The Old Woman with the Knife : arrête ou mamie va trancher
Thriller sud-coréen plutôt poussif, The Old Woman with the Knife peut au moins s’appuyer sur un personnage rare dans ce genre.
Dans la longue histoire des thrillers ultra-violent dont la Corée du Sud s’est fait une spécialité depuis bientôt un quart de siècle, The Old Woman with the Knife se distingue par une spécificité annoncée dès son titre : oui, son personnage principal est aussi léthal qu’elle est proche de la retraite. Et ce n’est pas vraiment courant dans ce genre de créer une tête d’affiche à la fois fragile en apparence – une femme dans la soixantaine, à la silhouette discrète et aux cheveux grisonnants – et impitoyable une fois dans ses « œuvres ». La vieille femme au couteau est en effet une tueuse professionnelle avec un goût prononcé pour les armes blanches. Et en voyant le film de Min Kyu-dong (Memento Mori, un titre qui ne nous rajeunit pas !), succès conséquent au box-office local, la dernière chose que vous aurez envie de faire est de la traiter de senior.
Les Griffes du passé
Plutôt habituée au cinéma posé et bavard de Hong Sang-soo, l’actrice Lee Hye-young donne tout ce qu’elle a dans le rôle de « Griffes », qui assassine depuis des décennies les pires ordures de la société (en général, des hommes qui s’en prennent aux femmes et aux enfants, quand ils ne sont pas simplement corrompus), pour le compte d’une société secrète d’assassins, façon Kill Jok-soon. Recueillie dans sa jeunesse par un mentor qui décèle en elle un instinct de survie féroce, doublé d’un talent manifeste pour occire son prochain, elle est devenue au fil du temps une légende dans le milieu. Mais les légendes sont faites pour passer la main, et Griffes doit composer avec un patron qui ne croit plus en elle et en ses valeurs, un collègue qui a sabordé un contrat et une jeune recrue, « Bullfight » (Kim Sung-cheol, Hellbound), qui s’intéresse beaucoup à elle. L’impitoyable tueuse à gages baisse en plus la garde, le jour où un vétérinaire plein d’empathie se charge de panser ses plaies en urgence…
« Mary Bronstein filme ce parcours chaotique sans chercher
à adoucir les angles. »
Si The Old Woman with the Knife marque des points dans la construction d’un univers interlope et sordide où un personnage comme « Griffes » s’avère, sinon réaliste, en tout cas crédible, il n’échappe pas aux clichés du thriller à la coréenne. Min Kyu-dong, également scénariste, jongle avec trop de sous-intrigues pour les maintenir toutes à un niveau égal d’intérêt. Il regorge aussi de métaphores faciles (l’héroïne recueille un vieux chien maltraité, car même les « vieux malades » ont besoin d’être aimés, ou se voit offrir un fruit pourri, car ils sont « tout aussi doux à l’intérieur » que les fruits mûrs, ce genre de choses…) et de dialogues surexplicatifs. Cela n’empêche pas le script d’enchaîner parfois les séquences de manière arbitraire – le climax, quoique spectaculaire, sort d’on ne sait où, avec une armée d’hommes de main dont on n’avait jamais entendu parler avant. The Old Woman with the Knife use et abuse enfin des flash-backs, révélateurs d’abord puis lourdingues, au point où le cinéaste s’amuse même à glisser les acteurs du présent dans les scènes du passé, au cas où vous n’auriez pas compris les émotions qui les traversent.
Bref, The Old Woman with the Knife a beaucoup de défauts énervants à son actif, et tient debout par la force d’un concept assez original pour maintenir notre intérêt (point bonus pour une scène d’assassinat dans un métro, digne de Hitman). Lee Hye-young donne à son personnage une force de caractère, un côté abrasif et malaimable cohérent avec la vie d’une femme entourée de toutes parts par la mort, mais qui refuse de s’enfoncer dans le nihilisme incarné par sa jeune némésis. Sa présence singulière ancre un thriller globalement poussif, traversé par d’obligatoires scènes de combat qui compensent leur manque de sophistication par une sauvagerie flirtant plus d’une fois avec l’absurde.
