Jay Kelly : le Clooney triste
Si le charme de George Clooney en star d’Hollywood introspective continue d’agir, Jay Kelly sonne malheureusement creux. Heureusement, il y a Sandler !
Depuis son explosion populaire dans le rôle de Doug Ross, pédiatre de l’hôpital Cook County dans la série Urgences, le charme d’acteur hollywoodien à l’ancienne de George Clooney a réussi à s’imposer aussi bien devant la caméra des frères Coen que celle de Steven Soderbergh ou Wes Anderson. Après 35 ans d’une carrière oscarisée et étoilée, c’est aujourd’hui Noah Baumbach, pour son 4e film chez Netflix après The Meyerowitz Stories, Marriage Story et White Noise, qui met en scène notre vendeur de café préféré pour jouer sur son image d’acteur vieillissant. Est-on face à une fin de carrière bouleversante ?
Meh-spresso : what else ?
Jay Kelly (Clooney), légende vivante d’Hollywood, fait face à une fin de carrière se rapprochant jour après jour. Accompagné de son agent de longue date, Ron (Adam Sandler), il décide d’aller courir après Jessica (Riley Keough) sa fille partie en Europe, pour rattraper le temps familial qu’il a négligé pendant toutes ces années devant la caméra. L’occasion de faire de cette escapade un voyage introspectif sur sa carrière et sur l’héritage qu’il laisse derrière lui…
« Le charisme de Clooney est bien palpable, mais le trope de l’acteur en pleine remise en question n’apporte rien d’inédit. »
Si l’on peut s’enthousiasmer du casting impeccable de Jay Kelly, le défaut principal du nouveau film du scénariste de La Vie Aquatique reste son côté déjà vu et manquant, paradoxalement, clairement d’ambition. Un peu comme le récent Frankenstein de Guillermo Del Toro, on distingue ici à nouveau la classique et compassée photo numérique des productions Netflix, empêchant de savourer les somptueux décors de l’Italie ou même de croire au décor du train en partance de Paris. Cette scène de « train du bonheur » déjà célèbre, où tout le monde aime tout le monde et où les clichés pleuvent de manière gênante, condense à lui seul tout ce qui ne fonctionne pas dans Jay Kelly. Le charisme wannabe Cary Grant de Clooney est toujours bien palpable, mais le trope de l’acteur en pleine remise en question au crépuscule de sa carrière, et celui du père absent ayant favorisé son art, n’apporte rien de plus que nous n’ayons pas déjà vu au cinéma.
Enter Sandman
Des séquences de flashback avec le miscast de Charlie Rowe dans le rôle du jeune Kelly, à la scène finale tire-larme osant briser le quatrième mur, tout ce qui devrait apporter du cœur à l’ouvrage ne le rend que caricatural. Baumbach n’étant pas un débutant, tout n’est pas à jeter, comme en atteste le tempo comique de l’ensemble, qui rappelle le Fantastic Mister Fox de Wes Anderson (lui aussi co-écrit par Baumbach), apportant une légèreté agréable au milieu d’une débauche de pathos maladroit.
Et au milieu de tout ça, il y a le Sandman. Notre papa blagueur préféré ne cesse de surprendre lorsqu’il tend vers le drame. Non content de posséder l’intrigue la plus passionnante du film, il vole même la vedette à Clooney dans la justesse de son jeu. C’est au travers de ce personnage d’agent mettant de côté sa propre vie pour une personne ne le considérant même pas comme un ami, qu’Adam Sandler amène l’émotion manquante au métrage. On regrette que ce ne soit pas le sujet principal de Jay Kelly, d’autant plus qu’à cause de cet aspect secondaire, des idées fonctionnant sur le papier tombent à plat, la faute à un manque de profondeur (on pense notamment la relation avortée entre Adam Sandler et Laura Dern en publiciste blasée, à laquelle nous avons du mal à croire). Héritier souvent déclaré de l’âge d’or de Hollywood, Georges Clooney semble être prêt pour son gros plan. On espère désormais que Jay Kelly ne sera pas le dernier.
