine. Viggo est Daru, instituteur, Français d’origine étrangère qui a du mal à s’intégrer parmi les pieds-noirs du coin. Il rencontre Mohamed, joué par Reda Kateb, qui rivalise d’intensité avec lui à l’écran. Avec son message de tolérance limpide, ses paysages grandioses et oppressants à la fois, ses personnages poignants et insondables, Loin des hommes était définitivement l’une des meilleures sorties de l’année dernière.

Lire la critique de Loin des hommes


5. A History of violence

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David Cronenberg n’était pas exactement un génie incompris lorsqu’il s’est attaqué en 2005 à l’adaptation du roman graphique de John Wagner et Vince Locke, A history of violence. Peu de critiques auraient toutefois pu voir venir ce film impeccablement tordu, véritable peinture clinique et amusée d’un personnage incarnant dans le même corps le mythe de l’Americain moderne et son exact opposé, l’assassin sans morale ni avenir. Héros schizo malgré lui, Tom Stall est un barman tranquille qui cache pourtant un lourd secret, que lui pousse à révéler un homme sinistre à l’œil de verre. Et ça n’est que l’un des aspects marquants d’un film malin, qui donne toute latitude à Viggo Mortensen pour surprendre le spectateur. Aussi doué pour jouer les hommes bons et honnêtes que les figures menaçantes et calculatrices, le comédien a rarement été aussi bien servi que A history of violence, dont les virages narratifs brutaux reposaient en grande partie sur la qualité de son interprétation.


4. The Road

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Lorsque le genre post-apocalyptique est évoqué, le cinéphile préfère toujours se souvenir des joies parfois primaires de Mad Max Fury Road que de la quasi-dépression provoquée par The Road. Adaptation impitoyable (mais pour certains pas encore assez fidèle) du fameux livre de Cormac McCarthy, le film de John Hillcoat (Des hommes sans loi) ramène le genre à sa plus pure, et sa plus sombre essence, en suivant le combat pour la survie d’un homme et son fils. L’apocalypse dans The Road signifie l’annihilation de toute chose, de l’espoir d’un monde meilleur aux couleurs du ciel. Cette expérience-là n’est pas exactement plaisante. Mais la présence de Viggo Mortensen contribue à en atténuer la brutalité : laissant devenir dans son regard la résilience et la bienveillance de toute une humanité presque disparue, l’acteur illumine une œuvre foncièrement pessimiste, et transpirant tellement le froid qu’on en frissonnerait presque devant l’écran.


3. The Indian Runner

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Incontestablement, le rôle de la révélation pour Viggo Mortensen. Le premier long-métrage de Sean Penn (et pas loin d’être encore son meilleur), d’une beauté et d’une tristesse infinie, relate l’opposition entre deux frères, l’un plein d’espoir (David Morse), l’autre revenu de tout (Mortensen) car traumatisé à vie par son expérience du Vietnam. Entouré d’un casting royal (Dennis Hopper, avec qui il partageait un même point de vue sur sa vie d’artiste, Patricia Arquette, Valeria Golino et un surprenant Charles Bronson), Mortensen se met à nu – parfois littéralement – dans ce rôle d’écorché vif trimballant son complexe de survivant comme une malédiction, dans une Amérique dépressive telle que la chantait Springsteen dans Nebraska. Classique sous-estimé, The Indian Runner permit à toute une industrie de prendre conscience du talent pur qui s’exprimait ici : avec ce grand rôle, tout en fêlure, mais ne versant jamais dans la caricature, Mortensen était devenu un acteur qui comptait.


2. Les promesses de l’ombre

Deuxième des trois collaborations entre Cronenberg et Mortensen (l’acteur reviendra pour jouer Freud dans A dangerous method), Les Promesses de l’ombre lui offre une partition encore plus équivoque à jouer que dans A history of violence. Plongé corps et âme dans son rôle, pour les besoins duquel il s’est mis au Russe et couvert de tatouages, Mortensen joue ici l’intimidant mafieux Nikolai, homme de main d’une famille russe installée à Londres, confronté à l’enquête gênante de Naomi Watts, qu’il tente à la fois de menacer et de protéger. Plus qu’avec n’importe quelle prestation, le comédien joue ici de son physique plus que de ses mots. Les corps racontent ici une histoire, ils en contiennent même la morale, et ça n’est pas un hasard si la séquence la plus mémorable du film consiste en un combat à mort et « à nu » dans un sauna. Une performance dans tous les sens du terme, qui a valu une fois n’est pas coutume de nombreuses accolades à Mortensen, dont une nomination à l’Oscar du meilleur acteur. Incroyablement, c’est la seule de sa carrière jusqu’à présent.


1. Le Seigneur des Anneaux

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Vous l’aviez peut-être vu venir, celui-là ? Même s’il n’aimerait sans doute pas être réduit à ce titre de gloire, le rôle d’Aragorn dans la trilogie du Seigneur des Anneaux est celui qui a redéfini la carrière et le statut de Viggo Mortensen au tournant des années 2000. C’est un personnage iconique en soi, certes, mais qui rend aussi justice au talent jusque-là sous-employé de l’acteur, qui remplaçait alors au pied levé un Stuart Townsend déficient. Immergé pendant plus d’un an dans l’univers de Tolkien et de Jackson (il insista pour avoir plus de scènes en langage elfique, devint un pro de l’escrime, un chasseur solitaire et plus généralement le leader officieux et casse-cou de la « communauté »), lors d’un tournage en Nouvelle-Zélande légendaire, Mortensen imprima une bonne fois pour toutes dans la mémoire d’un large public, son charisme un peu sauvage et son côté humblement héroïque. Le roi inattendu, ici, c’était lui, et il a confirmé maintes fois depuis que ce titre lui allait à ravir…


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