Blue Moon : pour qui chante le glas

par | 11 février 2026

Blue Moon : pour qui chante le glas

L’interprétation haute en couleur de Ethan Hawke sauve à peine Blue Moon, biopic théâtral et lassant sur l’âge d’or de Broadway.

Deuxième biopic en moins de deux ans pour Richard Linklater ! Après le fétichiste (et vain) Nouvelle Vague, il s’attaque avec Blue Moon à Lorenz Hart, grand parolier pour le Broadway des années 30-40, confronté au succès grandissant de ses pairs et amis de toujours, tandis qu’il s’enfonce dans ses propres démons. Sorti directement en VOD chez nous le 18 janvier, ce huis-clos bavard et théâtral peine à réjouir, surtout avec un protagoniste aussi antipathique.

Accoudé au bar du Sardi’s à New York, alors que non loin de là se déroule la première d’Oklahoma ! (« avec un ! »), futur hit de Broadway écrit et composé, sans lui, par son collègue de 20 ans Richard Rodgers (Andrew Scott), Lorenz Hart (Ethan Hawke), célèbre parolier à succès (on lui doit la chanson titre du film, ou « My funny valentine »), se confronte à un monde auquel il n’appartient plus. Entouré d’une femme n’étant pas amoureuse de lui, d’un ami parti vers d’autres horizons musicaux et de confrères sur le point de percer, Hart lui, contemple malgré son bagout alcoolisé sa future chute finale.

Don’t go breaking my Hart

Blue Moon : pour qui chante le glas

Blue Moon possède de prime abord un certain charme, avec son somptueux décor, sa musique permanente et son casting de paroliers, musiciens et auteurs. Stephen Sondheim (West Side Story), George Roy Hill (futur réalisateur de Butch Cassidy et le Kid) ou encore E.B White (Stuart Little)… Ce microcosme artistique sur le point d’accéder à la gloire, gravite autour d’une étoile filante en perte de vitesse. Lorenz Hart passe la soirée à critiquer l’industrie, clame son admiration (parfois mensongère) de la pièce auprès de ses comparses, tout en se voilant la face sur sa propre déchéance. Alcoolique, incapable de se remettre en question sur les changements de l’industrie pour laquelle il a tant donné, Hart est un personnage tragique dont la mort, par pneumonie, servira d’ouverture au film. Elle n’en sera que plus amère lorsque l’on constate qu’elle est à l’image de cette soirée : solitaire et dans l’indifférence. Car au fond, Hart ne cherche que la reconnaissance et l’affection. Mais ses démons ne font que repousser ceux qui lui tendent la main. Même son amour passionné pour une étudiante bien plus jeune que lui (Margaret Qualley) ne sera qu’un renvoi de plus au manque d’intérêt qu’on lui accorde.

« Blue Moon est sauvé par son montage et son découpage musical. »

On en serait presque touché si Lorenz Hart n’était pas aussi antipathique tout au long du métrage, malgré l’humour de ses réparties et l’interprétation tout en cabotinage d’Ethan Hawke, affublé d’une coupe de cheveux peu glorieuse et à la taille raccourcie. Bien que riche dans ce qu’il semble raconter, la lassitude nous gagne, la faute en partie à une mise en scène qui malgré son scope, peine à vraiment se démarquer, frôlant par moments le théâtre filmé. Bavard et parfois redondant dans ses joutes verbales, Blue Moon est sauvé par son montage et son découpage musical. Mais le film n’en reste pas moins trop long pour ce qu’il raconte. L’ironie de Blue Moon est qu’il raconte la vie d’un homme que beaucoup ont oublié après sa mort, dans un film qui reste lui… majoritairement oubliable.