Truman : torrent d’émotions viriles

Enseveli sous les Goyas cette année (l’équivalent de nos Césars), l’espagnol Truman déploie une histoire subtile et profondément humaniste à mi-chemin entre la comédie dramatique et le film de potes. Cesc Gay a pioché parmi les meilleurs comédiens hispaniques du moment pour construir un duo qui fonctionne parfaitement. Javier Cámara (Les Amants Passagers, Parle avec Elle, La Mauvaise Éducation) incarne Tomás, un espagnol exilé au Canada qui revient à Madrid pour rendre visite à son ami, Julián, un comédien atteint d’une maladie incurable. Cet artiste charmant et un brin loufoque, c’est la star argentine Ricardo Darín (Les Nouveaux Sauvages, Dans ses yeux) qui l’incarne à la perfection.

Du rire aux larmes

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À première vue, Truman aborde un thème éminemment douloureux. Il est vrai que chaque scène porte un double sens tragique, évoquant spectre de la mort qui rôde autour des deux êtres. Le scénario calcule ses effets avec minutie, au moyen de répliques millimétrées pour créer, scène après scène, une émotion brute, bouillonnante et juste. Car si Truman est capable de vous faire fondre en larmes à tout instant, il se montre aussi drôle et percutant. Ce magnifique script perdrait en efficacité s’il n’était pas porté par ces deux comédiens excellents, qui personnifient la virilité fragile avec un réalisme désarmant.

« Deux comédiens excellents, qui personnifient la virilité fragile avec un réalisme désarmant. »

Dès son entame, Truman joue sur le surréalisme attachant qui caractérise le personnage de Julián. Ce cinquantenaire solitaire et mondain à la fois décide de lui-même d’arrêter de se battre pour rester en vie. Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, son meilleur ami découvre que sa seule préoccupation est de ce qui pourrait advenir à son chien, baptisé Truman, après sa disparition. Inconstant mais déterminé, frivole mais désespéré, Julián n’en est pas à une seule contradiction près. En face, Tomás, d’abord craintif, puis compréhensif et enfin entièrement altruiste et désintéressé incarne le regard curieux et rempli d’empathie du spectateur. Plutôt que se laisser aller à la gravité, les hommes profitent tout simplement du peu de temps qu’ils ont à partager.

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Remarquablement juste, authentique et courageux, Truman trifouille et malmène quelque peu les tréfonds de l’âme masculine pour mieux célébrer l’amitié dans ce qu’elle présente de plus beau, de plus gratifiant et de plus sincère. Les acteurs adoptent un jeu tout en pudeur et en retenue autour d’une histoire attendrissante, noble et dépourvue de tout cynisme. Le récit imaginé par le réalisateur et son co-scénariste Tomas Aragay (déjà auteur d’une comédie au titre parlant, Les hommes ! De quoi parlents-ils ?) prend doucement une dimension plus profonde et philosophique. Dommage, pourtant, que pour donner encore plus de corps à son histoire qui n’en a pourtant pas besoin, le personnage de la cousine ralentisse le tempo avec une sous-intrigue pas forcément nécessaire. Restons donc sur une douce et mélancolique musique qui nous rappelle à quel point certaines amitiés restent précieuses.


Note Born To Watch
Quatresurcinq

Truman
De Cesc Gay
2016 / Espagne – Argentine / 106 minutes
Avec Ricardo Darín, Javier Cámara, Dolores Fonzi
Sortie le 6 juillet 2016

Crédits photos : Copyright Universum Film

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