In a violent nature : randonnée avec un tueur

par | 1 avril 2025 | À LA UNE, Critiques, VOD/SVOD

In a violent nature : randonnée avec un tueur

Décrit comme un « slasher ambiant », le bien-nommé In a violent nature tente une nouvelle approche d’un genre usé, mais génère plus l’ennui que la fascination.

In a violent nature, film canadien à petit budget réalisé par Chris Nash, a fait énormément parler de lui en festival et notamment à celui de Gérardmer, d’où il est reparti avec le Grand Prix. Ce long-métrage tente de réinventer un sous-genre : il s’agit d’un slasher atypique, très lent, en 4 :3 et sans musique, rythmé comme son titre le promet par le bruit ambiant de la nature. Peu de dialogues, peu de superflus, le film nous montre l’essentiel et pour cause : In a violent nature se déroule intégralement du point de vue du tueur, souvent cadré de dos – l’occasion d’admirer sa belle chemise de bûcheron. Le résultat, attendu avec curiosité par les amateurs, laisse en fait sur sa faim. Certains n’en verront sûrement pas la fin !

Marche et crève

In a violent nature : randonnée avec un tueur

Le début est pourtant intriguant : trois hommes discutent hors-champ et la caméra filme une cabane en pleine forêt. Le plan se déplace vers un collier accroché dont une main masculine s’empare. Une silhouette massive, avec des vêtements usés et des blessures sur tout le corps, se met alors en marche, et nous le suivons se déplacer, façon jeu vidéo à la troisième personne, vers ces voix masculines qui se disputent et ce klaxon de voitures ; des bruits qui contrastent avec l’environnement qui semble si paisible. Peu discret avec ses chaussures qui frappent le sol à chacun de ses pas – que pourtant personne ne semble entendre. Pénétrant tranquillement dans une maison, il poursuit le propriétaire qui court vers la forêt en hurlant pour trouver de l’aide. Une scène (involontairement ?) drôle culminant avec un piège mal placé et des supplications objectivement pénibles. Chris Nash ose alors un plan marquant : la main du tueur se dirige vers le visage de sa victime puis la main devient ensanglantée et reprend brutalement le collier. Et il reprend sa route. Sa longue, longue route.

« C’est à croire que le réalisateur souhaite que le public ne retienne que les scènes-choc pour oublier le reste du film, très insipide. »

In a violent nature est ainsi construit comme une lente déconstruction rythmique, la mise en scène accrochée à ce tueur mutique au pas lourd et à la force surhumaine, entité revenue d’entre les morts pour occire tout un casting d’innocents écervelés, comme dans un bon vieux Vendredi 13. Il prend pour cible une bande d’amis, autour d’un feu, qui discute du drame déroulé des années avant. Bien sûr, aucun d’eux n’aperçoit le responsable de ce massacre qui les épie, et personne n’a jamais regardé de film d’horreur puisqu’ils brisent la règle numéro un pour survivre : ne jamais se séparer. Les pieds du monstre continuent de marteler le sol ou une terrasse en bois, mais même si l’on distingue parfaitement les dialogues, il semble que sa démarche venue des enfers ne soit pas perceptible par les autres.

In a violent nature offre une sorte d’expérience méta étrangement contemplative, mais ne lâche rien pour autant sur les bains de sang : à croire que le réalisateur souhaite que le public ne retienne que ces scènes-choc pour oublier le reste du film, qui s’avère très insipide. Les morts s’enchaînent, certaines très impressionnantes : lors d’une scène impliquant un crochet et une falaise vertigineuse, nous entendons les bruits des os qui se brisent, nous voyons les entrailles qui se déversent… Un passage mémorable, sans doute le seul. Car même s’il est possible d’apprécier ces macabres et silencieuses balades en forêt, l’ennui, plus que la fascination, s’installe entre deux attaques, puisque la tension est absente. Aussi violent soit-il, le tueur se résume surtout à une chose : marcher. Les accros aux applications comptabilisant les pas au quotidien peuvent eux se réjouir : une suite a été annoncée !