Top 20 : les meilleures affiches de 2013

par | 3 janvier 2014

Passe-partout, hideuses, mais parfois inventives, les affiches de films représentent un art à part entière. Zoom sur les 20 plus beaux exemples qui ont marqué l’année 2013.

À en croire les cinéphiles trentenaires, les affiches de films, c’était mieux avant. L’art d’illustrer un long-métrage en tentant de séduire au mieux le spectateur se serait perdu avec l’arrivée du numérique, la facilité d’accès à la retouche photo rendant les « marketeux » paresseux, quand ils ne salopent pas tout simplement le boulot. On ne compte plus les sites recensant les dérapages « photoshoppés » qui atterrissent sur les murs de cinéma, réduisant souvent les acteurs à des silhouettes en carton plaquées sur des décors artificiels. L’affiche de film façon Drew Struzan (si vous ne savez pas qui c’est, un détour par là s’impose), qui faisait rêver et donnait presque envie de se faire son propre film avant d’aller voir le vrai, aurait donc disparu ?

La grosse tendance, qui s’est confirmée en 2013, est moins de créer un visuel unique et gravé dans le marbre, que de décliner des concepts de base pour tous les supports physiques ou numériques possibles et imaginables. Affiches teaser, bannières spécifiques à Internet, postersalternatifs pour les salles Imax, pour les fans ou même faites par les fans… Pour les grosses productions en particulier, ces campagnes marketing purement visuelles se révèlent aussi importantes que les trailers et teasers qui sont diffusés au fur et à mesure en amont de la sortie.

De fait, notre sélection 2013 des meilleurs posters et affiches de films comportent de nombreuses créations que vous n’aurez pas croisées dans vos multiplexes ou même dans les linéaires. Parfois, c’est parce que celle-ci n’a pas été retenue par les producteurs, ou parce qu’elle a été utilisée dans un autre pays. Dans tous les cas, ces 20 affiches tranchent nettement avec ce qu’on a l’habitude de voir, et c’est aussi pour cette raison qu’il est important de les mettre en valeur. Parce que c’est vrai, malheureusement, les affiches de film sont aujourd’hui souvent d’une banalité mortelle. Quand elles ne sont pas tout simplement hideuses, ce que notre sélection chargera de contredire. Enjoy !

You’re next (poster alternatif)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la sortie de You’re Next aura été soignée. Invisible pendant pratiquement deux ans après sa présentation à Toronto, le slasher/survival d’Adam Wingard a bénéficié d’une incroyable campagne de marketing viral une fois que Lionsgate en a racheté les droits. Outre les affiches officielles, et celles réfléchissantes qui ont effrayé plus d’un passager de bus, le studio a également publié ce poster aussi malin que peut l’être le film, reprenant l’icône du masque d’animal pour en faire une sorte de plateau de Cluedo dessiné par un architecte, à la manière de Cabin in the Woods. Enigmatique, conceptuel et roublard, à l’image de cette campagne très réussie.

Lore (affiche officielle)

Drame historique se déroulant en Allemagne pendant la Seconde Guerre Mondiale (étrangement, le film est australien), Lore a bénéficié d’une sortie discrète (comprendre : dans peu de salles) en février dernier, ce qui est d’autant plus regrettable que son affiche, où brille le regard bleu de Saska Rosendhal, est remarquable : elle détourne l’imagerie propagandiste pour souligner le dilemme moral de son héroïne, allemande fuyant l’invasion alliée confrontée aux conséquences des actes de ses parents.

Man of Steel (affiche Mondo par Martin Ansin)

Le cas Man of Steel permet d’évoquer dans ce dossier la société Mondo, devenue en quelques années un label de collectionneurs. Avec leurs affiches dessinées de films de cultes, généralement imprimées en quantité limitée, les artistes de Mondo ont créé une véritable niche pour cinéphiles, qui préfèrent de loin accrocher sur leur murs ces œuvres d’art plutôt que les posters officiels. Témoin cette version épique et exaltante du Man of Steel de Zack Snyder, signée Martin Ansin, largement inspirée par les BD d’Alex Ross. Une merveille qui comme tous les posters Mondo, s’est rapidement retrouvée en rupture de stock. Normal.

L’inconnu du lac (affiche officielle)

L’escapade homo-existentialiste d’Alain Giraudie, très remarquée à Un certain regard, a logiquement fait beaucoup parler d’elle pour son côté éminemment frontal, et aussi pour son affiche, dessinée dans un style faussement naïf par Tom de Pékin. Un poster inhabituel et très hédoniste, qui avec ses hommes dans tous leurs états (un couple semble même s’adonner à une belle séance de turlute), a logiquement choqué les petits bourgeois de droite de Versailles et Saint-Cloud – on ne se refait pas. Preuve s’il était besoin que l’idée du poster dessiné fonctionnait et qu’il avait atteint son but premier : interpeller le public.

Alabama Monroe (affiche officielle)

Le beau mélo nomade de Felix Van Groeningen, qui pourrait bien être nominé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2014, choisit de garder le mystère sur son personnage titre, dont le nom de scène est Alabama, et qui a pour particularité d’avoir plusieurs tatouages qui correspondent chacun à une déception amoureuse. Sobre, moins sexy que discrètement torturée, voilà le genre d’affiche qui intrigue pour mieux attiser la curiosité autour d’un film pas comme les autres.

Blancanieves (affiche alternative espagnole)

Comparé injustement à The ArtistBlancanieves mérite pourtant toutes les louanges qui lui ont été dressées, en Espagne où il a cumulé les récompenses, comme dans les nombreux festivals où cette variation muette et pleine de tauromachie sur l’histoire de Blanche-Neige a été présentée. Alors que les affiches officielles mettent l’accent sur la vénéneuse Maribel Verdu, cette version plus conceptuelle et très épurée résume en une image le style, la noirceur et la beauté de ce film à contre-courant des modes.

Big Bad Wolves (affiche américaine)

L’israélien Big Bad Wolves, nouveau thriller des auteurs de Rabies, a marqué les esprits par son atmosphère de conte macabre mâtiné de torture porn et de touches d’humour parfois peu digestibles. Le film a en tout cas tapé dans l’œil de Quentin Tarantino, qui en le nommant « Meilleur film de l’année », a offert une sacrée pub aux producteurs et aux distributeurs. D’où ce nouveau poster (les premiers n’étaient pas mal non plus) merveilleusement composé, qui met tous les hommes, héros ou méchants, dans le même sac (ce sont tous de « méchants loups ») tout en accentuant la dimension quasi fantastique du long-métrage.

Kiss of the damned (affiche officielle)

Le film de vampires chichiteux de Xan Cassavetes, fille de manifestement plus intéressée par les filtres colorés et l’érotisme vaporeux que son père, a beau être très moyennement convaincant, personne ne peut nier l’esthétisme délicat de son affiche, digne des séries B fantastiques des années 70 auxquelles elle se réfère ouvertement. L’ambivalence de la femme vampire, le décolleté se transformant en lame, l’agencement des couleurs… Une vraie beauté fatale.

Trance (affiche alternative)

Le polar gigogne de Danny Boyle, qui voyait le réalisateur revenir dans son Londres chéri, a fait partie des exercices de style les plus tortueux de l’année, avec son scénario à tiroirs et son trio de héros tous aussi déceptifs et menteurs les uns que les autres. Pour un film aussi porté sur les défaillances de notre mémoire, un poster décomposé et furieusement post-moderne s’imposait. L’exercice, particulièrement agressif, était peut-être trop extrême pour le grand public. Il résume toutefois mieux l’atmosphère du film que l’affiche finale, très « film noir classe » dans l’esprit.

The Innkeepers (affiche américaine officielle)

Distribué tardivement en vidéo par TF1, le joli film de fantômes de Ti West, The Innkeepers, a bénéficié comme les précédents films du réalisateur d’une pelletée d’affiches de grande classe, qui jouaient adroitement sur le côté nostalgique et old school du long-métrage. Dans celle-ci, la meilleure, tous les éléments constitutifs de l’intrigue sont repris avec un véritable souci du détail (la police de caractère du titre est un délice), tout en raccrochant le tout à une imagerie aussi désuète qu’universelle – on pense autant à Scoubidou qu’à Conan Doyle.

Nos héros sont morts ce soir (affiche teaser)

Le film de catch rétro de David Perrault a fait figure d’OVNI cette année dans la production ciné française. Pas étonnant que le film se soit démarqué dès le stade de l’affiche teaser. En partant d’un concept simple (un masque noir et blanc sur lequel s’inscrit le titre et le casting), ce poster parvient à évoquer les thèmes principaux de l’histoire – la complémentarité et la rivalité entre deux parisiens – par la force de son jeu de couleurs et ses choix de typo. Très fort.

Rewind This ! (affiche officielle)

Quoi de plus logique, pour un documentaire explorant avec une passion débordante l’histoire de la VHS, qu’une jaquette dessinée en reprenant tous les excès graphiques et la force d’évocation ? À ce stade, ce n’est plus vraiment du néo-grindhouse, mais un véritable revival d’une époque bénie, celle des années 80, où les jaquettes des vidéo-clubs faisaient plus pour le succès d’un film qu’un trailer ou une note Imdb. La nostalgie, camarade… !

Wolverine (affiche teaser)

Lorsque les producteurs de Wolverine, le combat de l’immortel ont annoncé que ce nouveau stand-alone consacré à notre griffu préféré adapterait le récit de ses aventures japonaises, les fans de X-Men ont grimpé au plafond. L’attente est montée encore d’un cran à la parution de cette perle absolue, poster teaser inspiré des estampes japonaises se contentant de reprendre les atours iconiques (les griffes, les houpettes, les muscles) d’un personnage culte, tout en donnant une indication sur la nature de l’histoire à venir. Pas étonnant que le visuel, bien meilleur que le film, ait été repris à l’occasion de sa sortie en vidéo.

Neuf mois ferme (affiche alternative)

Le cas Neuf mois ferme tient de l’incompréhension pure et simple. Lors des premières présentations de la comédie d’Albert Dupontel, c’est ce beau poster, gros clin d’œil au Brazil de Terry Gilliam (présent en caméo dans le film) reprenant une scène majeure de l’histoire et donc ses deux comédiens vedette, qui figurait à l’entrée et sur les dossiers de presse. Et puis patatras : nous apprenions avant la sortie qu’elle avait été mise en concurrence avec une autre version, finalement choisie, et surtout complètement ratée. Se passer de cette beauté pour lui préférer une immondice noire et rouge à peine digne d’une pièce du Théâtre des Deux Ânes, voilà une injustice qui amène à de gros grattages de tête.

Pacific Rim (affiche alternative)

Avec un univers aussi amoureusement conçu que celui de Pacific Rim, il n’est pas étonnant que le marketing conçu par Legendary ait battu des records d’esthétisme et d’imagination. Chaque poster du gros jouet de Guillermo del Toro s’est avéré être plus terrassant et jouissif que le précédent, à tel point que dans la foulée de la sortie du film, une tonne de fan arts aussi beaux que spectaculaires ont vu le jour. Si le poster « Real 3D » de Yoji Shinkawa (dessinateur sur les Metal Gear) tient le haut du pavé, cette affiche en proto-cel shading de Paul Shipper mérite de figurer dans ce top 20. De la furie, une explosion de couleurs et de pluie, et même un hélicoptère dans le champ pour le jeu sur l’échelle : tout le film, résumé en une scène de furie SF.

Stoker (affiche teaser)

Le thriller hitchcockien et vénéneux de Park Chan-Wook, qui a marqué les débuts du réalisateur coréen aux USA, jouait dans ses affiches officielles sur les regards aussi étranges qu’inquiétants de ses trois acteurs principaux. Le coté méticuleusement mortifère du film est toutefois mieux représenté dans cette première somptueuse affiche, sorte de bas-relief gothique où peuvent se dénicher tous les symboles freudiens et animistes qui parsèment le film. Une véritable perle noire, tout comme le film.

La vie d’Adèle (affiche américaine)

Le succès polémique d’Abdellatif Kechiche, palme d’Or à Cannes, n’a pas été gâté pour son exploitation française. Si le côté ironique de l’affiche hexagonale, avec son duo d’actrices s’esclaffant comme si on était dans une comédie bon enfant, n’aura échappé à personne, les Américains ont eux bien mieux saisi le propos du réalisateur, tout en insistant, titre oblige, sur la chevelure bleue de Léa Seydoux. Solaire et poétique, cette affiche rien mieux justice à un film dont le sous-titre aurait pu être « histoire d’une passion ».

Django Uchained (affiche Comic Con 2012)

Du style, de l’attitude, des références pleuvant dans tous les coins du cadre… Plus que les très corrects mais anonymes posters ayant accompagné la sortie de Django Unchained, cette version « fan only » du film de Tarantino révélée au Comic Con 2012 nous propulse de plein fouet (sic) dans les années 60, comme si la culture « pulp » portée en étendard par QT se heurtait sans prévenir à l’âge d’or du western crépusculaire. DiCaprio a même l’air encore plus machiavélique sur ce poster que dans le film, c’est dire.

Gravity (affiche officielle Imax)

Le succès aussi monstrueux qu’inattendu de Gravity est plus que réjouissant : c’est la preuve que les films à grand spectacle peuvent être envisagés comme des œuvres d’auteur, et rencontrer tout de même leur public. Warner Bros a bien compris qu’ils tenaient quelque chose de spécial lorsqu’a été publié le matériel marketing autour de sa sortie. Témoin cette affiche réservée aux salles Imax, qui en une tagline(« Don’t let go ») et une silhouette (Sandra Bullock dérivant dans l’espace) résume tous les enjeux et les sensations qui seront au cœur de cette aventure humaine. Avoir la tête dans les étoiles n’aura jamais été aussi angoissant…

Zero Dark Thirty (affiche teaser)

Le summum de la simplicité conjugué à une efficacité diabolique. Le caractère hautement polémique et « classifié » de la traque de Ben Laden allait être abordé de front par la réalisatrice oscarisée de Démineurs. Même le titre du film jouait le jeu du message codé, le barrant d’un familier trait noir (pour les moins convaincus, l’adresse internet du film permet de savoir de quoi on parle). Qu’avez-vous besoin de savoir de plus ?