Petite curiosité, Vincent n’a pas d’écailles remplit les promesses émises dans son mystérieux trailer à la fois déconcertant et enthousiasmant. Vincent s’installe à la campagne, un peu à l’écart du monde et surtout près de l’eau, son élément de prédilection, comme le soleil recharge les batteries de Superman. En effet, une fois mouillé, ce garçon sans histoire devient un surhomme. Auteur de plusieurs courts-métrages, Thomas Salvador réalise un film court et avare en dialogues, mais prolixe en silences. Durant 78 minutes, notre nageur hors pair fait surtout parler son langage corporel. Sans pour autant renier ou décrier les aventures de supers-héros à l’américaine, dont il fait l’éloge à sa manière, notamment dans une scène de baiser à la Spider-Man, le cinéaste décrit son personnage pas comme les autres de manière ultra-réaliste, « bien de chez nous ».

Super Dupont du lac

Vincent n'a pas d'écailles : il est bon mon poisson !

La dimension fantastique du récit est très rapidement occultée, un peu à la manière de l’étonnant Les Combattants, par un humour fin et subtil, basé sur le détail et le comique de situation. En voulant demeurer modeste et à tout prix minimaliste, Salvador se retient de pousser le rire trop loin. Pourtant, ce long-métrage, qui héritera inévitablement du qualificatif d’OVNI sympathique, aurait parfaitement pu verser davantage dans la comédie pure. Le décalage s’avère pourtant savoureux, car les exploits et les gloires de notre héros humide ne concernent pas du tout des actes spectaculaires, mais plutôt des gestes improvisés, comme la destruction d’une voiture à l’aide d’une bétonnière. La course-poursuite avec les gendarmes tourne d’ailleurs au cocasse. Aux antipodes des clichés du genre, c’est dans de vieilles Peugeot et sans coup de feu que Vincent est pourchassé. Le film, dépourvu d’effet spécial, fait appel à des artistes de cirque pour chorégraphier son action de manière fluide et poétique.

[quote_center] »Ses exploits ne concernent pas du tout des actes spectaculaires, mais plutôt des gestes improvisés, comme la destruction d’une voiture à l’aide d’une bétonnière. »[/quote_center]

Vincent n’a pas d’écailles a donc une apparence de film bricolé, mais qu’importe : il  explore un thème complètement sous-exploité sur le grand écran hexagonal. Vincent est bien un super-héros 100 % français. Comme Superman avant lui, sa dulcinée, Lucie, entretient avec lui une relation torturée et passionnée et son fidèle acolyte Youssef lui voue une admiration sans faille. Une fois énumérées ces similitudes avec ses confrères, Vincent, dont nous ne connaîtrons rien du passé, ne va pas sauver le monde d’une attaque imminente d’un super-méchant intergalactique pour autant. Sans eau, il reste plus frêle qu’un moineau, et comme il le dit lui-même « je sèche vite ». La fascination pour l’élément naturel prend tout son sens dès les premières images, dans des paysages aquatiques préservés et filmés plein cadre durant de longues minutes. Le héros entre dans l’eau, comme une figure à part entière et non comme un corps étranger. Comme son titre l’indique, Vincent n’a pas d’écailles, il reste humain et ne présente aucune animalité ou monstruosité : en cela réside le cœur du film. Il respecte la faune et la flore, sans jamais l’agresser et fuit à tout prix toute forme de reconnaissance. Prends-en de la graine, futur Aquaman !

Bonne pêche

Vincent n'a pas d'écailles : il est bon mon poisson !

Les acteurs, à commencer par Thomas Salvador lui-même, dialoguent encore une fois, à travers un langage corporel qui se veut émouvant et qui n’est pas sans rappeler les gesticulations géniales de Buster Keaton et de Charlie Chaplin. La scène au dancing, où Youssef Hajdi (Pourquoi j’ai pas mangé mon père), repéré dans Platane, danse d’ailleurs particulièrement bien, s’inscrit dans cette dynamique. La musique du film qui répond aux mouvements de l’acteur-réalisateur joue un rôle à part entière. La flûte, qui rappelle un spectacle de danse contemporaine, exprime les aspirations de Vincent, ses inquiétudes lorsqu’il est loin de l’eau (elle devient plus stridente), sa joie de vivre, sa plénitude et ses espoirs d’un avenir paisible.

Vincent n’a pas d’écailles s’affirme comme une expérimentation low-fi et originale dans le cadre du film de genre. Le charme artisanal du long-métrage, véritable bouffée d’air frais dans un paysage cinématographique engoncé entre des grosses productions quasi jumelles et des drames déprimants, nous fait espérer une suite, encore plus créative, lunaire et décomplexée. Vite, Vincent 2, le retour en brasse !


[styled_box title= »Note Born To Watch » class= » »]
Quatresurcinq
Vincent n’a pas d’écailles
De Thomas Salvador
2015 / France / 78 minutes
Avec Thomas Salvador, Vimala Pons, Youssef Hajdi
Sortie le 18 février 2015
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