Spinal Tap 2 : la tournée de trop des vieilles canailles
Suite trop tardive du mockumentaire culte de Rob Reiner, Spinal Tap II voit revenir nos hard rockeurs déphasés pour un retour sur scène à l’humour dépassé.
Kiss, Ozzy Osbourne, Scorpions, Aerosmith ou encore Michel Sardou : les rock stars du passé tirent leurs révérences depuis maintenant quelques années, et c’est au tour de Rob Reiner (Princess Bride, Stand by me, Des hommes d’honneur) et du trio Spinal Tap de faire un baroud d’honneur. Comédie culte pour nos parents qui écoutaient de la « vraie musique » quand ils avaient encore des cheveux, This is Spinal Tap est un totem intouchable du « mockumentaire » mais également de la comédie d’improvisation. Documentary Now, les comédies de Will Ferrell ou encore le documentaire Anvil : l’héritage des Spinal Tap n’est plus à remettre en question, contrairement à ce Spinal Tap II : the end continues, produit quarante ans plus tard. Sortant uniquement en VOD et en Blu-ray/4K le 3 décembre, difficile une fois passée la tendresse qu’on ressent pour le trio originel de trouver son compte dans cette comédie sortie bien trop tard.
Séparés depuis plusieurs années, Nigel Tufnel (Christopher Guest), David St-Hubbins (Michael McKean) et Derek Smalls (Harry Shearer), les membres du légendaire groupe de hard rock Spinal Tap sont réunis par Hope Faith (Kerry Godliman), la fille de leur ancien manager. C’est à nouveau devant la caméra du documentariste Marty Di Bergi (Rob Reiner qui endosse à nouveau la double casquette) que le groupe va préparer son retour pour un concert à la Nouvelle-Orléans.
The show must not go on
L’idée du comeback de vieilles légendes déphasées fonctionne peut-être sur le papier, mais la mise en pratique, c’est-à-dire faire exactement comme en 1984, est bien plus problématique. Si la désastreuse perruque de kermesse sur la tête de Michael McKean peut faire son effet, elle est finalement symptomatique d’un film aussi cheap, si ce n’est plus, que son ainé qui pourtant multipliait les décors, et donnait une véritable impression de road trip pris sur le vif. La faute à des caméos (Paul McCartney, Elton John) dilapidant l’enveloppe du budget ? Difficile de savoir… mais difficile aussi d’accepter de regarder un trio de papys confiné dans 3 pièces et un stade, improvisant ici et là sur une intrigue aussi rachitique que son prédécesseur. Certes, la qualité principale de This is Spinal Tap reposait sur le savoir-faire comique d’improvisation de Guest, McKean et Shearer. Cependant quarante ans se sont écoulés, la comédie a changé, et nos compères ont raté la mise à jour.
« Une comédie anachronique ne parlant plus au spectateur même nostalgique. »
Malgré la sympathie indéniable qu’inspirent les comédiens, la majorité de leurs improvisations reste poussive et ne provoque au mieux qu’un souffle du nez. Spinal Tap II évite cependant l’écueil habituel des legacyquels en nous renvoyant constamment à l’œuvre originale. On aurait aimé une comédie qui dissèque plus habilement les fins de carrières des vieux groupes de rock des années 80, encore en tournée après 50 ans, et moque gentiment ceux qui refusent de rendre le micro au risque de perdre leur raison de vivre, plutôt qu’une comédie anachronique ne parlant plus au spectateur même nostalgique. De ce fait, on vous conseille plutôt de découvrir l’hilarante comédie Popstar : Never Stop Never Stopping d’Akiva Schaffer et Jorma Taccone, héritière la plus évidente de This is Spinal Tap, plutôt que cette suite (très) tardive qui donne envie aux guitares de pleurer doucement.
