Vengeance à quatre mains : deux sœurs pour un corps

par | 3 septembre 2018

Thriller psychologique violent et esthétisant, Vengeance à quatre mains suit la destinée de deux soeurs liées par-delà la mort. Une excellente surprise dans le genre.

Vous aimez les énigmes, les scénarios hors normes et hors genres, les retournements de situation qui renvoient aux classiques du suspense de David Fincher ou Brian de Palma ? Vengeance à quatre mains, qui a fait son petit effet lors de sa présentation au festival du film policier de Beaune (où il était sélectionné sous le titre un peu plus vague Quatre Mains), est le thriller qu’il vous faut, venant qui plus est d’Allemagne, qui se montre généralement peu prolixe dans ce genre. Le deuxième long-métrage du scénariste et réalisateur Oliver Kienle, devrait lui assurer une belle carrière, tant ce thriller pétri de mystères respire la maîtrise et le contrôle.

Traumatisées pour l’éternité

Lorsqu’elles étaient petites, un couple de cambrioleurs a assassiné les parents de Sophie (Frida-Lovisa Hamann) et Jessica (Friederike Becht). Sophie se cache avec sa soeur dans un placard et lui couvre les yeux et la bouche, pendant que l’innommable se produit. Le choc marque durablement, mais différemment, l’esprit et la personnalité des deux jeunes filles. Vingt ans plus tard, lorsque Sophie, devenue une délinquante en puissance, tatouée et paranoïaque, décède de manière accidentelle suite à une dispute avec sa sœur, Jessica, talentueuse pianiste sur le point de rentrer dans l’école de ses rêves, fait face à d’étranges visions. Le grain de sa peau, l’éclat de ses cheveux, son attitude trahissent un dédoublement de personnalité. Sophie vit toujours en elle, et veut assouvir à travers elle une soif de vengeance que les années n’ont fait qu’amplifier…

"Sous ses allures de film à suspense esthétisant, Vengeance à quatre mains construit un labyrinthe mental aux recoins captivants à visiter."

Sous ses allures de film à suspense esthétisant (mention spéciale à la maison d’enfance, sorte de manoir urbain isolé sur un bout de falaise entouré d’usines, qui dès le premier plan impose son inquiétant cinégénisme) ménageant un twist intelligent  – même si relativement prévisible pour peu que l’on soit observateur -, Vengeance à quatre mains construit autour de son personnage de pianiste en reconstruction un labyrinthe mental aux recoins particulièrement captivants à visiter. Jessica est-elle devenue, par la violence des traumatismes qu’elle a enduré, définitivement schizophrène ? Ou est-ce une présence surnaturelle qui se manifeste ainsi, une forme de possession qui se ferait par-delà même la mort ? Quelle que soit la nature de ces troubles, le film dépeint avec force les conséquences des black-outs successifs de Jessica (qui loupe ses cours et agresse même son nouveau petit-ami) et les stratagèmes qu’elle emploie pour éviter de se réveiller dans un endroit inconnu avec du sang sur les mains. Autant d’idées déjà vues ailleurs, certes – on pense à Fight Club et Sœurs de sang – mais que la réalisation élégante et calibrée de Kienle, et la qualité de jeu du duo d’actrices, qui doivent se montrer tour à tour fragiles et combattives (« Sophie » ne démériterait pas dans un combat avec Lisbeth Salander), rendent fraîches et percutantes. Une vraie réussite, qu’il ne serait pas étonnant de voir « remaké » un jour prochain aux USA. Pour l’anecdote, Warner Bros s’est chargé de la distribution vidéo du film dans son pays natal…