Eden : complètement à l’Ouest ?

par | 9 janvier 2026

Eden : complètement à l’Ouest ?

Échec sévère aux USA, le film d’aventure Eden, emmené par un casting cinq étoiles, pêche par sa narration éparpillée. Une semi-déception.

Présenté en grande pompe au Festival de Toronto en septembre 2024, Eden, le nouveau long-métrage du prolifique Ron Howard, avait tout d’un événement. Grâce à un récit et des décors propices à l’évasion, d’une part, mais surtout grâce à son casting « XXL » qui aligne certaines des stars les plus en vogue du moment : Ana de Armas, Sydney Sweeney, Vanessa Kirby, Jude Law et Daniel Brühl !

Pourtant, l’accueil a été pour le moins tiède : Eden a peiné à trouver un distributeur aux États-Unis dans la foulée de sa présentation. Vertical Entertainment l’a sorti dans une combinaison modeste de 500 salles à l’été 2025, et l’échec a été sévère. En France, après avoir été un temps annoncé au cinéma, ce film d’aventure a eu droit au traitement « shadow drop » (sortie sans prévenir, ou presque) dont Prime Video est depuis longtemps coutumier.

L’herbe n’est pas plus verte au soleil des Galápagos

Eden : complètement à l’Ouest ?

Eden s’inspire d’une histoire vraie (aux multiples versions) : au début des années 1930, une poignée d’Occidentaux vient chercher l’isolement sur une île sauvage et inhabitée des Galápagos. On découvre le Dr Friedrich Ritter (Jude Law), un dentiste édenté, mais au physique idéal pour une pub Basic Fit, qui rédige un essai philosophique semblant important pour l’humanité. Il est accompagné de Dora (Vanessa Kirby), atteinte d’une maladie incurable. Tous deux aspirent à une vie saine et sereine. Mais leur aventure intéresse les journaux allemands, qui rapportent leur aventure, et leur tranquillité est perturbée par l’arrivée des Wittmer (Brühl et Sweeney), un couple fuyant l’instabilité politique de l’Allemagne et les soucis financiers. Enfin, et non des moindres, débarque « la Baronne » (Ana de Armas, dans un véritable one-woman show), une excentrique autrichienne venue préparée, entourée de ses amants, l’installation d’un hôtel de luxe sur l’île. Jeux de pouvoir, jalousie et violence vont vite s’enchaîner une fois tous ces personnages réunis loin du monde…

« La réalisation de Ron Howard manque d’inspiration : on ne ressent jamais vraiment l’austérité du lieu, la précarité ou la faim… »

De ce pitch improbable, mais vrai, Ron Howard aurait pu tirer plusieurs films différents. L’impression qui persiste tout du long, c’est que le réalisateur ne choisit pas : histoire de survie ? Étude de mœurs ? Chronique historique ? Farce ? Le résultat est un mélange déconcertant, chaque scène pouvant changer de ton, et chaque partie du récit étant traitée équitablement, sans vraiment de point de vue. La réalisation du vétéran hollywoodien manque d’inspiration : on ne ressent jamais vraiment l’austérité du lieu, la précarité ou la faim… La faute aussi à un filtre jaune assez anonyme qui lisse tous les environnements. On reste de simples spectateurs, assistés par une mise en scène qui souligne lourdement chaque situation. Par exemple, lorsque l’épouse Wittmer, déjà présentée comme peu épanouie en ménage, demande à Dora si elle est mariée au docteur Ritter, celle-ci répond qu’elle déteste l’idée du mariage, qu’elle considère comme « une prison ». Le plan suivant revient immédiatement sur le visage de Sweeney, honteux et qui baisse le regard… On a bien compris !

Les promesses de Ron

Eden : complètement à l’Ouest ?

Toutefois, la force initiale de l’histoire permet de suivre l’ensemble sans s’ennuyer. Eden est suffisamment bien produit et interprété pour cela. Si le suspense est rarement au rendez-vous, le récit réserve quelques séquences fortes, comme l’accouchement, légèrement sous pression, de Sydney Sweeney ou un dîner mémorable aux airs de règlement de comptes, mené par Ana de Armas notamment, qui termine d’enterrer les rêves de paradis pour tous les protagonistes. Est-ce assez pour en faire un bon film incompris ? Non. Eden méritait-il de tomber si vite dans l’oubli ? Sans doute pas non plus, car le résultat n’a rien de honteux. Il est simplement permis de regretter qu’avec un tel sujet, une telle distribution, les promesses de Ron Howard ne soient pas totalement tenues.