La place du mort : une cavale familiale poignante
Porté par un Taron Egerton habité, La place du mort se révèle convaincant dans son mélange de drame intimiste et de film noir brutal.
C’était l’une des surprises de la fin 2025 au hit parade de Prime Video : La Place du mort, réalisé par Nick Rowland (Calm with horses) est en effet une réussite inattendue, adaptée du roman du même nom de Jordan Harper, paru en 2018. Dans ce thriller aux accents poignants, on retrouve Taron Egerton (Tetris, Carry On) en père de famille qui vient de sortir de prison et rattrapé par son passé.
Polly (Ana Sophia Heger), une fillette d’une dizaine d’années, attend sa mère à la sortie de l’école qui a un peu de retard, ce qui n’est pas dans ses habitudes. C’est à ce moment qu’une voiture se gare devant elle. Au volant, Ray, son père, qu’elle n’a pas revu depuis des années, incarné par un Taron Egerton méconnaissable : crâne rasé, tatouages à fleur de peau, regard dur et musculature intimidante. Le choc est brutal. Entre le père et sa fille, la relation est tendue, marquée par l’abandon et une méfiance palpable. Petit à petit, un lien fragile se retisse. Une scène de coupe et de décoloration de cheveux fait tomber les premières barrières, suivie de rires presque légers… avant que Ray n’apprenne à Polly à se défendre avec une batte de base-ball.
La fuite en héritage
La place du mort a beau laisser sa part au drame familial, c’est avant tout un film noir. Polly finit en effet par découvrir le meurtre de sa mère et de son beau-père. Ray, tout juste sorti de prison, devient le suspect numéro un, du meurtre comme du kidnapping de sa fille, et la chasse à l’homme est lancée. La petite fille louvoie entre terreur et remords, et finit par suivre le paternel dans sa cavale, faite de braquages risqués et de répits temporaires. L’enquête se complexifie avec l’entrée en scène d’un groupuscule lié à la Force Aryenne, dont Ray a tenté de s’extraire. Le duo se retrouve coincé entre la police et ce gang meurtrier, précipitant le récit vers son point de rupture…
« La place du mort réussit son pari de développer une relation père-fille fragile au cœur d’une situation d’une violence extrême. »
Abordant les thèmes de la mort, du deuil, mais aussi de la filiation et de la transmission — qu’elle soit toxique ou salvatrice -, La place du mort est un thriller sombre et tendu, porté par un Taron Egerton habité. Face à lui, Ana Sophia Heger, impressionnante de justesse et d’intensité, est tout sauf paralysée par l’enjeu. Nick Rowland orchestre une traque montant continuellement en tension, ponctué de scènes d’action efficaces et bien rythmées, dont une course-poursuite en voiture haletante. Baignée sous le soleil inquiétant du Nouveau-Mexique, La place du mort réussit son pari de développer une relation père-fille fragile au cœur d’une situation d’une violence extrême. Pas étonnant, dans ce contexte, que le film se clôt sur une note amère, mais pas dénuée d’espoir, pour sa jeune héroïne.
