Vigilante : une vengeance antispectaculaire

par | 10 septembre 2019

Vigilante accroche le spectateur à son siège avec une tension et une émotion brute. Mais il marque surtout l’esprit sur la durée, en évitant les pièges faciles du genre.

Dans ce premier long-métrage de la réalisatrice australienne Sarah Daggar-Nickson, Olivia Wilde (que l’on reverra bientôt à l’affiche de Seule la vie), également productrice, incarne Sadie, une femme battue traumatisée et paranoïaque qui fait le choix de secourir à sa manière les femmes qui connaissent ce type de souffrance. Alors que nous ne savons pas grand-chose de cette héroïne, au début de Vigilante, Sadie enfile « son costume » et son maquillage qui évoquent un corbeau. La voix off introduit pour la première fois le rituel de « l’appel ». Le « vigilante » dont il est question ici avant tout quelqu’un d’altruiste qui veuille sur son prochain, protège les plus faibles et s’élève contre les injustices. Dans un salon feutré, Sadie domine un mari violent, le dépossède de ses biens et condamne brutalement ses actes passés. Après cette scène d’ouverture, qui résonne d’une manière implacable dans cette époque marquée le mouvement #MeToo, la froide et impitoyable justicière a rempli sa mission mais Sarah Daggar-Nickson va prendre le contre-pied de nos attentes en emmenant son film dans une direction inattendue.

Un refus de l’action justifié 

Loin de braconner sur les mêmes terres qu’Un justicier dans la ville (ou de son récent reboot Death Wish), Vigilante ne va pas puiser sa force dans le spectaculaire à la Kill Bill pour assouvir les fantasmes de certains spectateurs en mal de justice expéditive. Intransigeante, Sarah Daggar-Nickson mise sur le refus du spectaculaire et une violence repoussée vers le hors-champ pour marquer son propos, quitte à faire ressentir à l’écran une grande austérité, voire pour les esprits chagrins un manque de moyens. En revanche, si les éclats de brutalité sont relativement rares et light, Vigilante instaure quand même un climat de tension intenable, comme durant cette séquence où Sadie libère deux enfants séquestrés et martyrisés par leur propre mère. L’étendue de ce qu’ils ont subi est laissé à notre galopante imagination, et le choc n’en est que décuplé.

Selon une enquête du ministère de l’Intérieur datant de 2017, une Française meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Le sujet des femmes (et des hommes) battues est universel, et fantasmer une solution magique à ce problème n’intéresse pas la réalisatrice. Alors, Sarah Daggar-Nickson fait le choix de ne pas se laisser aller à la légèreté et c’est tout à son honneur. Sans se laisser dépasser par sa thématique, elle préfère exposer sans ombrage la violence du traumatisme et ses conséquences sur la personnalité de ses victimes (Olivia Wilde impressionne lors des crises de son personnage), ainsi que l’importance des groupes de soutien, qui rassemblent des femmes venues d’horizons différents mais soumises à des agressions similaires. Si elle remettra sur la route de son héroïne un mari psychotique, jamais le scénario ne se laissera prendre au schéma de la vengeance facile, de l’exutoire sanguinolent que chacun pouvait attendre. Vigilante fait preuve d’un sérieux papal, d’une retenue, qui démontre que le cinéma américain, parfois, gagne à ne pas être que du divertissement, mais également à se faire le miroir d’une réalité douloureuse et d’enjeux dans l’air du temps.