Wake Up, Dead Man : ce crime est-il parfait ?
Le nouvel opus de la saga À couteaux tirés fait couler beaucoup d’encre et divise : la preuve avec non pas une, mais deux critiques signées par la rédaction !
La critique de Stéphanie : le film de trop d’une saga qui s’essouffle
En cette fin d’année, Netflix nous offre une troisième histoire du détective privé Benoît Blanc, toujours incarné par Daniel Craig et toujours réalisée par Rian Johnson, après À couteaux tirés (2019) et Glass Onion (2022). Avec un nouveau casting, Wake Up, Dead Man : Une histoire à couteaux tirés nous embarque dans une paroisse de la Nouvelle-Angleterre où un prêtre, Monseigneur Wicks (Josh Brolin, célèbre – entre autres – pour être Thanos dans les Avengers) est assassiné.
Le film s’ouvre sur la présentation du père Jud Duplenticy (la star montante Josh O’Connor, vu dans The Crown, Challengers et bientôt Disclosure Day de Spielberg), ancien boxeur devenu prêtre. Ses instincts violents lui valent sa mutation dans la paroisse dirigée par Monseigneur Jefferson Wicks, une personnalité au lourd passé, critiquée et atypique. Les premières scènes déconcertantes, mais peu utiles, présentent les personnages de Wicks (volontairement provocateur) et Martha (Glenn Close, réduite à un rôle de bras droit), une fidèle qui connaît l’église comme sa poche. La paroisse rassemble un petit groupe de fidèles, qui vénère le prêtre, mais fait fuir les nouveaux visiteurs.
« Un film maladroit, trop long et qui peine à captiver le spectateur. »
Lorsque Monseigneur Wicks est retrouvé mort, un couteau planté dans le dos, la police locale, incarnée par la shérif (Mila Kunis), semble impuissante. L’enquête s’avère complexe, le crime impossible, mais pas pour Benoît Blanc qui s’associe avec le père Jud Duplenticy afin d’élucider cette affaire ! Handicapé par sa longueur excessive, Wake Up, Dead Man s’enlise dans des scènes maladroites, mais un beau passage ravive l’intérêt du spectateur : l’enterrement de Wicks, où sa voix sermonnant résonne pendant que son corps est enterré devant ses fidèles. Détails et fausses pistes enferment le scénario dans des longueurs peu captivantes. Le casting, plutôt irréprochable, pâtit d’une écriture de personnages très antipathiques auxquels on ne s’attache pas. Pour ne pas arranger les choses, le crime se double à mi-parcours d’une chasse aux trésors, qui peine malheureusement à captiver.
Sûrement l’enquête de trop pour Blanc, dont le temps de présence à l’écran est bizarrement très réduit. Le dénouement attendu et obligatoire où Blanc, le père Jud et Martha récapitulent toute l’affaire arrive bien trop tard pour compenser l’ennui qui s’est installé. Wake Up, Dead Man s’impose comme l’épisode le plus faible de la saga.
Le critique de Wade : à déguster avec toujours autant de plaisir !
Il n’est un secret pour personne que la saga À couteaux tirés est avant tout une relecture moderne et énamourée des romans d’Agatha Christie et Benoît Blanc, un fringant ersatz du grand Hercule Poirot. Johnson est un amoureux déclaré de ses romans et du genre du whodunit en général – une passion visible dès son premier long-métrage, le néo-noir Brick. Il est intéressant de noter que Wake Up, Dead Man cite ouvertement l’un des plus grands ouvrages de la reine du suspens. Une scène montre en effet une liste de lecture qui laisse apparaître le titre de l’ouvrage : The Murder of Roger Ackroyd. Dans ce récit spectaculaire, une intrigue à tiroirs dessine un mystère encore sujet aujourd’hui à interprétations. Rian Johnson réussit, à sa manière, à transposer à l’écran l’univers jubilatoire de la romancière, de manière à amuser son spectateur autant que le lecteur qu’il est. Un savant jeu de dupes où l’horreur du crime se heurte à des questions morales et où la raison l’emporte sur la démence. Le choix du décor religieux n’est pas anodin, car la tentation est grande de chercher la solution d’une énigme a priori insoluble dans le surnaturel, l’incroyable et l’impossible. Heureusement, la figure héroïque de l’enquêteur aux pouvoirs de déduction hors pair rétablit la vérité tangible dans le chaos et la peur. Un univers rassurant dans lequel il est bon de se perdre, grâce aux multiples pièges tendus par le scénario.
« Rian Johnson réussit à transposer à l’écran l’univers jubilatoire
de la romancière Agatha Christie. »
Outre l’usage de la matière grise comme une arme de déductions massive, les romans d’Agatha Christie décrivent parfaitement les travers humains. La romancière avait parfois des penchants tragiques et mettait sa créativité au service de l’exploration des travers de l’âme humaine. Dans son univers, un assassin n’est pas qu’un simple tueur, mais également un enfant, un père, une mère, un amant, etc. Attention Spoiler Dans cet état d’esprit, Rian Johnson a superbement réinventé le final poignant de The Murder of Roger Ackroyd à travers la figure de Glenn Close, crucifiée sur l’hôtel de l’église et enfin libérée de ses tourments intérieurs.
Wake Up, Dead Man est un nouvel épisode, à la fois complètement différent et dans la droite lignée d’une saga qui se nourrit d’une matière riche et passionnante, tout en restant très contemporaine. Les parallèles que le film, sous ses allures de confortable divertissement à suspense, dresse avec la société américaine actuelle, fracturée, cynique et en proie à de destructeurs fantasmes rétrogrades, sont évidents. Il réunit un casting exceptionnel – à qui Josh O’Connor, avec son visage juvénile et son énergie maniaque, vole la vedette -, dont l’interprétation toute en nuances sert parfaitement l’énigme. Un biscuit généreux et gourmand à déguster avec un chocolat chaud au coin du feu !
