Marco : sa vengeance sera… insoutenable !
Grand succès en Inde, Marco tente de marquer les esprits par sa brutalité inouïe. Une surenchère qui nuit à ce film d’action (très) stylisé.
Succès phénoménal en Inde, devenant le film classé « A » (interdit aux mineurs) le plus rentable de l’histoire du cinéma Malayalam – territoire au sud du pays -, Marco d’Haneef Adeni promettait une déflagration d’action brute et sanglante. Qu’en est-il réellement ?
Spin-off du film Mikhael du même réalisateur — qu’il n’est pas nécessaire d’avoir vu pour s’immerger dans le récit — Marco se présente comme une quête de vengeance implacable, une sorte de Taken sous stéroïdes, la subtilité en moins, c’est dire, et l’hémoglobine en plus. L’intrigue emprunte des sentiers rebattus : après le meurtre atroce de son frère Victor (un aveugle capable d’identifier les tueurs grâce à son odorat), Marco (Unni Mukundan), fils adoptif du patriarche de la famille criminelle Adattu, revient d’Italie. Son objectif ? L’élimination systématique du clan Isaac, un syndicat de contrebande d’or dirigé par le manipulateur Tony (Jagadish) et ses fils, le sadique Russell et le boucher psychotique Cyrus (Kabir Duhan Singh). S’ensuit une escalade de violence où chaque camp subit des pertes dévastatrices, jusqu’à un massacre final d’une sauvagerie inouïe.
Gore en roue libre et iconisation à outrance
Après une phase d’exposition laborieuse d’une bonne heure, la seconde partie de Marco (1h30) bascule dans une action sanglante quasi ininterrompue. Si l’exubérance est une marque de fabrique des productions indiennes, la violence est ici mise au service du malsain. Plus encore que le déjà saignant Kill, Marco ne recule devant aucune horreur pour choquer son audience : corps dissous dans l’acide, membres sectionnés à la tronçonneuse, cage thoracique arrachée au pied-de-biche et même exécution d’enfants. Le point de non-retour est atteint lors d’une scène d’accouchement particulièrement sadique. L’avertissement « âmes sensibles s’abstenir » n’est pas à prendre à la légère !
Malheureusement, la réalisation d’Haneef Adeni peine à convaincre. Appuyée par une bande originale tonitruante de Ravi Basrur et une photographie signée Chandru Selvaraj, elle tente maladroitement de singer Sergio Leone. Entre ralentis, ultra-poseurs et allumages de cigares incessants, le film s’épuise à vouloir « iconiser » son héros à outrance.
« Un objet hybride, oscillant entre le ridicule et le jouissif, le viscéral et le racoleur. »
Au milieu de ce chaos, on retiendra pourtant une séquence d’action particulièrement nerveuse dans des escaliers, filmée en un faux plan-séquence intense. Ce moment de bravoure technique offre un aperçu fugace de ce que le film aurait pu être s’il avait privilégié l’efficacité à la surenchère.
En définitive, Marco est une expérience jusqu’au-boutiste. En poussant les potards de la violence et du gore à l’extrême, le film devient un objet hybride, oscillant entre le ridicule et le jouissif, le viscéral et le racoleur. Si les amateurs de cinéma « bourrin » y trouvent leur compte, cette saturation finit par anesthésier le spectateur, transformant la tragédie familiale en un simple prétexte à un carnage gratuit. Une œuvre qui marque par son audace à repousser les limites du soutenable, mais qui échoue à bâtir un récit mémorable au-delà de sa propre fureur.
