Chasseuse de géants : les Colosses de mon enfance

par | 6 juin 2018

Une jeune adolescente combat des colosses aux frontières de la réalité dans Chasseuse de géants, émouvant drame fantastique dû aux producteurs des Harry Potter.

Après plusieurs sélections en festival, notamment à Gérardmer, et une présentation en grande pompe au Max Linder, Chasseuse de géants débarque officiellement en vidéo pour inaugurer le label « Lonesome Bear ». Cette émanation du distributeur The Jokers entend se consacrer à la promotion de films inédits en salles, et quoi de mieux pour lancer cette offensive qu’une ambitieuse co-production américano-européenne, adaptée d’un comic book original, produite par le réalisateur des deux premiers Harry Potter, Chris Colombus, et fréquentée par un casting charismatique composé de Zoe Saldana, Imogen Poots (Green Room) et Madison Wolfe ? La jeune et talentueuse actrice, déjà à l’affiche de Joy et The Conjuring 2, porte sur ses épaules ce film en trompe-l’oeil, où drame intime et fantastique spectaculaire se côtoient pour mieux faire rejaillir de douloureuses émotions liées à l’adolescence.

Un combat en solitaire

C’est elle qui incarne Barbara, une fille qui s’est isolée de force de son entourage à l’école, et dont la vie est organisée autour d’une obsession : la traque des Colosses, des créatures imposantes venues du fond des âges dont tout le monde nie l’existence. Seule Barbara est armée pour les combattre, mais elle mène ce combat seule, ce qui inquiète sa sœur aînée (Imogen Poots), la psychologue de l’école (Zoe Saldana) et attise la rancœur de ses camarades…

"Il flotte comme un parfum de fantastique merveilleux à la Amblin sur Chasseuse de géants."

Aux origines de la BD imaginée en 2008 par Joe Kelly et J. M. Ken Niimura, il y a cette envie de confronter le pouvoir de l’imaginaire propre à l’enfance à la peur d’une réalité terrassant toute possibilité d’insouciance. Barbara, coiffée d’oreilles de lapin qui signalent immédiatement une personnalité excentrique et intransigeante, se pare de tous les atours d’une chasseuse solitaire, exposant à une nouvelle amie les secrets de monstres ancestraux invisibles par les humains, et les stratagèmes qu’elle conçoit pour les affronter. Potions repoussantes, gris-gris, pièges de fortune, et même un marteau luisant qu’elle peut brandir après l’avoir caché dans un sac à main… Incontestablement, il flotte comme un parfum de fantastique merveilleux à la Amblin sur Chasseuse de géants, une parenté visuelle et thématique que revendique le Danois Anders Walter, oscarisé pour le court-métrage Helium et qui fait ici ses débuts dans le long-métrage. On voit aussi ce qui a pu attirer vers le projet un artiste comme Chris Colombus, dépositaire presque officiel de « l’esprit amblinien » grâce à ses Goonies.

Les chimères de l’imagination

De la même manière, le surnaturel s’infiltre ici dans une chronique de l’adolescence et d’une famille dysfonctionnelle qui n’aurait pas dépareillé dans un film des années 80. Le décor choisi par Walter (une côte irlandaise maquillée pour les besoins de l’intrigue en province californienne) invite aussi à l’évasion dans tous les sens du terme. Petit à petit, il devient évident que la chasse aux colosses, dont les apparitions sont rares, mais tout à fait marquantes et impressionnantes, compte tenu du budget raboté en cours de production dont disposait Anders Walter, cache autre chose. Le film parvient à nous faire croire à l’existence de ces créatures chimériques, parce qu’elles permettent en retour à cette héroïne revêche et tourmentée de devenir la guerrière sans peur qu’elle se vante d’être.

Mais c’est un mystère plus douloureux que Chasseuse de géants invite à dévoiler. Pour ceux qui ont eu l’occasion de voir le très beau Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona, ce « twist » émotionnel ne recèlera aucune surprise. Même si la BD est antérieure au livre de Patrick Ness, ces deux adaptations partagent de nombreuses similitudes difficiles à ignorer, l’un étant pratiquement le pendant féminin de l’autre. La comparaison ne joue pas vraiment en faveur du film de Walter, plus compassé et moins puissamment allégorique que le Bayona. Malgré tout, la justesse de ses interprètes et la cohérence artistique du projet méritent qu’on s’attarde sur cet émouvant Chasseuse de géants, dont la dimension épique se niche finalement dans les yeux embués d’un enfant s’armant de courage pour affronter la plus terrible des épreuves.