Shelter : quand Statham fait du sous-Bourne

par | 24 juillet 2026

Shelter : quand Statham fait du sous-Bourne

En barbouze solitaire, Jason Statham traîne sa mine fermée dans ce Shelter paresseux, qui ne contentera, et encore, que ses fans endurcis.

Il a beau être l’une des stars de film d’action les plus reconnaissables et demandées de la planète, avec le pouvoir de décision qui va avec, Jason Statham n’est pas du genre à prendre des risques inconsidérés devant la caméra. Depuis les deux Hyper Tension, si l’on excepte la récréation (souvent jouissive) offerte par Spy en 2015, « le Stat’ » n’a jamais cherché à jouer autre chose que lui-même, avec d’infimes variations, y compris au niveau vestimentaire. L’acteur britannique, qui coproduit désormais tous ses films via sa société Punch Palace, pense savoir ce que son fan club veut, et tant pis si les simples amateurs d’action musclée commencent à se lasser de sa recette. Après le plutôt fantasque (restons mesurés) The Beekeeper et le routinier A Working Man, c’est en tout cas une nouvelle fois sur Prime Video que Statham rejoue avec Shelter sa routine de machine à tuer dérangée en pleine période de rédemption. Du titre à la mise en scène, en passant par le scénario et même les choix de casting, tout dans cette série B insulaire sent malheureusement le renoncement créatif.

L’île des espoirs déçus

Shelter : quand Statham fait du sous-Bourne

Les affaires ne démarrent pourtant pas trop mal : sur une île reculée des Hébrides extérieures, au large de l’Écosse (un décor rugueux qui évoque le beau souvenir du Cold Skin de Xavier Gens), Jason, pardon, Mason vit seul avec son chien au pied de son phare, ravitaillé seulement par un ancien frère d’armes. Mutique, renfrogné, l’acteur est dans son élément naturel, jusqu’à ce que la jeune nièce du pote de Mason (Bodhi Rae Breathnach), manque de se noyer pendant une tempête. Le bougre la sauve et s’attache, inévitablement, à celle qui est comme lui orpheline, mais qui n’est pas, comme lui, un ancien assassin d’élite recherché par le boss perfide du MI-6 (Bill Nighy, qui a l’air d’avoir tourné presque toutes ses scènes à la maison). Après un premier massacre de barbouzes venu l’éliminer, Mason sort de sa retraite et embarque pour l’Angleterre pour tenter d’échapper à ses poursuivants et offrir à la jeune fille un… refuge (ta-daaa) digne de ce nom.

« Shelter ne justifie jamais son existence, à part pour contenter une fanbase. »

Autant le dire tout de suite, on aurait bien aimé que Shelter, pour rester totalement fidèle à son titre passe-partout, se cantonne à la partie insulaire de son histoire (ok, l’Angleterre est aussi une île, mais vous voyez la différence). Que Statham campe sur son rocher, tel un ermite peu commode, avec son chien d’attaque, pour annihiler des vagues successives d’ennemis surpris par ses pièges et sa férocité. Cela aurait été un peu original, un peu unique en son genre dans la filmo du bonhomme, et bien plus intéressant à suivre que ce qui tient lieu d’« histoire ». À savoir une énième resucée de La Mémoire dans la peau, sans l’amnésie et sans la panoplie d’acteur que Matt Damon possède et Statham, à l’évidence, pas vraiment.

Même s’il n’est pas manchot, Ric Roman Waugh (Greenland) se montre incapable de tirer du neuf de son acteur, jamais dérangé dans sa routine, ou de créer de l’alchimie avec ses collègues (la pauvre Bodhi Rae Breathnach fait des efforts, mais l’émotion est presque absente entre eux deux). Tout est pauvrement filmé, télégraphié des centaines de miles à l’avance, personne n’y croit vraiment ou ne tente de donner le change. Shelter ne justifie jamais son existence, à part pour contenter, une nouvelle fois, une fanbase qui se sera immédiatement tournée, déjà, vers le bien plus prometteur The Beekeeper 2, réalisé par ce grand malade de Timo Tjahjanto (The Night comes for us).